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Six sur dix. La note finale des pistards britanniques a beau baisser légèrement aux JO de Rio, les autres pays, abattus, continuent à s'interroger sur les raisons de leur écrasante supériorité.

"Ce ne sont pas seulement les Australiens qui se posent des questions, on a parlé avec les Allemands et les Français", a glissé Anna Meares, le porte-drapeau de la délégation "aussie" à la cérémonie d'ouverture.

La championne olympique de vitesse aux Jeux de Londres, très discrète à Rio, a résumé la situation: "Les Britanniques sont incroyables quand ils arrivent aux JO. On se pose tous la même question: comment faire un tel saut par rapport aux Championnats du monde?".

Une chose est sûre, aussi indiscutable que l'eau claire: les Britanniques subissent des contrôles antidopage et ne sont pas pris en défaut. Ni les soupçons de dopage, murmurés sous le manteau à Pékin 2008, ni ceux de tricherie technologique, évoquée par le camp français à Londres 2012, ne sont vraiment ressortis à Rio. C'est plutôt la perplexité, sur fond d'accablement, qui a traversé les stands du vélodrome de Barra.

"On est des êtres humains. On a des vélos, comme eux. Je ne sais pas comment ils font", a réagi Michael d'Almeida, médaillé de bronze avec l'équipe de France de vitesse. Et d'ajouter, avec un sourire énigmatique: "J'ai ma petite idée, mais je ne vais pas réagir à chaud." Depuis, de fait, il n'a rien dit de plus.

Mais l'Allemande Kristina Vogel, qui a succédé à Meares au palmarès de la vitesse dames, a enfoncé le clou quelques jours plus tard: "Je ne veux accuser personne de quoi que ce soit, mais c'est très discutable. Ils arrivent en masse avec un niveau... Je ne sais pas comment ils font."

Les faits, têtus comme toujours, ont donné tort à Vogel sur la supériorité manifeste de ses rivales du Royaume-Uni. En demi-finale puis en finale, elle a battu Katy Marchant puis Becky James. Deux Britanniques.

A Rio d'ailleurs, les sprinteurs néo-zélandais, issus d'un pays qui s'appuie - comme l'Australie - sur les recherches des universitaires dans des domaines tels que l'aérodynamique, ont poussé dans leurs derniers retranchements les Britanniques. Les poursuiteuses américaines ont fait de même. Preuve qu'en ciblant ses efforts et en travaillant intelligemment, d'autres nations peuvent rivaliser.

Mais le système mis au point par Dave Brailsford, manager exceptionnel qui s'est retiré voici quelques années de la piste pour se consacrer totalement à l'équipe Sky (quatre victoires dans le Tour de France depuis 2012), est ultra efficace.

Il est nourri par des moyens conséquents et s'exprime uniquement dans les disciplines olympiques. Une fois tous les quatre ans, avec entre les deux une discrétion digne des secrets d'Etat les mieux gardés.

Après sa quatrième médaille d'or en deux éditions des JO (omnium, poursuite par équipes), à seulement 24 ans, Laura Trott a peut-être levé un coin du voile. La jeune femme, irrésistible à Rio alors qu'elle figurait seulement parmi les meilleures lors des Championnats du monde annuels, a souligné la difficulté de traverser l'olympiade: "Quand tu retournes aux Mondiaux, tu ne prends que l'argent. Tu n'as plus le même équipement, les mêmes combinaisons, les mêmes roues, qu'aux JO."

Comme si elle ressentait, pendant ces quatre ans, la frustration qu'expriment aux Jeux ses adversaires. Pourquoi diable les Britanniques ne choisissent-ils pas d'être les meilleurs tout le temps? Sans doute pour ne pas se faire piller, ne pas exposer sur les pistes les avantages qui leur font gagner un centième par-ci, un autre par-là.

Et parce qu'on ne peut demander à des athlètes d'être au top en permanence.

Pendant chaque olympiade, les experts britanniques sont à la pointe dans la quasi-totalité des domaines qui contribuent à la performance. Et ils gardent donc leurs secrets bien au chaud. Quitte à dévaloriser complètement les championnats du monde, aux titres désormais dévalués.

sda-ats

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