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À Gaza, neuf mois de cessez-le-feu n’ont pas mis fin à la crise humanitaire

Un enfant palestinien marche dans une rue bordée de bâtiments détruits lors des frappes militaires israéliennes pendant la guerre entre Israël et le Hamas à Khan Younis, dans la bande de Gaza, le mercredi 1er juillet 2026.
Les deux millions d’habitants de Gaza vivent aujourd’hui sur une étroite bande côtière détruite par deux ans de guerre. La reconstruction reste à faire alors que les discussions politiques sont au point mort. Copyright 2026 The Associated Press. All Rights Reserved.

Malgré un fragile cessez-le-feu en place depuis presque neuf mois, les conditions de vie continuent de se détériorer à Gaza. Les ONG dénoncent les restrictions israéliennes sur l’entrée de biens essentiels, notamment du matériel médical.

«Depuis de nombreux mois, le monde entend dire qu’un cessez-le-feu est en place à Gaza. Pourtant, pour les enfants palestiniens, ce prétendu cessez-le-feu s’est transformé en une illusion, à la fois cruelle et meurtrière», a lancé James Elder, porte-parole de l’Unicef, lors d’un récent point de presse à Genève.

Depuis l’entrée en vigueur d’une fragile trêve, le 10 octobre 2025, quelque 265 enfants ont trouvé la mort dans l’enclave palestinienne, soit «en moyenne un par jour», a-t-il ajouté, précisant que «quasiment tous» ont été tués par les forces israéliennes. Selon les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, relayés par l’ONULien externe, le bilan total des victimes gazaouies sur cette période s’élève à 1053 morts 3406 blessés.

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«L’enfer sur Terre»

«Malgré le cessez-le-feu, la situation humanitaire demeure extrêmement critique», constate lui aussi Joan Tubau, chef de mission de Médecins sans frontières (MSF) pour les Territoires palestiniens occupés, qui déplore un déclin de l’attention médiatique et politique, désormais concentrée sur la guerre en Iran et ses conséquences globales.

«C’est l’enfer sur Terre, résume-t-il. La population vit soit sous des tentes, soit dans des maisons à moitié détruites, concentrée sur un tiers de ce qui était autrefois déjà l’un des territoires les plus densément peuplés au monde, sans accès suffisant à l’eau, à la nourriture et sans gestion des déchets.»

Les plus de deux millions d’habitants de Gaza vivent désormais sur une étroite bande côtière ravagée par deux ans de guerre. Et si les bombardements sont moins intenses qu’au plus fort du conflit, les déplacements de population se poursuivent alors que l’armée israélienne étend son contrôle sur l’enclave.

Carte de Gaza
La «ligne jaune» démarque la zone dont l’armée israélienne s’est retirée après la signature du cessez-le-feu d’octobre 2025. Depuis, Tsahal a progressivement étendu son contrôle sur la bande de Gaza, désormais délimité par une «ligne orange». Graphique: Kai Reusser, Swissinfo

Restrictions aux importations

Depuis plusieurs semaines, les agences onusiennes et les ONG présentes à Genève multiplient les mises en garde contre les restrictions imposées par Israël à l’importation de certaines fournitures destinées à Gaza.

Elles concernent ce que les autorités israéliennes qualifient de biens «à double usage», c’est-à-dire susceptibles, selon elles, d’être détournés par le Hamas à des fins militaires. Selon les organisations humanitaires, cette catégorie a, au fil des mois, compris non seulement des générateurs, du carburant et de l’huile pour moteurs, mais aussi des insecticides, du matériel pour tentes, des fauteuils roulants ainsi que divers équipements médicaux.

«Il est parfois très difficile de comprendre quel est le raisonnement derrière l’interdiction de ces biens», souligne Joan Tubau. Comme d’autres travailleurs actifs dans le secteur humanitaire, il dénonce le caractère «aléatoire» et «imprévisible» de ces restrictions.

MSF fait partie des 37 ONG dont l’activité à Gaza a été interdite par Israël en début d’année. L’État hébreu avait notamment exigé que l’organisation fournisse des informations sur son personnel palestinien, ce qu’elle a refusé pour des raisons de sécurité et de neutralité. MSF poursuit son action dans l’enclave, mais ne peut plus y envoyer des collaborateurs internationaux ni y importer directement du matériel.

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Impact sur le système de santé

Les conséquences sont particulièrement néfastes dans le secteur de la santé, alors que le système hospitalier peine à se relever. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ la moitié des hôpitaux de Gaza ne sont aujourd’hui que partiellement fonctionnels, tandis qu’aucun ne fonctionne à pleine capacité.

«L’une des raisons principales pour lesquelles ils ne fonctionnent pas normalement est qu’ils sont confrontés à une pénurie critique de matériel médical», a dénoncé fin mai Renee Van de Weerdt, représentante de l’OMS pour les Territoires palestiniens occupés, lors d’une conférence de presse au Palais des Nations à Genève.

Un hôpital préfabriqué est ainsi bloqué depuis des mois en Jordanie, alors que du matériel de laboratoire, des réactifs, des concentrateurs d’oxygène ou encore des articles orthopédiques ne peuvent toujours pas être acheminés, a-t-elle détaillé.

«Il s’agit d’équipements dont nous avons besoin pour sauver des vies, détecter des maladies et alerter le monde sur d’éventuelles épidémies», a souligné la responsable.

Cette pénurie intervient à un moment où les besoins médicaux restent critiques. Selon l’ONULien externe, les maladies liées à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène ont augmenté ces dernières semaines, tandis que le traitement des maladies chroniques, des traumatismes et des troubles psychiques demeure fortement perturbé.

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Israël rejette les accusations

Dans un document listant les réponsesLien externe aux questions fréquemment posées, publié en juin, le gouvernement israélien rejette les allégations selon lesquelles il empêcherait l’entrée de fournitures humanitaires, les qualifiant de «partiales, ressassées et trompeuses, déconnectées de la réalité sur le terrain». Ces informations sont relayées «dans le but de diffamer Israël et de donner une fausse impression de crise humanitaire dans la bande de Gaza», estime l’État hébreu.

Selon les autorités israéliennes, «toutes les demandes d’importation de médicaments ont été approuvées sans restrictions quantitatives, et leur importation dans la bande de Gaza s’effectue de manière continue». L’ONU et les organisations internationales sont pointées du doigt et accusées de ne coordonner qu’une quantité limitée de fournitures médicales. Concernant les biens à usage double, Israël précise faciliter l’implémentation de solutions de remplacement répondant aux «mêmes besoins médicaux civils sans compromettre la sécurité».

Contenu externe

Baisse des financements

Alors que les discussions politiques concernant la prochaine phase du plan de paix imaginé par le président américain Donald Trump sont au point mort, une nouvelle inquiétude grandit parmi les humanitaires: celle de voir les financements se tarir.

«Nous voyons déjà certaines ONG réduire leurs distributions d’eau faute de financements, alors même que les pénuries sont sévères et que l’été commence», constate avec regret Joan Tubau de MSF. Et d’ajouter: «Mes collègues et moi sommes très inquiets pour l’avenir. Nous ne voyons pas la lumière au bout du tunnel.»

Fin juin, le plan de réponse humanitaire de l’ONU pour les Territoires palestiniens occupés, estimé à quatre milliards de dollars, n’était financé qu’à 25%.Lien externe Un niveau comparable à ceux observés pour le Soudan ou Haïti, des crises que les ONG qualifient «d’oubliées».

Texte relu et vérifié par Samuel Jaberg/livm

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