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Nora Illi a écopé d'une amende au Tessin.

KEYSTONE/TI-PRESS/PABLO GIANINAZZI

(sda-ats)

La Suissesse convertie à l'islam Nora Illi et l'homme d'affaires algérien Rachid Nekkaz ont été verbalisés vendredi à Locarno. La première vêtue d'un niqab, ils se sont rendus au Tessin le jour de l'entrée en vigueur de la loi interdisant le port du voile intégral.

Le soleil tapait fort vendredi vers midi lorsque Rachid Nekkaz, un foulard aux couleurs algériennes autour du cou, et Nora Illi, couverte d'un niqab bleu et accompagnée de sa fille, ont traversé la Piazza Grande de Locarno pour se diriger vers la mairie et siège de la police communale.

L'homme d'affaires algérien, qui a dit à l'ats avoir rendu son passeport français et avoir quitté la France, et la Suissesse de 32 ans, convertie au salafisme à 18 ans, se sont entretenus quelques minutes avec les nombreux journalistes présents à Locarno. Ils ont ensuite été interceptés par une patrouille de la police communale qui les a emmenés au poste.

"Je lutte contre une loi liberticide", déclare Rachid Nekkaz, "comme je l'ai fait et le fais en France, Belgique et Hollande". Le millionnaire algérien s'est déjà acquitté de 1135 amendes en France, 261 en Belgique et deux en Hollande, soit un total de 243'000 euros prélevés sur un fond d'un million constitué en juillet 2010.

"Je milite indifféremment pour les droits de l'homme à toutes les latitudes, dans les pays arabes aussi", affirme cet homme d'affaires qui se dit politicien et "paladin de la liberté". Pour lui, la loi qui interdit le port du voile intégral dans les lieux publics au Tessin bafoue les enseignements de Voltaire et Rousseau, "c'est une honte".

Amende de 230 francs

Rachid Nekkaz a ainsi écopé d'une amende de 230 francs qu'il a payé rubis sur l'ongle, pour "instigation à la dissimulation du visage". Lui estime avoir respecté une loi qu'il considère comme une insulte aux droits individuels.

Nora Illi en revanche recevra sa contravention – dont le montant n'a pas encore été fixé – d'ici deux à trois semaines. "Nous nous y opposerons", assure la Suissesse convertie à l'islam. "S'il le faut, nous irons jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme, car cette loi est une insulte aux femmes musulmanes".

Rachid Nekkaz s'est fait connaître au Tessin en 2013. Après l'acceptation de la loi dite "anti burqa", il avait promis de payer toutes les amendes infligées aux femmes voilées dans le canton. Il a répété sa promesse lors d'une visite à Locarno en décembre 2015.

Vendredi, l'Algérien a réitéré son intention d'intervenir "chaque fois que cela sera nécssaire". Il a déploré la date d'entrée en vigueur de la loi, "un vendredi, jour sacré pour les musulmans, et c'est encore pire en période de ramadan".

La provocation de M. Nekkaz et de Nora Illi a suscité le mécontentement d'un groupe de gens sur les lieux. Ceux-ci ont protesté de façon véhémente contre la présence de la femme recouverte du niqab et du mécène algérien. Ce dernier a été copieusement hué lorsqu'il a déclaré : "Je viendrai ici aussi souvent qu'il le faudra pour donner des leçons de démocratie à la Suisse".

Récolte de signatures

Auteur de l'initiative cantonale qui a débouché sur la nouvelle loi tessinoise, le politicien local Giorgio Ghiringhelli a monté son stand de récolte de signatures pour l'initiative fédérale similaire tout près de la mairie. "Nous demandons que l'interdiction de se dissimuler le visage soit appliquée au niveau fédéral", a-t-il expliqué à l'ats.

L'initiative populaire "Oui à l'interdiction de se dissimuler le visage" a été lancée le 15 mars 2016 et la récolte de signatures connaît un grand succès, ajoute M. Ghiringhelli, qui a évité toute confrontation directe avec Rachid Nekkaz.

A sa sortie du poste de police où elle a accepté de montrer son visage, Nora Illi était à nouveau entièrement voilée. "Ces amendes sont les premières infligées au Tessin. En raison des circonstances particulières, nous avons autorisé Mme Illi à rester couverte", indique le commandant de la police locarnaise.

La jeune femme a ainsi récupéré la poussette où l'attendait sa fille surveillée par une baby-sitter coiffée du hijab, foulard qui couvre les cheveux et le cou sans cacher le visage. Elle s'est éloignée de la place, filmée par les caméras de télévision et sous le regard des curieux.

Quant à Rachid Nekkaz, il a tout de suite quitté la ville tessinoise en direction de l'aéroport milanais de Malpensa d'où il devait décoller pour Alger. "Mais vous me reverrez", a-t-il lancé en riant avant de prendre congé.

sda-ats

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