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Le monde reste sur sa faim

En cette période de lutte tous azimuts contre le terrorisme, la lutte contre la faim ne soulève pas l'enthousiasme, même au Sommet de Rome... Keystone

La guerre contre le terrorisme fait de l'ombre à la lutte contre la faim. Pour preuve, les résultats du sommet sur l'alimentation auquel la Suisse a participé.

Pascal Couchepin, le ministre suisse de l’économie, qui avait fait mercredi le déplacement à Rome, a beau penser que ce rendez-vous relance les ambitions de la lutte contre la faim et la pauvreté.

Il est tout de même bien obligé – comme beaucoup d’autres – de reconnaître que ce thème est désormais «politiquement beaucoup moins porteur que la lutte contre le terrorisme».

Poser la question aux absents

L’absence remarquée, voire – disent certains – la bouderie des chefs d’État condamnent-elles ce document aux fonds de tiroirs? Jacques Chavaz ne le pense pas.

«Il faudrait poser la question aux absents», nous dit le sous-directeur de l’Office fédéral de l’agriculture et chef de la délégation suisse au Sommet. Pour lui, ce rendez-vous avait toute son utilité même s’il n’avait rien de spectaculaire.

Les ONG, elles, ne font par contre pas mystère de leurs déceptions. «La communauté internationale s’est, une nouvelle fois, vue freinée par les Etats-Unis dans son effort de résoudre les problèmes globaux».

François Meienberg, qui pose ce constat et qui, sur place, représentait l’association suisse de la Déclaration de Berne, est d’avis que la plupart des propositions novatrices et courageuses ont été édulcorées.

La grande déception des ONG

Les organisations tiers-mondistes avancent plusieurs arguments. À commencer par le rejet de la proposition d’un code de conduite pour le droit à l’alimentation. Sous la pression américaine, le projet a été ramené à une liste de lignes directrices «moins précises et moins contraignantes».

Les ONG du Nord et du Sud, paysannes en particulier, demandaient des mesures pour remédier aux conséquences négatives de la libéralisation du commerce mondial. Cet appel n’a pas été entendu, disent les militants: «les expériences négatives de ces dernières années sont toujours ignorées».

Ils déplorent aussi que le Sommet n’ait pas fait mention des risques liés aux biotechnologies, ce qui, à leurs yeux, «démontre que les pays riches n’ont pas la volonté politique de prendre ces dangers au sérieux».

Bonne gouvernance et mesures commerciales

Dans son discours en séance plénière, Pascal Couchepin a insisté sur le fait que la Suisse considérait que la lutte contre la faim et la pauvreté devait reposer «sur le principe de la bonne gouvernance».

Il s’agit de faire en sorte que les populations directement concernées aient une part active dans cette bataille, que les institutions gouvernementales ou privées agissent avec plus d’efficacité, que les échanges commerciaux entre pays du Nord et pays du Sud se fassent de manière plus équitable.

Pour la Suisse, cela veut dire concrètement que, dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, elle soutiendra «les initiatives visant à réduire les entraves aux importations de produits agricoles en provenance des pays les plus pauvres».

Ce n’est pas une idée abstraite. La Suisse, confirme Jacques Chavaz, s’est effectivement engagée avec d’autres pays européens dans une initiative «tout sauf les armes» en faveur des quarante pays les plus démunis.

D’ici deux ans, les droits de douane de ces 40 pays seront abaissés en deux étapes de 30% chacune. La levée intégrale de ces barrières, prévue vers 2006-2007, doit encore recevoir le feu vert du Parlement fédéral.

De Rome à Adelboden

Dans un avenir beaucoup plus immédiat, c’est vers Adelboden, l’une des pittoresques stations touristiques de l’Oberland bernois, que plusieurs délégations nationales présentes à Rome vont se déplacer.

Dès dimanche, la Suisse y organise en effet une importante conférence internationale sur l’agriculture durable et sur le développement rural en montagne. Le lien entre les deux rendez-vous n’est pas difficile à faire: ce sont les montagnes qui fournissent la majeure partie de l’eau douce de la planète.

Et si on n’y est pas attentif à la qualité de son agriculture et à la préservation de ses ressources naturelles, c’est une menace de plus qu’on fera peser sur la sécurité alimentaire de l’humanité.

swissinfo/Bernard Weissbrodt

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