Sanda Samitca, une sociologue suisse à Lisbonne
La famille, les personnes âgées et leur prise en charge: ces thèmes de recherches menées par Sanda Samitca l'ont conduite sur les bords du Tage. Pour la scientifique, l'occasion inespérée de découvrir un pays qui mêle cultures du sud et du nord.
Lorsqu’elle arrive à Lisbonne il y a trois ans, Sanda Samitca tombe aussitôt sous le charme de la capitale portugaise. Et l’écouter parler de la ville et de ses environs fait aussitôt trépigner d’impatience à l’idée de déambuler dans les rues de la ville.
«L’ouverture de Lisbonne sur son fleuve, sur la mer, c’est magique. Il y a partout des décrochements dans les ruelles, entre les arbres et les murs pour pouvoir apercevoir l’eau. On comprend pourquoi un jour les Portugais sont partis découvrir le monde», dit avec gourmandise Sanda.
A 35 ans, cette jeune femme qui dissimule sa réserve derrière de fines lunettes de myope est aussi discrète que passionnée. Sanda Satmica est née et a vécu à Lausanne après avoir passé son enfance près du lac Léman, à Morges.
Et c’est à Lausanne qu’elle a obtenu son doctorat de Sociologie de la famille, grâce à des recherches sur la prise en charge des personnes atteintes d’Alzheimer. Elle sait que son nom étonne. Son père, roumain, s’est installé en Suisse après avoir rencontré son épouse et fui le régime de Ceausescu. «Un sans papier qui a obtenu la nationalité suisse. Mes parents sont tous deux liés au milieu médical et m’ont incité à étudier et à faire des recherches dans le domaine de la sociologie de la famille».
Sanda n’est encore jamais allée en Roumanie… Elle souhaite auparavant apprendre la langue, afin de ne pas être là-bas une simple touriste. Mais le destin en a décidé autrement et c’est le portugais que Sanda a dû apprendre.
Paris et Lausanne
Alors qu’elle prépare son doctorat, Sanda obtient une bourse du Fonds national suisse pour la recherche scientifique. Elle se rend à Paris, où elle travaille au CNRS- Inserm, tout en suivant les séminaires de l’Ecole des hautes études en sciences sociales.
Sanda s’intéresse alors à la maladie d’Alzheimer et à ses implications sociales. Paris qu’elle adore lui permet d’entrer dans le réseau de recherches sur les questions liées à cette maladie, que le grand public découvre.
Parallèlement, Sanda continue son travail à Lausanne à l’Institut de médecine sociale et préventive du CHU de la ville. Pendant dix ans, ce seront des travaux sur la toxicomanie et le sida, puis sur les personnes âgées et leur prise en charge. «J’y ai beaucoup appris. L’unité de médecine à laquelle j’étais rattachée était très ouverte aux sciences humaines. L’ancrage avec la réalité sociale permet vraiment de mener des recherches sociologiques», dit-elle.
L’approche de Lisbonne
La vie de chercheuse qui attend Sanda prend un tournant inattendu lorsque son compagnon, d’origine allemande, obtient un poste à L’Observatoire européen de la drogue et de la toxicomanie, l’un des deux instituts européens de recherche basés à Lisbonne.
Le couple a envie de changer d’univers et Sanda, qui vient explorer la capitale portugaise, tombe sous son charme. Par chance, sa rencontre avec la chercheuse portugaise d’origine anglaise Karyn Wall lui offre des perspectives. Cette sociologue de la famille a travaillé en Suisse. Elle parle le français. Une aubaine pour Sanda, qui ignore tout de la langue portugaise.
La jeune femme obtient ainsi un poste de chercheur «postdoc» à l’ICS, Institut des Sciences Sociales de Lisbonne. Au Portugal le statut est accordé pour trois ans. Elle décroche une bourse de la Fondation pour la Recherche et la Science pour la durée de sa recherche, qui consiste à approfondir un aspect de sa thèse. «Je reçois 1500 euros par mois. C’est très correct pour le Portugal et équivaut à ce que toucherait un chercheur étranger en suisse».
Une recherche passionnante
Sanda a intégré le projet de recherche européen, «Workers under pressure and social care», auquel, outre le Portugal, participent cinq pays: la France, la Suède, l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas.
«Le Portugal a un statut à part. Il n’est pas tout à fait apparenté aux pays du sud d’un point de vue social. Par exemple, les femmes travaillent plus qu’en Espagne. Elles sont 64% sur le marché du travail à temps plein. Ça modifie forcément le rapport aux personnes âgées et leur prise en charge», constate la sociologue.
Le rôle des familles dans la problématique des personnes âgées et dépendantes reste important, mais il existe aussi de nombreux relais institutionnels (foyers, instituions, centres de jour). Le Pays est à la charnière entre nord et sud sur ces questions sociales.
Les femmes qui acceptent de prendre en charge leurs parents âgés espèrent cependant que la génération suivante ne sera pas contrainte à le faire. «Les femmes portugaises doivent jongler avec des emplois du temps compliqués pour faire face à leur double obligation, celle de contribuer au niveau de vie du foyer et celle de s’occuper des personnes âgées. Il y a de nombreuses sources de conflits», constate Sanda.
La sociologue qui, parallèlement, travaille toujours sur la maladie d’Alzheimer, espère pouvoir poursuivre ses recherches dans ce pays qui l’a séduite par sa spécificité de pays «méditerranéen-océanique». Avec à court terme l’obligation de trouver un prolongement à son contrat post doctorat, dont l’expiration est imminente…
Marie-Line Darcy, Lisbonne, swissinfo.ch
En 2006, les personnes âgée de 65 ans et plus étaient 1.820.000 dont 58,5% sont des femmes, pour une population totale de 10,6 millions d’habitants.
La population est vieillissante: le pourcentage de personnes de plus de 75 ans dans la population totale est passé de 2,7% en 1960 à 6,7% en 2006. On estime que en 2050, la population des personnes de 80 ans et plus atteindra 10,2% de la population.
L’espérance de vie continue à augmenter. Elle est de 75,5 ans pour les hommes et de 81,7 ans pour les femmes.
Près de 1,8 millions de personnes sont à la retraite. Les pensions sont en moyenne de 385 euros mensuel, inférieures au salaire minimum national fixé en 2009 à 450 euros et pratiquement au niveau du seuil de pauvreté établit pour le Portugal. Environ 18% des personnes en âge de prendre la retraite (âge légal :65 ans) continuent à travailler.
Retraités. 16,6% de la population a 65 ans et plus.
Espérance de vie:
– Homme: 79,7
– Femmes : 84,4
Office fédéral de la Statistique, chiffres 2008
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