Comme chez les humains, les leaders constituent un modèle pour la transmission des savoirs chez les singes sauvages, indépendamment du lien de parenté, du sexe ou de l’âge. C'est le constat d'une étude lausannoise menée sur des singes vervets en Afrique du Sud.

Professeure assistante boursière FNS au Département d’écologie et évolution de l’Université de Lausanne (UNIL), Erica van de Waal a fondé et dirige depuis 2010 le "Inkawu Vervet Project" en Afrique du Sud. "Inkawu" signifie singe en langue zouloue.

Ce projet est dédié à l’étude des capacités sociales et cognitives des singes vervets (Chlorocebus pygerythrus) dans leur habitat naturel, a indiqué jeudi l'UNIL dans un communiqué.

Dans le cadre de cette nouvelle étude, Charlotte Canteloup, postdoctorante dans l’équipe d’Erica van de Waal et première auteure de l’article, a réalisé une expérience dite de "diffusion ouverte" au sein de deux groupes de singes.

Dans le détail, l’expérience consistait à disposer huit boîtes identiques (pouvant s’ouvrir de deux manières différentes, soit en soulevant le couvercle, soit en ouvrant le tiroir), tôt le matin, sur le site de repos des singes, qui étaient libres de venir participer à l’expérience à leur réveil.

Ces boîtes, qu’ils n’avaient jamais vues auparavant, contenaient chacune une rondelle de pomme, récompense convoitée en saison hivernale de disette. Charlotte Canteloup a regardé quel singe a réussi en premier à obtenir le fruit, grâce à quelle technique et par qui il était observé.

Autant de mâles que de femelles

Dans les deux groupes que la biologiste a étudiés, les innovateurs se sont révélés être des singes dominants, sans distinction de genre: dans l’un, une femelle et, dans l’autre, un mâle.

Les individus dominants étant souvent ceux qui monopolisent les ressources, la jeune chercheuse a proposé simultanément plusieurs boîtes aux singes lors d’expériences répétées afin d’éviter qu’un seul animal dominant n'empêche les autres de participer.

En collaboration avec William Hoppitt, de l’Université de Leeds (GB), la chercheuse a ensuite analysé les données grâce à une méthode récente de modélisation statistique appelée "Analyse de diffusion basée sur le réseau".

Cet outil a permis de recréer informatiquement le réseau d’observation dynamique des singes, c’est-à-dire "qui a observé qui faire quoi". Il a révélé que les singes ont bien appris les uns des autres, par observation, comment résoudre la tâche.

"Cette méthode nous a également permis de simuler la diffusion des savoirs en testant l’effet simultané de plusieurs biais de transmission possibles – c’est-à-dire si les primates apprenaient plutôt des membres de leur famille, des femelles, des individus plus âgés ou de plus haut rang social –, ce qui n’avait encore jamais été réalisé chez cette espèce", commente Charlotte Canteloup, citée dans le communiqué.

Le rang hiérarchique prépondérant

Résultat: les singes copient leurs leaders, indépendamment du lien de parenté, du sexe ou de l’âge. "Le facteur dominant pour qu’un individu soit copié est son rang hiérarchique; la transmission des techniques d’ouverture de boîtes s’est ainsi faite depuis les individus de plus haut rang social vers les individus de plus bas rang social", rapporte Charlotte Canteloup.

Les auteurs soulignent que les singes dominants n’ont pas été davantage observés que les singes dominés. L’observation d’individus de haut rang social a donc eu davantage de poids que l’observation d'autres singes.

Dans les sociétés humaines, les leaders d’opinion et les décideurs jouent un rôle crucial dans la propagation des moeurs. Ces découvertes chez les singes vervets suggèrent que ces règles puisent leurs racines dans l’évolution des primates.

Apprendre ensuite par soi-même

Les scientifiques rapportent également dans leurs travaux qu’après avoir appris socialement une des deux techniques d’ouverture de la boîte, les singes ont plus de chances (d’un facteur de 31 fois) de faire preuve de flexibilité et d’acquérir la seconde méthode de manière asociale, c’est-à-dire par eux-mêmes.

"Même si de nombreux individus ont appris les deux techniques au cours de l’expérience, ils avaient pour la plupart une préférence. Cela montre que l’apprentissage social d’une technique promeut l’apprentissage asocial de l’autre", conclut Charlotte Canteloup.

Un point intéressant qui remet en question l’idée répandue que seul un processus d’imitation impliquant une copie à l’identique peut générer des comportements culturels. Ces travaux sont publiés dans la revue Nature Communications.

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