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Angela Merkel et Youssef Chahed se sont rendus sur les lieux de l'attentat du 19 décembre contre un marché de Noël à Berlin.

KEYSTONE/EPA/OLIVER WEIKEN

(sda-ats)

Angela Merkel a insisté mardi devant son homologue tunisien, très récalcitrant, sur la nécessité d'accélérer les expulsions de demandeurs d'asile déboutés en Allemagne. Le sujet est sensible depuis l'attentat de Berlin, commis par un migrant tunisien radicalisé.

"L'an dernier, selon mes données, 116 ressortissants tunisiens ont quitté l'Allemagne" après avoir été déboutés de leur demande d'asile, a indiqué la chancelière allemande lors d'une conférence de presse commune avec le premier ministre tunisien Youssef Chahed à Berlin. "Ce n'est pas encore assez rapide et nous discutons de comment on peut améliorer ce processus et comment le faire sans difficulté", a-t-elle ajouté.

Mais avant même sa rencontre avec Angela Merkel, M. Chahed avait rejeté en bloc les demandes de l'Allemagne dans une interview au quotidien populaire Bild parue mardi. A l'issue de son échange avec Mme Merkel, le chef du gouvernement tunisien s'est contenté d'appeler à "mieux" se coordonner, alors que dans Bild, il minimisait l'ampleur du problème: "C'est un nombre très restreint".

Berlin reproche à Tunis de freiner ces expulsions - 1000 à 1500 dossiers - en particulier s'agissant de personnes liées à la mouvance salafiste. Berlin adresse le même type de reproches à l'Algérie et au Maroc.

"Aucune erreur"

Cas emblématique, la Tunisie est accusée d'avoir bloqué des mois durant en 2016 le rapatriement d'Anis Amri. Cet homme finira par tuer 12 personnes le 19 décembre en attaquant au camion-bélier pour le compte du groupe Etat islamique un marché de Noël à Berlin.

"Les autorités tunisiennes n'ont fait aucune erreur", a affirmé Youssef Chahed dans Bild, semblant même rejeter la faute sur l'Allemagne. "Nous attendons des autorités allemandes des preuves limpides que la personne est vraiment tunisienne. Les migrants clandestins utilisent de faux papiers et ralentissent la procédure", a-t-il dit.

Toujours dans Bild, le premier ministre tunisien a aussi dit "non" à Mme Merkel sur son idée de camps en Tunisie pour y accueillir les migrants sauvés au cours de leur traversée de la Méditerranée et empêcher ainsi leur arrivée en Europe. "La Tunisie est une jeune démocratie, je ne pense pas que cela puisse marcher, et nous n'avons pas de capacités pour des camps de réfugiés".

"La solution doit être trouvée avec la Libye" où les passeurs profitent du chaos et de l'absence d'un Etat fonctionnel, a ajouté M. Chahed. Les deux dirigeants ont affirmé ne pas avoir évoqué le sujet mardi.

Sujet sensible en Tunisie

En pleine année électorale la thématique est devenue brûlante pour la chancelière, attaquée jusque dans son camp pour sa politique d'accueil des migrants de 2015. Le parti populiste anti-immigration AfD profite de la situation pour s'ancrer dans le paysage politique, accusant Mme Merkel d'avoir mis le pays en danger.

Le gouvernement allemand est d'autant plus exaspéré que statistiquement Tunisiens, Algériens et Marocains n'obtiennent le statut de réfugié que dans très peu de cas. Mais le sujet des expulsions est aussi très sensible en Tunisie, pays gangréné par le chômage des jeunes.

Nombre de familles vivent en effet de l'argent de proches installés en Europe. Et avec quelque 5500 ressortissants, selon l'ONU, dans les rangs d'organisations comme l'Etat islamique (EI), en particulier en Irak et en Syrie, la Tunisie est l'une des principales terres de recrutement pour ces groupes djihadistes.

Promesse de partenariat

Leur retour pourrait s'avérer catastrophique pour un pays qui a réussi, malgré la crise économique et des attentats, à préserver sa stabilité et ses progrès démocratiques pour devenir le seul rescapé des "Printemps arabes".

La chancelière allemande a d'ailleurs assuré vouloir soutenir la Tunisie par "un large partenariat qui permette aux gens de ne plus se retrouver dans la situation où ils se disent: 'Je dois tenter ma chance en Europe'". Elle a ainsi promis l'aide de l'Allemagne en matière de formation professionnelle, de sécurité intérieure et d'investissements. Mme Merkel a annoncé qu'elle se rendrait au printemps en Tunisie.

ATS

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