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Manuel Valls considère que le burkini reflète un projet de société fondé sur l'asservissement de la femme (archives).

KEYSTONE/EPA/STEPHANIE PILICK

(sda-ats)

L'interdiction du burkini par des stations balnéaires françaises a reçu mercredi le soutien du Premier ministre Manuel Valls. Mais elle ne fait pas l'unanimité en France et elle est durement critiquée à l'étranger. L'Italie parle même de provocation.

En France, l'épisode donne lieu à une nouvelle polémique franco-française sur la laïcité. Cette valeur est brandie autant par les partisans de l'interdiction du burkini, notamment à droite, que par ses opposants, plutôt à gauche. Trois femmes ont été verbalisées le week-end dernier à Cannes et ont dû payer une amende de 38 euros.

Tout en repoussant l'idée de légiférer, Manuel Valls a dit "comprendre" et "soutenir" les maires de villes comme Cannes ou Le Touquet. Dans un contexte de menaces d'attentats djihadistes et de montée des tensions interreligieuses, ils affirment vouloir "éviter des troubles à l'ordre public" en interdisant le burkini.

Ces maillots de bains enveloppant sont très peu nombreux sur les plages françaises, noyés parmi les bikini et maillots une pièce. Mais, selon Manuel Valls, leur apparition récente est "la traduction d'un projet politique, de contre-société, fondé notamment sur l'asservissement de la femme".

Valeurs de la France

Le port du burkini "n'est pas compatible avec les valeurs de la France et de la République", a-t-il asséné dans un entretien au journal régional La Provence. Des élus de droite, dont le député Thierry Solère, l'ont incité à aller plus loin et à mieux faire respecter l'interdiction de la burqa dans l'espace public, votée en 2010.

Le "Premier ministre seul ne peut pas donner le +la+ de la politique laïque de la France", a rétorqué le député socialiste Pascal Terrasse. Il a appelé à un débat "sans hystérisation".

Pour la Ligue des droits de l'Homme, Manuel Valls "participe à la stigmatisation d'une catégorie de Français, devenue, en raison de leur foi, a priori des suspects". Cet autoritarisme "renforce le sentiment d'exclusion", juge cette association fondée à la fin du 19e siècle en plein combat pour la laïcité.

Le jeu des terroristes

Cette opinion est partagée par le porte-parole du parti communiste français Olivier Dartigolles. "D'une certaine manière", le chef du gouvernement "fait le jeu des terroristes puisque c'est très précisément ce qu'ils veulent, la guerre de religion, les tensions permanentes, le basculement vers la guerre civile".

Pour leur part, les médias européens ne sont pas tendres envers l'interdiction. Ils jugent la mesure ridicule, discriminatoire envers les musulmans ou encore contre-productive dans la lutte contre l'islam radical.

Aliéner les musulmans

"Une fois de plus les femmes sont instrumentalisées dans un combat idéologique (...) qui a pris un tour grotesque", écrit le quotidien berlinois TAZ. "Il n'y a aucune raison sur terre pour que l'interdiction des burkinis aide à écraser les islamistes violents", souligne le journal britannique conservateur Daily Telegraph. "Cela risque plutôt d'aliéner les musulmans modérés.".

En Italie, l'interdiction du burkini n'est pas à l'ordre du jour, a annoncé le ministre de l'Intérieur Angelino Alfano, défendant une approche "libérale" et "pragmatique".

Les autorités d'un pays ont "la responsabilité de garantir la sécurité" sans tomber dans "une provocation qui puisse potentiellement inciter à commettre des attentats", a-t-il expliqué au Corriere della Sera. "Il ne me semble pas, hélas que le modèle français ait fonctionné au mieux".

sda-ats

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