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Les Nations unies et la Croix-Rouge ont annoncé jeudi que le gouvernement syrien avait autorisé un accès humanitaire à Madaya, une ville proche de la frontière avec le Liban assiégée par l'armée. Ses habitants sont menacés de famine et plusieurs seraient déjà morts.

Dans un communiqué, l'ONU précise préparer la livraison d'une aide humanitaire à Madaya, ville rebelle près de Damas où 42'000 personnes sont au bord de la famine, dans les prochains jours. Elle entend porter aussi secours à deux villages chiites de la province d'Idlib (nord), Al Foua et Kefraya, encerclés par la rébellion.

"On nous a autorisé l'accès à Madaya, Foua et Kafraya et ça se fera probablement dans un convoi conjoint du Comité international de la Croix-Rouge, du Croissant-Rouge et de l'ONU", a ajouté de son côté Pawel Krzysiek, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). "Nous sommes toujours en discussion pour savoir quand ça se fera, mais ça ne sera sûrement pas avant dimanche."

Au moins dix personnes sont mortes de faim à Madaya au cours des six dernières semaines, d'après le décompte de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Treize autres ont été tuées par l'explosion des mines posées par les forces du régime ou par des francs-tireurs en tentant de quitter la localité pour trouver de la nourriture, d'après l'ONG.

Des militants de l'opposition parlent de dizaines de victimes, chiffre que les agences ne sont pas en mesure de confirmer. Les miliciens chiites libanais du Hezbollah, alliés aux forces gouvernementales syriennes, ont affirmé jeudi dans un communiqué que personne n'était mort de faim dans la ville et ont accusé les insurgés syriens d'empêcher la population civile de s'en aller.

La levée du blocus de cette localité par les forces gouvernementales est devenue l'une des principales exigences de l'opposition pour participer à des pourparlers de paix avec Damas.

"Rapports crédibles"

Selon le bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), "l'ONU a reçu des rapports crédibles sur des personnes qui meurent de faim et qui ont été tuées en essayant de quitter la ville".

Même si ce sont les rebelles qui peuvent autoriser l'accès aux localités de Foua et Kafraya qu'ils encerclent, les aides de l'ONU doivent partir de Damas et traverser des zones sous contrôle du régime.

La dernière fois que des convois humanitaires ont pu atteindre les villes rebelles de Zabadani et Madaya ainsi que les localités de Foua et Kafraya remonte au 18 octobre. Depuis, "l'accès à Madaya était impossible en dépit de nombreuses demandes en ce sens", selon l'ONU.

Une vaste campagne s'est développée sur les réseaux sociaux pour permettre l'alimentation de cette population affamée.

"En fait, il manque de tout" à Madaya, résume Pawel Krzysiek, qui y est entré lors de la dernière livraison d'aide en octobre. "Les gens sont depuis trop longtemps sans aliments de base, sans médicaments de base, sans électricité ni eau. J'ai réellement vu la faim dans les yeux des gens."

La neige et la famine

"On vivait de feuilles d'arbres, de plantes, mais on est aujourd'hui piégé par une tempête de neige et il n'y a plus ni plantes ni feuilles", explique Madjed Ali, un insurgé âgé de 28 ans joint par Reuters au téléphone dans la ville. "Je pesais 114 kilos avant le siège. J'en pèse aujourd'hui 80."

Les habitants se débrouillent avec de l'eau parfumée avec des épices, du citron, du sel et du vinaigre, quand ils en ont, ajoute Abou Hassan Moussa, chef du conseil de l'opposition de Madaya. Le riz ou le lait en poudre, lorsqu'ils sont disponibles, peuvent atteindre 300 dollars le kilo.

Cinquante centimètres de neige sont tombés cette semaine et on brûle des meubles et des portes pour se chauffer, explique un autre militant.

Selon le Programme alimentaire mondial des Nations unies (Pam), plus de 40'000 personnes sont menacées de famine à Madaya. "Madaya a été ravitaillée pour la dernière fois le 17 octobre avec 3900 rations alimentaires, assez pour nourrir plus de 19'000 personnes pendant un mois. Depuis, aucune aide alimentaire ou humanitaire n'a pu parvenir dans ce secteur", a dit Bettina Lüscher, porte-parole du Pam.

L'accès à la ville a été demandé à six reprises en 2015 par les agences humanitaires mais les autorités ne l'avaient accordé jusqu'ici qu'une seule fois.

sda-ats

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