Mevlüt Cavusoglu tient un meeting en France, critiqué par la droite


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Un millier de personnes ont écouté le ministre turc des affaires étrangères vanter à Metz les mérites de la réforme constitutionnelle soumis à référendum le 16 avril.

KEYSTONE/AP/ELYXANDRO CEGARRA

(sda-ats)

Empêché la veille d'aller aux Pays-Bas, le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu a tenu meeting devant un millier de personnes dimanche à Metz, en France. Cette réunion a provoqué l'indignation de la droite et de l'extrême droite en pleine campagne électorale.

M. Cavusoglu s'est exprimé au Palais des congrès de Metz à l'invitation d'une association locale. Dans son allocution, retransmise en direct par des chaînes turques, il s'en est pris aux-Pays-Bas, qualifiés de "capitale du fascisme", un terme déjà utilisé ces derniers jours par le président Recep Tayyip Erdogan.

Il a plaidé pour l'adoption du projet de révision constitutionnelle renforçant les pouvoirs du président turc, qui sera soumis à référendum le 16 avril. Face à lui, nombre de spectateurs tenaient des drapeaux turcs à la main ou arboraient sur les épaules la bannière rouge et blanc au croissant et à l'étoile.

"Soutenir notre pays"

"On vient pour soutenir notre pays, la Turquie. (M. Cavusoglu) est populaire, il est très connu. Le président Erdogan a fait beaucoup de changements en Turquie (...) avec plus d'aides pour les gens, pour les handicapés. il a fait construire des routes, des tunnels", déclarait Sybil, ouvrière venue en famille. Le 16 avril, elle votera "oui", "sans hésitation".

Le meeting de Metz, prévu depuis plusieurs semaines, a suscité un intérêt médiatique inattendu en pleine crise diplomatique entre Ankara et La Haye. Les Pays-Bas avaient interdit samedi M. Cavusoglu d'atterrir sur son territoire.

Le gouvernement Hollande critiqué

L'affaire s'est invitée dimanche dans la campagne électorale française, à six semaines du premier tour de la présidentielle. "Pourquoi devrait-on tolérer sur notre sol des propos que d'autres démocraties refusent ? Pas de campagne électorale turque en France", a tweeté Marine Le Pen.

"Je crois qu'il faut être extrêmement vigilant à l'égard de ce genre de discours qui peuvent semer le trouble dans notre pays et la division", a dit renchéri son directeur de campagne David Rachline sur BFM TV.

Le candidat de la droite François Fillon a lui accusé le président socialiste François Hollande de rompre "de manière flagrante la solidarité européenne", alors que des meetings turcs similaires ont été annulés ces derniers jours en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas.

"Une position commune aurait dû prévaloir pour gérer les demandes turques. Le gouvernement français aurait dû empêcher la tenue de ce meeting", a-t-il écrit dans un communiqué.

La France "complice"

Un autre candidat de droite à l'élection présidentielle, Henri Guaino, a également jugé que la France n'aurait pas dû autoriser le ministre turc à participer au meeting de Metz. Il a jugé que Recep Tayyip Erdogan est "dangereux pour la démocratie et la paix dans le monde".

Pour Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), l'accueil de ce meeting "fait de la France un complice implicite de la dérive absolutiste que connaît la Turquie aujourd’hui". "La responsabilité de la France et de l'Union européenne devrait être de soutenir les mouvements progressistes et de dénoncer sans cesse la dérive autoritaire du régime", estime le parti dans un communiqué.

Liberté de réunion

Face à ces critiques, le chef de la diplomatie Jean-Marc Ayrault a défendu la décision d'autoriser le meeting, organisé "dans une espace fermé" et relevant "du régime de la liberté de réunion". "La France est un Etat de droit qui tient compte des circonstances", a-t-il souligné dans un communiqué.

"En l’occurrence, en l’absence de menace avérée à l’ordre public, il n’y avait pas de raison d’interdire cette réunion qui, au demeurant, ne présentait aucune possibilité d’ingérence dans la vie politique française."

M. Erdogan a remercié dimanche la France pour avoir autorisé la visite de son chef de la diplomatie et l'a félicitée de ne pas être "tombée dans ce piège".

ATS

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