Un agriculteur du sud de la France condamné pour avoir aidé des migrants


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Cédric Herrou fait le signe de la victoire en sortant du tribunal où il a été condamné pour avoir pris en charge des migrants sur le sol italien.

KEYSTONE/EPA/SEBASTIEN NOGIER

(sda-ats)

Cédric Herrou a été condamné vendredi à 3000 euros (3200 francs) d'amende avec sursis pour avoir aidé des migrants à franchir la frontière franco-italienne. L'agriculteur du sud-est de la France est connu pour son soutien aux migrants en situation irrégulière.

M. Herrou, 37 ans, a été condamné par le tribunal correctionnel de Nice (sud-est) pour avoir pris en charge des migrants sur le sol italien. Il a été relaxé des autres faits pour lesquels il était poursuivi.

"On continuera à agir et ce n'est pas sous la menace d'un préfet ni les insultes d'un ou deux politiques que nous arrêterons. Nous continuerons, car c'est nécessaire de continuer", a déclaré le militant, à peine sa condamnation prononcée, en sortant du tribunal.

Le parquet lui reprochait une stratégie militante et un détournement de la loi de décembre 2012 accordant l'immunité pénale à ceux qui apportent une aide humanitaire et désintéressée aux migrants. Il avait requis huit mois de prison avec sursis à son encontre, ainsi que la confiscation de son véhicule, et un usage limité de son permis de conduire aux seuls besoins de sa profession.

Absence de contrepartie

"L'absence de contrepartie directe ou indirecte est évidente (...) Votre sincérité n'est pas remise en cause, mais la preuve au cas par cas de leur situation nécessitant une sauvegarde individuelle n'a pas été apportée" a indiqué la magistrate Laurie Duca lors de la lecture du jugement.

Elle a précisé qu'elle ne pouvait pas se prononcer, en droit, sur les conditions d'accueil des réfugiés mises en place en Italie pouvant justifier ou pas l'action de l'agriculteur.

La justice l'a en revanche relaxé sur l'aide qu'il apporte depuis des mois à de nombreux migrants arrivés sur le territoire français en les transportant, les logeant et les hébergeant notamment dans sa ferme isolée de Breil-sur-Roya.

"Action de secours"

"On ne peut reprocher à quiconque d'avoir ouvert les portes de son logement" estime-t-elle pour justifier sa décision d'appliquer une immunité pénale. Elle s'appuie sur "l'état d'indignité" dans lequel se trouvent ces personnes "qui forment le projet d'un passage de la frontière au péril de leur vie." "L'aide proposée participe bien d'une action de secours", ajoute-t-elle.

Dans son délibéré, la juge a aussi débouté la SNCF qui reprochait à Cédric Herrou d'avoir organisé un camp d'accueil sauvage de 57 migrants, dont 29 mineurs, sur l'un de ses anciens sites inoccupés depuis 1991 à Saint-Dalmas-de-Tende. L'occupation illégale s'était soldée en octobre dernier par une évacuation ordonnée par la justice.

M. Herrou s'est félicité "d'une justice qui n'est pas au pied d'une politique stigmatisante d'une religion, d'une race, d'une couleur de peau". L'agriculteur trentenaire a confirmé vouloir changer de stratégie en lançant différentes procédures contre les autorités avec l'aide d'un collectif d'avocats français et italiens.

ATS

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