Honoré à Genève, l'ex-président maldivien se dit prêt à la prison


 Toute l'actu en bref

Mohamed Nasheed conteste la politique de l'actuel président Abdulla Yameen.

KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFI

(sda-ats)

Mohamed Nasheed avait été le héros de la lutte contre la dictature aux Maldives et son premier chef de l'Etat démocratiquement élu. Candidat à la présidentielle de 2018, en exil et honoré à Genève par 25 ONG pour son courage, il se dit "prêt" à retourner en prison.

"Les citoyens des Maldives ont beaucoup investi en moi depuis 15 ans. Je sens que j'ai une obligation de rentrer", a dit lundi dans un entretien à l'ats M. Nasheed, à la veille de recevoir un prix dans le cadre du Sommet de Genève pour les droits humains et la démocratie. Le chef du Parti démocratique maldivien a annoncé la semaine dernière son intention de briguer à nouveau la présidence.

"Je suis prêt" à retrouver la prison, explique celui qui purgeait une peine de 13 ans de prison avant de se rendre en Grande-Bretagne en exil sous prétexte de soins médicaux. Accusé de terrorisme, il avait été arrêté début 2015. Défendu par l'avocate Amal Clooney, femme de l'acteur George Clooney, il avait été condamné dans un procès considéré par l'ONU comme arbitraire.

La Constitution de son pays lui interdit de se présenter en raison de ce verdict. L'ancien président souhaite toutefois faire lever cet obstacle grâce au soutien de la communauté internationale.

Partis plus forts

M. Nasheed avait auparavant été détenu à l'isolement et torturé à plusieurs reprises, notamment comme parlementaire, pendant la dictature qui s'est achevée en 2008. Elu la même année à la présidence, il avait été renversé en 2012 après des manifestations de conservateurs musulmans. Favori d'un scrutin en 2013 organisé plusieurs fois, il avait dû concédé la défaite face au demi-frère du dictateur qui avait gouverné le pays pendant trente ans.

Le nouveau régime a tenté de "supprimer" les libertés fondamentales, assure M. Nasheed. Mais les structures sont "plus fortes" et les activistes et les partis politiques ont empêché un retour à la situation d'avant 2008.

En revanche, il appelle à davantage d'"engagement robuste" de la part de la communauté internationale. Une demande d'autant plus importante que le nouveau gouvernement, contrairement au sien, a fait de la lutte contre le changement climatique une priorité "très basse".

Plusieurs dissidents présents

Le président Abdulla Yameen, pro-pétrole, a abandonné la politique qui souhaitait faire des Maldives un pays favorable à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, accuse le chef du Parti démocratique maldivien. M. Nasheed estime que le pays, menacé directement par le changement climatique, ne dispose que de 10 à 15 ans pour améliorer la situation.

M. Nasheed souhaite oeuvrer sur la santé, l'éducation, la protection sociale, le salaire minimum, la réforme judiciaire ou encore un renforcement de la société civile. Mais tout est lié à une "gouvernance démocratique" dont l'ancien président est persuadé qu'elle est elle-même souhaitée par les Maldiviens.

Durant deux jours, plusieurs opposants et personnalités doivent s'exprimer à Genève lors de la rencontre qui a débuté lundi. Sont notamment présents un activiste vietnamien qui vient d'être libéré après six ans de prison, le chef de la Commission philippine des droits de l'homme qui mène des investigations contre le président Rodrigo Duterte ou encore un dissident nord-coréen.

ATS

 Toute l'actu en bref