L’économie ne veut pas de hausse des taux
Les milieux économiques avertissent la Banque nationale: la reprise reste «fragile» et il ne faudrait pas de nouvelle hausse des taux d’intérêt cette année.
economiesuisse, la Fédération des entreprises du pays, rappelle en outre que la chute du dollar pénalise les industries d’exportation.
Le dollar est actuellement faible, l’économie mondiale vient d’enregistrer un ralentissement et le risque d’inflation est bas.
Dans ces conditions, Rudolf Walser, chef économiste de la Fédération des entreprises, estime que la Banque nationale suisse (BNS) n’aurait «aucune raison» d’augmenter encore les taux d’intérêt cette année.
«Si la BNS décidait, au cours de sa réunion annuelle du 16 décembre, d’augmenter encore les taux, cela donnerait un faux signal, estime Rudolf Walser. On croirait alors que l’économie suisse est plus forte qu’elle ne l’est en réalité».
«Et c’est particulièrement vrai, poursuit l’économiste, aussi longtemps que la faiblesse du dollar, qui influence à la fois l’économie en général et les prix en particulier, affecte plus directement le franc que l’euro».
Le dollar bas plombe les exportations
Cette année, la BNS a déjà procédé à deux augmentations consécutives de son principal taux directeur, la dernière en septembre. La banque centrale témoigne ainsi sa confiance dans une reprise soutenue.
Mais la faiblesse du dollar rend les produits suisses plus chers et plombe les exportations, qui sont un des piliers principaux de l’économie du pays.
Dans les derniers mois, le billet vert est tombé bien en dessous de la barre d’un franc trente, que de nombreux exportateurs suisses considèrent comme «la limite de la douleur». Et depuis quelques jours, il est même proche de un franc quinze!
Résultats record
Malgré cela, Rudolf Walser considère que 2004 aura été une «relativement bonne année» pour l’économie suisse, avec une croissance globale de 1,8%, soit deux fois le taux d’inflation annuel attendu.
Et de rappeler que les dix premiers mois de 2004 ont vu une «nette amélioration» des revenus du secteur des exportations. Certaines entreprises ont même atteint des «résultats record».
Globalement, le secteur des services a également connu un «développement positif» au cours de l’année, tandis que la branche touristique a «surmonté le creux des trois dernières années».
Rudolf Walser estime que tous ces secteurs devraient poursuivre sur leur lancée en 2005, tandis que la consommation des ménages devrait continuer à croître à son taux actuel de 1,3% par année.
Toujours selon le spécialiste d’economiesuisse, la croissance globale du Produit intérieur brut devrait légèrement ralentir, pour s’établir entre 1,4 et 1,8%, l’inflation légèrement augmenter (1,3%) et le taux de chômage rester stable, autour de 3,6%.
Les obstacles à la croissance
Rudolf Ramsauer, directeur d’economiesuisse, rappelle quant à lui que les perspectives économiques du pays dépendent largement du monde politique.
La Suisse souffre d’un certain nombre de barrière «structurelles» qui affectent sa croissance. Ainsi, Rudolf Ramsauer considère que les réductions en cours des déficits budgétaires de la Confédération et des cantons restent «le sujet numéro un».
Les autres enjeux vitaux sont pour lui la politique monétaire (les taux d’intérêt), la fiscalité des entreprises – sujet d’un récent rapport d’economiesuisse -, et la réforme des Hautes Ecoles.
Rudolf Ramsauer insiste également sur la nécessité d’une libéralisation rapide du marché intérieur – particulièrement dans le secteur de l’électricité – et sur l’acceptation du second paquet d’accords bilatéraux avec l’Union européenne.
«Je pense que les problèmes économiques et politiques que nous avons aujourd’hui sont le fruit d’une évolution qui dure depuis des années, ajoute Rudolf Ramsauer. Et ce serait une illusion de croire que nous allons tous pouvoir les résoudre en une année ou deux».
Pour le patron d’economiesuisse, la Suisse est engagée dans un débat politique «plutôt amer», mais celui-ci lui semble nécessaire en vue de poser «un diagnostic clair des problèmes».
«A un certain stade, il faudra chercher le consensus, mais il faut d’abord poser le diagnostic», conclut Rudolf Ramsauer.
swissinfo, Chris Lewis à Zurich
(traduction et adaptation: Marc-André Miserez)
– 40% environ des exportations suisses sont payées en dollars, ce qui fait du billet vert la seconde monnaie d’exportation suisse après l’euro.
– Après des baisses successives en 2003, le dollar a commencé l’année à environ 1,23 franc. Il est désormais proche de 1,15 franc et a même atteint il y a quelques jours un plancher historique à 1,11 franc.
– Impossible de prévoir où cette chute s’arrêtera, mais les économistes voient peu de perspectives de redressement à court terme.
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