Très rentable, la radiologie pèse de plus en plus lourdement sur le système de santé
Les coûts de l’imagerie médicale augmentent plus vite que ceux du système de santé. Cette spécialité offre aussi des marges très confortables pour les prestataires, selon les données de plusieurs groupes analysées par la RTS.
La RTS a dévoilé les juteuses affaires du groupe 3RLien externe, le leader de la radiologie en Suisse romande. Toutefois, cette entreprise n’est pas la seule à se nourrir de primes maladie pour verser des salaires très confortables tout en accumulant de jolis bénéfices.
Les données piratées contiennent aussi la comptabilité d’au moins une dizaine d’autres cabinets, petits et moyens. En effet, l’appétit de rachat du leader romand l’a poussé à se documenter sur la situation financière de ses concurrents.
>> Revoir le sujet du 19h30 :
Au moins 300’000 francs de salaire, la norme
3R ne fait pas figure d’exception: dans la majorité des autres centres, la rémunération de base des radiologues s’élève au moins à 300’000 francs bruts pour un plein-temps. À cette somme s’ajoutent régulièrement des bonus et diverses gratifications.
Les revenus de certains médecins salariés dépassent largement ce seuil. Ainsi, deux responsables de site perçoivent respectivement 480’000 et 613’000 francs. Un spécialiste en cardiologie est rémunéré sur la base de 560’000 francs annuels, toujours pour un équivalent plein-temps. Pour deux autres praticiens, payés principalement selon leur chiffre d’affaires, les compensations atteignent 400’000 francs.
>> Voir le débat dans Forum entre Philippe Eggimann et Baptiste Hurni :
Que pense l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) de ces rémunérations qui pèsent sur les primes et les finances des assurés? «Les salaires des médecins ne sont pas réglementés au niveau fédéral et par conséquent, ils ne relèvent pas de la compétence de l’OFSP», répond sa porte-parole.
Jusqu’à 47% de bénéfices
En outre, ces rémunérations généreuses n’empêchent pas de solides bénéfices pour leurs employeurs. Selon les cas analysés par la RTS, ceux-ci peuvent rapidement atteindre 5% du chiffre d’affaires, avant de décoller. Après moins de 5 ans d’existence, un cabinet de la région Mittelland a engrangé 3,2 millions de chiffre d’affaires en 2024. Son gain net atteignait alors 150’000 francs, déductions faites des investissements consentis, notamment pour le coûteux matériel de radiologie.
Pour des cabinets plus anciens, la marge bénéficiaire s’envole. En 2025, un centre à proximité de Zurich a enregistré 1,45 million de bénéfice sur 5 millions de revenus (29%). Un groupe dans le nord-ouest du pays a récolté 5,4 millions de gains, ce qui représentait 47% de son chiffre d’affaires.
Comment des contributions obligatoires, nos primes maladie, peuvent-elles se transformer en bénéfices pour des prestataires de soins? «La LAMal n’interdit pas aux fournisseurs de prestations de réaliser des bénéfices», affirme l’OFSP, ajoutant que «les tarifs doivent être fixés conformément aux principes de l’économicité et se fonder sur les coûts d’une fourniture efficiente des prestations».
Confrontés à ces chiffres, plusieurs parlementaires s’étranglent. «Ce système est devenu complètement fou, un énorme business où des gens, excusez-moi du terme, se servent sur la bête de façon éhontée», estime notamment Baptiste Hurni, élu socialiste au Conseil des États.
Contrairement aux assureurs, qui ont l’interdiction de faire des gains sur la LaMal, les profits des prestataires de soins ne sont donc pas limités. Toutefois, les tarifs sont censés permettre de couvrir les coûts et investissement et «ne visent donc pas à garantir ou à maximiser des bénéfices», selon l’OFSP. Pourtant, d’après les documents consultés, les marges s’avèrent tout à fait conséquentes.
Pour le conseiller national du Centre Benjamin Roduit, ces gros chiffres «ne font que confirmer la nécessité, spécialité par spécialité, de voir ce qui a été réellement investi, de voir quel est le coût effectif de chaque geste, de chaque acte médical».
Une part croissante des coûts de la santé
Ces salaires et bénéfices alimentent une flambée des coûts de la santé dont s’est inquiété le Contrôle fédéral des finances en 2025. Dans un rapport, il a estimé que l’imagerie médicale représentait 2,1 milliards de francs à la charge de l’assurance-maladie obligatoire. Il a surtout noté que la hausse entre 2019 et 2023 (+5,3% par année) dépassait largement celle de l’ensemble des coûts de la santé.
Le Contrôle fédéral des finances a souligné que la tarification des examens étaient alors excessive. Les prix des examens ont été revus depuis, puisque le système Tardoc est entré en vigueur cette année. Il est encore difficile de savoir si cette réforme va alléger le poids de la radiologie sur les primes. Toutefois, certains documents des cabinets se révèlent préoccupants.
>> Voir les précisions de La Matinale :
Révisions des tarifs: des chiffres inquiétants
Dans un rapport confidentiel, le centre du Mittelland a comparé ses revenus au premier trimestre 2026 à ceux de 2025. Résultat: une croissance de plus de 15% des affaires, malgré l’introduction de Tardoc. Il prévoit un chiffre d’affaires au moins équivalent à celui de l’année précédente.
Un autre groupe semble avoir analysé les prix globaux de ces prestations en fonction des technologies utilisées. Selon ses chiffres, celles-ci seraient tendanciellement en hausse avec le nouveau système. Le groupe 3R a fait savoir à la RTS qu’il prévoit dans un premier temps une baisse de rentabilité au-delà de 10% liée à Tardoc. Une chute qu’il pense toutefois pouvoir compenser «sur deux ans via un effet volume de 6% par an et un effet prix de 5% par an», d’après les procès-verbaux de son conseil d’administration.
Concernant Tardoc et ces effets sur la radiologie, la Fédération des médecins suisses se montre très prudente, affirmant qu’«il est prématuré de tirer des conclusions sur la base de situations individuelles ou de quelques groupes».
>> Voir aussi l’interview du Dr Dominique Bünzli :
Le 30 avril 2026, le groupe de radiologie 3R a été piraté pour la deuxième fois en un peu plus d’un an. Le vol portait sur plusieurs dizaines de milliers de documents, plus de 50 Giga de données. Elles concernent non seulement le groupe, mais aussi certains de ses concurrents. Publiés sur le darknet quelques semaines plus tard, les fichiers, toujours accessibles en ligne, nous ont été fournis par un tiers.
La RTS a décidé d’analyser ces documents, car ils contiennent des informations d’intérêt public. Ils permettent de documenter pour la première fois, de manière très précise, certains flux d’argent dans le système de santé suisse, financé essentiellement par les primes de l’assurance-maladie obligatoire.
Ce travail a été fait en gardant à l’esprit la nécessité de protéger les personnes concernées. Les informations permettant d’identifier des patients, des employés ou de petites entités ont été anonymisées.
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