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Contre le terrorisme, la Suisse renforce son arsenal juridique

La Suisse n’a jamais connu de grand attentat sur son sol. Mais cela ne veut pas dire que les terroristes en soient absents. Et les autorités en sont conscientes.

Ce contenu a été publié le 15 septembre 2020 - 14:56

Ces dernières années, des dizaines de jeunes Suisses ont rejoint les rangs d’organisations terroristes comme Al-Qaida et l’Etat islamique. La Suisse a donc choisi de renforcer son arsenal juridique et judiciaire pour lutter contre le terrorisme et prévenir la radicalisation de ses jeunes. Bientôt, les juges disposeront d’une nouvelle loi qui s’inscrit dans le cadre d’un plan national global.

Les mesures proposées dans ce plan sont axées sur l'alerte précoce, la réinsertion des délinquants et la formation de personnalités de la communauté comme les enseignants, les imams et les entraîneurs sportifs. L'objectif du gouvernement est de contrecarrer la propagande qui incite à l'extrémisme violent, et ce quelles que soient ses motivations.

Jusqu’ici, la Suisse a été épargnée par les attentats qui ont frappé l’Europe et différentes régions du monde. Elle serait même en comparaison internationale un des pays les plus sûrs de la planète. Le gouvernement helvétique n’en est pas moins déterminé à durcir les mesures de lutte contre le terrorisme. À cette fin, il a lancé en 2019 le projet de loi qui prévoit des peines plus sévères contre les terroristes et ceux qui les soutiennent. Un projet qui à ce moment-là inquiétait déjà certaines ONG.

Les nouvelles mesures remplaceraient l'interdiction temporaire des organisations terroristes, dont Al-Qaida et l'État islamique, par une nouvelle législation ciblée qui érige en infraction pénale le fait de recruter des personnes pour rejoindre un groupe terroriste, recevoir une formation terroriste ou se rendre à l'étranger pour commettre des actes de terrorisme.

Mais ces mesures, bien accueillies par le parlement - surtout la Chambre basse en première lecture -, suscitent la crainte de l’ONU et des organisations de défense des droits de l’homme, à l’intérieur comme à l’extérieur de la Suisse, qui y voient de réels risques de dérive.

Selon un pénaliste, «au lieu de punir l’acte terroriste, on en arrive presque à punir l’intention». D’autres experts évoquent le flou entourant la notion d’organisation terroriste en citant l’exemple des mouvements de libération démocratiques, que les pouvoirs autoritaires contre lesquels ils sont en lutte qualifient de terroristes.

Aujourd’hui, politiciens, juristes et médias s’accordent tous sur le besoin de renforcer l’arsenal juridique dans le domaine de la lutte contre ce fléau. Et si l’extrémisme islamique fait davantage peur, parce que ses manifestations sont plus violentes, c’est bien vers l’extrême gauche que penche la majorité des radicalisés en Suisse. Quant à la prévention, elle réside, comme l’énonce une spécialiste, dans «le renforcement de l’esprit critique, de l’empathie, du respect et du vivre-ensemble».

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