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Darwin joue les prolongations à Lausanne

Les combles du Palais de Rumine revisitées. La salle s’est habillée de couleurs et les animaux sont sortis de leurs vitrines. Michel Krafft, Musée de zoologie

Dans la capitale vaudoise, l’Année Darwin va encore durer jusqu’au mois de septembre, et même au-delà, à la faveur d’une double exposition. Enseignée plutôt tardivement à l’école, la théorie de l’évolution mérite bien cela, estiment les promoteurs du projet.

Une louve n’y retrouverait pas ses petits. Pour des générations de Romands, les combles du Palais de Rumine à Lausanne, c’était d’abord des alignées d’animaux empaillés, dûment étiquetés et bien rangés dans leurs vitrines centenaires.

Certes, le grand requin blanc et la mâchoire de cachalot sont toujours là, mais la galerie nord du Musée de zoologie s’est parée de couleurs vives, d’écrans, de panneaux et de cabines interactives. Et les animaux qui ont «survécu» à ce lifting temporaire sont comme en liberté, juchés sur un piédestal ou pendus au plafond.

«En fait, les autres sont toujours là, mais nous avons poussé les vitrines contre les murs et nous les avons dissimulé sous ces panneaux de couleur», confie Olivier Glaizot, conservateur du Musée et commissaire de l’exposition. L’astuce a permis d’aménager un chemin qui passe sur les vitrines et d’où l’on peut voir l’ensemble de haut.

Vivant et didactique

Si cette exposition temporaire est appelée à durer jusqu’au 25 septembre, celle installé dans l’Atrium (méconnaissable lui aussi) est en place pour plusieurs années. En quelques vitrines, elle rappelle comment la science (longtemps bâillonnée par l’Eglise) est progressivement venue à l’idée d’évolution des espèces, pressentie et même théorisée avant Darwin. Et comment les découvertes plus récentes (en génétique notamment) ont étayé les thèses du naturaliste anglais.

Le visiteur entre ensuite dans le vif du sujet, avec une exposition à la fois vivante et remarquablement didactique. On y explique d’abord la notion d’espèce, puis les principes de la sélection naturelle et enfin ses conséquences.

Les trois musées qui l’ont mis sur pied (zoologie, botanique et géologie) ont soigneusement sélectionné fossiles, spécimens végétaux et animaux pour montrer mieux que de longs discours ce qui fait les caractéristiques d’une espèce, mais également comment les individus peuvent varier à l’intérieur d’une même espèce.

Et à chaque étape, une cabine vidéo permet d’introduire le sujet. Indispensable dans une expo moderne. Mais les enfants qui viennent ici, même en ayant déjà vu des tigres sur un écran, seront toujours impressionnés de se trouver nez-à-nez avec un spécimen empaillé grandeur nature.

Aussi pour les petits

Pour les enfants justement, la dernière section de l’expo offre une salle de jeux interactifs et une petite arène où s’affrontent deux mini-robots, conçus à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Au fil des poursuites, le prédateur et sa proie vont évoluer pour devenir de plus en plus performants.

Même si l’expérience des robots «n’est pas forcément facile à comprendre», comme l’admet Olivier Glaizot, l’exposition dans son ensemble se veut facilement accessible, même aux petits.

«Comme toujours, il y a plusieurs niveaux de compréhension, explique le commissaire. La théorie de la sélection naturelle est quelque chose d’extrêmement simple à la base. Et nous avons pris le parti de l’expliquer avec les connaissance dont Darwin disposait à son époque, c’est-à-dire sans recourir à la génétique».

Histoire aussi de participer à l’éducation des plus jeunes et à leur sensibilisation à la biodiversité, qui sera en 2010 le thème d’une Année internationale de l’UNESCO.

Car à l’école, Darwin et sa théorie ne sont guère enseignés avant la pré-adolescence. Ce que regrette le biologiste Olivier Glaizot. Pour lui, on pourrait parfaitement, en abordant les choses de manière très simple, commencer dès les premiers cours de sciences naturelles.

Et Dieu dans tout ça ?

200 ans après sa naissance, 150 ans après la publication de L’Origine des espèces, Darwin reste la bête noire de ceux pour qui la vie en général et l’homme en particulier ne sauraient être le fruit du seul hasard. Alors, en nommant leur exposition «Oh my God !», les responsables des musées lausannois ont-ils voulu choquer les créationnistes ?

«Pas du tout, répond Olivier Glaizot. Ce n’est jamais facile de trouver un titre, et nous aurions pu choisir quelque chose de très sérieux. Mais il se trouve que notre muséographe a fait cette suggestion, basée sur ce qu’aurait dit Emma Darwin, croyante très fervente, quand elle a découvert les théories de son mari. Ce n’est qu’une anecdote, mais nous avons trouvé ça charmant».

Aucune volonté de choquer les tenants des différents courants créationnistes donc, lesquels d’ailleurs se sont montrés remarquablement discrets depuis l’ouverture de l’expo à l’automne dernier.

«Je m’attendais à beaucoup plus de commentaires créationnistes dans le livre d’or, mais jusqu’ici, il n’y a pratiquement rien, note le commissaire. Nous avons été contactés par des créationnistes lausannois qui nous invitaient à venir participer à leurs séances. Mais je n’y suis pas allé, parce que ce n’est pas un sujet qui m’intéresse en soi… En fait, nous ne parlons pas de la même chose».

Marc-André Miserez, swissinfo.ch

Pour l’année Darwin, une exposition de grande envergure a été montée dans les combles du Palais de Rumine à Lausanne. Elle se divise en deux parties.

L’une permanente, dans l’Atrium, retrace les origines des théories de l’évolution, de l’Antiquité à Darwin.

L’autre, temporaire, occupe la moitié du Musée de zoologie, entièrement transformé et habillé de couleurs vives pour l’occasion. Inaugurée à fin octobre 2009, elle restera en place jusqu’au 25 septembre 2010.

Charles Robert Darwin naît le 12 février 1809 en Angleterre dans une famille de médecins. Décédé le 19 avril 1882, il est enterré à l’Abbaye de Westminster, aux côtés d’Isaac Newton, l’autre monument de la science britannique.

Après avoir étudié la médecine et la théologie, il se tourne vers les sciences naturelles et découvre les travaux de Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829), père de la première théorie de l’évolution. Il mène des recherches sur les cycles vitaux des animaux marins.

Entre 1831 et 1836, il voyage à bord du Beagle avec une expédition partie faire la cartographie de l’Amérique du Sud.

En 1859, il publie L’Origine des espèces. Il y défend l’idée que l’unité et la diversité du vivant s’expliquent par l’évolution et que le moteur de l’évolution adaptative est la sélection naturelle. Ce n’est qu’en 1871, dans La descendance de l’homme et la sélection sexuelle, qu’il montre que l’être humain est lui aussi le résultat du processus d’évolution.

Dès L’Origine des espèces, Darwin a été critiqué par les églises anglicane et catholique. En 1996, Jean-Paul II a déclaré que «de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse». L’Eglise anglicane s’est excusée pour son «zèle anti-évolutionniste» en septembre 2008.

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