Avalanches: un sursis aux glaciers alpins
Selon une étude internationale, les avalanches aident de nombreux glaciers des Alpes et du monde entier à survivre plus longtemps face au réchauffement climatique. Explications.
Soudaines, spectaculaires et souvent dévastatrices, les avalanches font partie des principaux risques naturels dans l’arc alpin et d’autres régions montagneuses. Potentiellement mortelles pour les adeptes de sports d’hiver, elles balaient parfois des bâtiments, des routes et des villages entiers.
Cependant, leur impact n’est pas toujours purement destructeur. Elles jouent un rôle crucial dans la survie des nombreux glaciers qui disparaissent en raison du changement climatique, en Suisse et dans le reste du monde. À certains endroits, plus d’un cinquième de la neige qui recouvre les glaciers — et compense leur fonte — provient des avalanches.
Telle est la conclusion d’une étude internationaleLien externe menée par l’Institut fédéral suisse de recherche sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), qui a quantifié pour la première fois l’impact des avalanches sur les quelque 200’000 glaciers de la planète. L’analyse s’est appuyée sur des mesures satellitaires et des modèles qui calculent l’évolution des glaciers ainsi que les mouvements de masses neigeuses.
«Les avalanches sont des phénomènes impressionnants et dangereux. Jusqu’à présent, nous n’avions aucune idée de leur influence sur les glaciers», a déclaré Marin Kneib, glaciologue au WSL et auteur principal de l’étude, à la radio publique suisse RTS. «Nous savons désormais que les avalanches sont un facteur important pour les glaciers.»
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Les avalanches ralentissent la fonte des petits glaciers
Les glaciers résultent d’un équilibre entre l’accumulation de neige et la fonte des glaces. La neige protège les glaciers de la hausse des températures; avec le temps, elle se compacte et se transforme en glace.
L’étude du WSL a révélé qu’au niveau global, 3% de la neige qui s’accumule sur les glaciers provient des avalanches. Cette contribution varie selon les régions et les sites, atteignant environ 11% dans les Alpes.
Dans l’est de l’Himalaya, cette part grimpe à 19%, et 22% en Nouvelle-Zélande, selon l’analyse. «Nous avons été surpris. Nous ne nous attendions pas à ce que l’effet soit aussi important dans les Alpes et à l’échelle mondiale», a commenté Marin Kneib.
Dans certains cas, en particulier sur les petits glaciers, plus de 50% de la neige provient d’avalanches. Grâce à cet apport supplémentaire, les glaciers alpins de moins d’un kilomètre carré, comme le glacier de Länta dans le sud-est de la Suisse, pourraient résister plus longtemps au changement climatique, selon le glaciologue.
L’importance des avalanches devrait donc augmenter à mesure que les glaciers reculent. Cependant, Marin Kneib a souligné qu’il ne s’agit pas d’un «salut», mais simplement d’un «ralentissement» de l’inévitable déclin. «D’ici 2100, nous aurons encore perdu plus de 80% du volume de glace dans les Alpes par rapport à 2000.»
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Dans certaines régions, telles que les Andes tropicales en Amérique du Sud, l’effet inverse se produit: les avalanches enlèvent plus d’or blanc qu’elles n’en déposent. En raison de la pente excessive des surfaces glaciaires, les masses de neige glissent avant de pouvoir se transformer en glace. Enfin les avalanches n’ont pratiquement aucun impact dans les zones plates du nord comme l’Islande, le Groenland et l’Arctique russe.
Améliorer les prévisions pour chaque glacier
Connaître la quantité de neige qui tombe sur la surface des glaciers permet de prédire leur évolution future. Les glaciers sont des sources d’eau vitales pendant l’été et les périodes de sécheresse, en particulier en Asie centrale et dans les Andes, où des dizaines de millions de personnes dépendent directement de l’eau de fonte.
Comprendre l’évolution des masses de glace améliorera les prévisions des risques naturels qui y sont associés. Le recul des glaciers déstabilise les pentes des montagnes, comme cela s’est produit à Blatten, dans le canton du Valais, et entraîne la formation de lacs qui peuvent déborder soudainement, provoquant des inondations dévastatrices.
L’étude du WSL sur l’impact des avalanches vise à inspirer le développement d’une nouvelle génération de modèles glaciaires, plus performants, explique Marin Kneib, afin d’anticiper avec davantage de précision la fonte de chaque glacier. Cette perspective aura des implications pour la production d’énergie hydroélectrique, l’agriculture et la gestion des risques naturels.
Le réchauffement climatique réduit les chutes de neige à basse et moyenne altitude. Mais moins de neige ne signifie pas nécessairement moins d’avalanches. L’Institut suisse pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) prévoit Lien externeune augmentation des avalanches de neige mouillée — formées à partir de neige riche en eau — et une diminution des avalanches de neige sèche, typiques de la neige poudreuse, au-dessus de 1800 mètres.
Les services de sécurité peuvent difficilement déclencher artificiellement des avalanches de neige mouillée. Selon le SLF, seule la fermeture temporaire des zones à risques permet de protéger les infrastructures et les personnes. Point positif: les avalanches devraient atteindre moins fréquemment les vallées.
Texte relu et vérifié par Virginie Mangin, traduit de l’italien par Lucie Donzé/dbu
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