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Paco de Lucia, pétard mouillé à Montreux



Un phare brûlant, un musicien loué partout sur la planète, une icône au tracé exemplaire.

Un phare brûlant, un musicien loué partout sur la planète, une icône au tracé exemplaire.

Le mythique guitariste flamenco se produisait avec son sextet jeudi soir au Montreux Jazz Festival. Un Paco de Lucia fidèle à lui-même pour un concert très professionnel, trop peut-être pour autoriser l’explosion émotionnelle espérée.

«Il n’y a pas de mauvaise musique, seulement de mauvais musiciens. Paco peut jouer n’importe quelle musique, n’importe quelle phrase, n’importe quel thème et le grandir. L’essentiel, c’est l’expression, le cœur.»

Voilà ce que nous disait Javier Limón il y a deux ans à Montreux, en marge de son concert. Limón a coproduit le dernier disque en date de l’irremplaçable défricheur andalou. Il s’appelle Cositas buenas (2004) et tient du chef d’œuvre.

Après une poignée d’éditions relevées de quelques griffures flamenca, le Montreux Jazz Festival s’était laissé allé à une année «sans» en 2009. Retour au flamenco cette année donc, avec un guitariste devenu mythique de son vivant, le grand rénovateur au cours du dernier demi-siècle de cette musique de la plainte digne, fille des traditions andalouse et gitane.

Paco de Lucia, un phare tellement brûlant qu’il ne permet pas toujours au public de distinguer les autres feux de l’incandescente scène flamenca actuelle, les Miguel Poveda, Vicente Amigo, Chicuelo, Pitingo, Tomatito, Carmen Linares, Enrique Morente…

Clair-obscur prometteur

Un phare brûlant dans la nuit de Montreux, un musicien loué partout sur la planète, une icône au tracé exemplaire. Jeudi, il est arrivé sous trois projecteurs, dans un clair-obscur prometteur. Visage un peu émacié, guère loquace comme à son habitude, avare de ce sourire de soleil, celui d’un timide, d’un angoissé.

La salle l’avait attendu: «Paco! Paco! Venga!». Habillé de sobre - bottes, pantalon et gilet noirs, chemise blanche - il a dit «buenas noches», a ensuite accordé puis, seul avec sa guitare, le visage fermé, le pouce rageur, la fièvre retenue, il a entamé sa danse du feu.

Là où le rythme domine. Une pulsion complexe qui, d’ailleurs, se fait toujours plus vive au fil des ans, alors que le flamenco du dernier des fils de Lucia a, depuis des lunes, délaissé la pure démonstration technique pour s’approcher du dépouillement.

Un flamenco stylisé, une sorte d’épure, que le cajon, ce tiroir péruvien intégré au monde du flamenco par Paco lui-même, est venu souligner de son battement dès la seconde danse. On aurait voulu que cela dure et dure encore.

Une voix d’acier vibrant

Puis une basse électrique férue d’harmonies a surgi. Les cantaors (chanteurs) étaient la aussi. Le sombre David de Jacoba et Duquende, voix d’acier vibrant, née des entrailles terrestres. Un chant évoquant feu Camarón, l’alter ego du guitariste.

Faruquo, lui, appartient à une grande famille de danseur et porte le nom de son grand-père. Porté sur le déséquilibre feint, c’est un fabuleux marteleur aux talons poétiques, comme il l’a établi jeudi.

La tournée actuelle de Paco de Lucia met en valeur, après la flûte et le saxophone, l’harmonica d’Antonio Serrano, un musicien reconnu en Espagne, qui apporte aussi quelques nappes dispensables au clavier.

En deux heures de musique et treize danses, Paco de Lucia et ses sept comparses ont revisités les trois derniers disques du guitariste, le dernier essentiellement. Un parcours émaillé de quelques incursions dans un passé plus lointain, notamment au moment du rappel consacré à la rumba Entre dos aguas, qui a rendu célèbre le guitariste il y a des lustres.

Très haut dans l’art

Maîtrise, imagination, passion: Paco de Lucia s’est montré fidèle à lui-même jeudi, très haut dans l’art, au plus profond des cœurs. Il reste ce virtuose en quête de consolation. Ses musiciens ont suivi, tout près.

Pourtant, jeudi soir, ce concert complet, varié, professionnel a comporté des bémols. Le premier a la forme d’un regret et porte sur la trop grande richesse orchestrale, noyant parfois l’oreille. On aurait souhaité entendre davantage l’âme du guitariste sur son manche et s’élever un chant.

Et surtout, l’émotion pure a manqué. Celle qui transforme l’espérance en jubilation, qui fait d’un concert un moment mémorable, celle-là a manqué. Le public ne s’y est pas trompé, applaudissant sans ardeur, très vite convaincu qu’il n’y aurait pas de deuxième rappel.

«Il ne s’est pas fichu de notre tête», constatait quelqu’un au sortir de la salle Miles Davis Hall. Mais Paco, jeudi, ne nous a pas tiré de larme. L’œil sec pour un pétard mouillé.

Pierre-François Besson, Montreux, swissinfo.ch

Paco de Lucia

Débuts. Enfance pauvre, un père guitariste qui peine à nouer les deux bouts, Francisco Sanchez Gomez quitte très tôt l’école et passe dix à douze heures par jour à travailler son instrument. Il fait sa première apparition publique à 11 ans, en 1958, sur Radio Algesiras, la ville de sa naissance, proche de Gibraltar.

Voix. Il joue avec son frère Pepe, accompagne danseurs et chanteurs. Ensuite, celui qui aurait voulu être cantaor (et chante effectivement sur ses derniers disques) rencontre son alter ego vocal, Carmarón de la Isla. A partir de la fin des années soixante, sur une décennie, ils catapultent ensemble le flamenco dans la modernité.

Consécration. En 1975, Paco de Lucia est le premier guitariste flamenco à jouer au Théâtre royal de Madrid, haut lieu de la culture castillane, temple de la musique classique et de l’opéra. Sur disque, la consécration grand public vient avec l’album Fuente y caudal (1973) et la rumba Entre dos aguas, puis avec Almoraima (1976).

Trio. Vers 1980, il sort du cadre flamenco pour former avec les guitaristes John McLaughlin et Al Di Meola un trio explosif qui enregistre trois disques, dont le fameux Friday night in San Francisco, qui dépasse le million de copies vendues. Il enregistre aussi de la musique classique (De Falla, Rodrigo), bien qu’il ne sache pas lire la musique.

Mondial. Sur les scènes internationales, Paco de Lucia tourne ensuite avec un sextet où sont apparus la flute et le saxophone. Il confronte son flamenco au vent du large et le monde à sa musique, infatigable dans son exigence de renouvellement.

Maintenant. Paco de Lucia a enregistré jusqu’ici une trentaine de disques, dont l’un des plus profonds, Luzia (1998), est dédié à sa mère d’origine portugaise (d’où Paco de Lucia).

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Montreux Jazz Festival

Plus de deux semaines. Le 44ème MJF se tient du 1er au 17 juillet.

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