France: un agriculteur jugé pour avoir aidé des migrants


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Cédric Herrou a reçu le soutien de quelque 300 personnes, dont de nombreux membres d'un collectif d'aide aux migrants Roya Citoyenne, rassemblées devant le palais de justice.

KEYSTONE/AP/CLAUDE PARIS

(sda-ats)

Huit mois de prison avec sursis ont été requis mercredi au tribunal de Nice, dans le sud-est de la France, contre un agriculteur. Ce dernier a aidé des migrants en situation irrégulière près de la frontière franco-italienne.

Devant la présidente qui l'interrogeait sur ses motivations, Cédric Herrou, 37 ans, a revendiqué une action "politique". "Je le fais parce qu'il y a des gens qui ont un problème, je le fais parce qu'il faut le faire. Il y a des gens qui sont morts sur l'autoroute, il y a des familles qui souffrent, il y a un Etat qui a mis des frontières en place et qui n'en gère absolument pas les conséquences", a déclaré cet agriculteur à la barbe fournie, portant un béret noir, une écharpe claire et de fines lunettes rondes.

Cédric Herrou dirige une exploitation produisant des olives et des oeufs dans la vallée de la Roya, l'une des voies d'entrée vers la France des migrants venus d'Italie. Il est poursuivi pour aide au séjour d'étrangers en situation irrégulière.

Mercredi, il a reçu le soutien de quelque 300 personnes, dont de nombreux membres d'un collectif d'aide aux migrants Roya Citoyenne, rassemblées devant le palais de justice.

"Le problème continuera"

La justice lui reproche l'installation en octobre 2016 sans autorisation d'une cinquantaine d'Erythréens dans un centre de vacances désaffecté. L'occupation de ce centre, dénoncée avec force par les élus locaux de droite, avait pris fin avec l'intervention des forces de l'ordre au bout de trois jours.

Au mois d'août 2016 déjà, il avait été inquiété par la justice pour le transport de huit Erythréens mais l'affaire avait été classée sans suite.

Dénonçant l'usage de ce procès comme une "tribune politique", le procureur a requis à l'encontre de M. Herrou huit mois d'emprisonnement avec sursis, une mise à l'épreuve et la confiscation de son véhicule, ainsi qu'un usage de son permis de conduire limité aux besoins de sa profession. "Même si vous me condamnez, le problème continuera", a répliqué Cédric Herrou.

Relaxe plaidée

Son avocat, Zia Oloumi, a plaidé la relaxe, estimant que le délit n'était pas caractérisé faute d'éléments matériels. "On veut faire condamner Herrou pour que les autres ne recommencent pas", a-t-il également estimé.

La décision a été mise en délibéré au 10 février.

Le 23 novembre, six mois de prison avec sursis ont déjà été requis à Nice contre un enseignant-chercheur poursuivi pour avoir convoyé des Erythréennes venues d'Italie.

ATS

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