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La double peine des ouvriers viticoles

Les vignes en terrasse de Lavaux ne se prêtent pas bien aux travaux mécanisés. Leur exploitation nécessite donc l'engagement de nombreux ouvriers agricoles, étrangers pour la plupart.

(Keystone)

Après avoir travaillé durement toute leur vie en Suisse, de nombreux ouvriers agricoles sont contraints de retourner dans leur pays d’origine à l’âge de la retraite, faute de revenus suffisants. Une situation que dénonce Jean-Charles Estoppey, médecin et président de la cave coopérative Terres de Lavaux.

Par Jean-Charles Estoppey

C’est un aspect méconnu de notre société mais qui remet en question son fonctionnement vis-à-vis des personnes qui ont contribué de façon déterminante à sa prospérité: les ouvriers et autres travailleurs venus en Suisse chercher du travail dans une période où, dans leur pays d’origine, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et plus récemment les pays de l’ex-Yougoslavie, il n’y avait pas de possibilité de gagner leur vie.

Jean-Charles Estoppey est le président de Terres de Lavaux, un groupement de vignerons qui a vu le jour en 1906 à Lutry, en plein coeur de Lavaux, cette région viticole classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. 

( DR)

Certains ou certaines avaient une formation professionnelle, d’autres pas, plusieurs avec des capacités supérieures à la moyenne, mais qui n’avaient pas la possibilité de les mettre en valeur. En arrivant chez nous, ils ont dû accepter les travaux les plus pénibles, dont les ouvriers viticoles et notamment ceux du vignoble de Lavaux, où la mécanisation est très limitée pour les raisons de configuration des lieux que l’on connaît. Pour des conditions de travail le plus souvent très convenables, mais des horaires de 45-50 heures par semaine et des salaires correspondant aux métiers de la vente ou de la coiffure, situation économique de la branche oblige.

En venant en Suisse dans les années 70, jeunes parents souvent, ils ont dû laisser leurs tout jeunes enfants aux bons soins des grands-parents, ne les voyant que lors des vacances. Ils ont donc sacrifié tout un pan de leur vie et se sont petit à petit intégrés chez nous, ont fini par faire venir leurs enfants en âge scolaire, qui ont pris l’accent vaudois, ont fait leur formation ici, ont fondé à leur tour leur famille.

Or que leur arrive-t-il? Monsieur a travaillé dur toute sa vie, à la vigne ou à la campagne, puis parfois en usine ou dans les services, Madame a fait des ménages ou a pu trouver un emploi comme aide-soignante ou aide de cuisine. Cette génération arrive près de la retraite. Certains doivent faire face aux restructurations des entreprises du secteur secondaire, dont ils sont les maillons les plus vulnérables…et les premiers licenciés.

Pour eux cela implique, à près de 60 ans et sans autre formation que celle, ô combien précieuse mais acquise sur le tas, 2 ans de chômage avec ce que cela a comme conséquence sur des revenus déjà limités. Une fois à l’âge officiel de la retraite, leurs rentes de deuxième pilier, cumulées à l’AVS à laquelle ils ont cotisé durant toute leurs années d’activité, ne leurs permettent très souvent pas de rester en Suisse, à cause de la cherté des loyers et des primes des caisse-maladie notamment.

Et ils se retrouvent dans une situation déchirante: ils doivent rentrer dans leur pays d’origine mais leurs enfants et petits-enfants ne veulent pas entendre parler d’un retour, parfaitement intégrés qu’ils sont dans ce pays devenu le leur, souvent naturalisés d’ailleurs.

C’est ce qu’on peut appeler une double peine: sacrifiés au départ dans leur vie, sacrifiés à l’arrivée, par une Suisse opulente en apparence, qu’ils ont fortement contribué à construire et qui n’a qu’un billet de retour simple course à leur offrir…Triste et révoltante évolution d’une société prise dans le tourbillon mortifère du pouvoir de la «haute» finance, à 2 vitesses, faite de riches de plus en plus riches et de travailleurs de plus en plus pauvres qui pour certains n’ont d’autre choix qu’un deuxième exil pour survivre. 

Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de son auteur et ne reflètent pas obligatoirement ceux de swissinfo.ch. 

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