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Sur ces images qui datent de 2012, des commerçants évacuent leur stock du souk d'Alep alors que le marché couvert médiéval est déjà le théâtre d'affrontements entre troupes du régime et rebelles (archives).

KEYSTONE/AP/Hussein Malla

(sda-ats)

A l'entrée du souk d'Alep, assis sur une marche en pierre, un sexagénaire joue avec son nay, une flûte orientale, un air mélancolique. A l'image du célèbre marché couvert, aujourd'hui désert, Abou Nadim est devenu muet depuis que la guerre ravage sa ville.

Construit au XIVe siècle, le plus grand marché couvert au monde avec ses 13 kilomètres de long et ses centaines de magasins et de khans était le coeur d'Alep, la capitale économique de Syrie.

Mais ce coeur a cessé de battre en juillet 2012 lorsque la ville a été coupée en deux entre des secteurs tenus par les rebelles et d'autres contrôlés par le régime. La ligne de démarcation traverse le souk autrefois si prisé des Alépins et des touristes étrangers.

Ses brillants négociants ont aujourd'hui laissé la place aux combattants des deux camps. Et là où pendant des siècles les affaires se traitaient avec passion, sont positionnés aujourd'hui des tireurs embusqués, des artilleurs, la main sur la culasse de leur canon, et une vingtaine de marchands travaillant en grande partie au service de l'armée, dans la partie gouvernementale.

Des bérets pour des bonnets

Dans le quartier de Bahsita, au milieu du souk, le sol du magasin de Zakaria Moussali est jonché de chutes de tissus militaires. "Nous étions une dizaine de couturiers avant la guerre et je suis le seul à être resté. Je confectionnais des bonnets colorés pour enfants, femmes et jeunes", dit cet homme de 46 ans assis devant son unique machine à coudre encore en marche.

"Aujourd'hui, je fais des bérets vu que toute la zone est devenue une zone d'opérations militaires et il n'y a que des soldats. J'ai quelques clients fidèles d'Alep mais la majorité de ma clientèle est constituée de soldats et de généraux. Je suis devenu le champion de la confection des bérets", ajoute-t-il en riant.

Deux oiseaux s'introduisent dans son atelier et commencent à gazouiller. A côté de sa maison, cinq coqs chantent. "Ce sont mes seuls amis. Les humains sont tous partis", dit-il. Zakaria et sa famille ont refusé d'abandonner leur maison. "Ici c'est mon travail, ici sont mes souvenirs et ma vie. Je suis resté malgré les roquettes et je ne le regrette pas".

Dévasté

Dans cette partie gouvernementale du souk, les rideaux de fer, peints aux couleurs du drapeau officiel, sont tirés, mais plusieurs échoppes ont leur vitrine ou leur porte coulissante dévastées à cause du souffle des explosions. Certaines parties du souk ont brûlé, des balles ont éraflé les murs en pierre, des roquettes jonchent le sol, des balcons en fer sont suspendus dans le vide et des moucharabiehs ont perdu leurs bois travaillés.

De ce côté du marché, des dizaines de tunnels ont été creusés puis détruits à l'explosif par les rebelles. Sur les 200 familles qui y habitaient, il en reste à peine une quinzaine.

Nouveaux clients

Le vendeur ambulant, Yehia Koteiche, s'est installé à Bab al-Faraj, à la lisière du souk, dans le centre historique d'Alep. Beaucoup de déplacés y habitent dans les hôtels de charme qui étaient très prisés avant la guerre par les touristes.

"Je me suis transporté ici car il y a beaucoup de déplacés (...) Comme la zone est souvent bombardée, les loyers sont très bas et certains déplacés logent gratuitement dans les hôtels aujourd'hui vides", explique-t-il. Sur son étal, il propose quelques tomates, oeufs, aubergines, poivrons, melons et pastèques.

Dans ce quartier, un coiffeur s'est installé dans un ancien café aux vitres brisées, dans une rue régulièrement bombardée et ciblée par les tirs de snipers. "Mes clients étaient des touristes et des habitants. Maintenant, je rase la barbe et coiffe des soldats et des officiers. Mon travail marche assez bien car il y a beaucoup de militaires dans la zone", assure Mohammad Zakaria, 65 ans.

"Seule et abandonnée"

Le souk de Khan al-Wazir, près de la citadelle, est quasiment détruit. Seul signe de vie, un milicien en uniforme tenant un bébé suivi de sa femme tente de se frayer un chemin jusque chez lui au milieu des ruines.

Devant son magasin de photo, assis sur une chaise blanche, à côté de trois plantes sur lesquelles il veille avec soin, Sarkis, 66 ans, se rappelle qu'il voyait des dizaines de touristes avant la guerre. "Aujourd'hui, seuls les soldats me rendent visite pour s'assurer que je vais bien. Je refuse de quitter cette ville sinon je la sentirai seule et abandonnée", raconte-t-il.

"Mes enfants m'ont supplié de quitter la Vieille ville mais je suis né ici, je veux mourir ici."

sda-ats

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