Les maillons faibles du vote par Internet
Le vote par Internet n'est pas encore totalement fiable. L'Etat de Genève va devoir remettre l'ouvrage sur le métier.
En Suisse, Genève est l’un des trois cantons à mener des projets pilotes de vote électronique, avec une longueur d’avance sur Neuchâtel et Zurich.
Après avoir procédé à quelques essais, Genève a demandé un rapport d’expertise à des spécialistes en informatique du CERN, de l’Université de Genève et de l’Hôpital cantonal.
Résultat: le système informatique utilisé à Genève offre, à une exception près, «un bon niveau de sécurité pour tout ce qui est sous le contrôle de l’État».
Des faiblesses
Mais, pour le reste, c’est une autre chanson. Le rapport des experts relève plusieurs points faibles. Le réseau Internet lui-même. Mais aussi «le comportement de l’électeur et le contenu de son poste de travail».
Bref, le prototype électronique actuellement testé à Genève ne répond pas aux onze principes qui conditionnent l’introduction du vote par Internet. Du moins pas à tous.
Concrètement, une dizaine de lacunes ont été décelées dans la chaîne qui va de l’électeur jusqu’à la publication des résultats en passant par l’urne électronique elle-même.
Les experts soulignent notamment les risques de malveillances ou de falsifications, d’attaques massives ou de contaminations qui sont susceptibles de détourner les votes. Sans parler de la vulnérabilité de l’électeur, lui-même, qui n’est généralement pas un spécialiste en informatique.
Des risques à supprimer
Les spécialistes de l’administration genevoise vont donc devoir renforcer la sécurité de leur système de vote par Internet.
Il est impératif que les votes n’apparaissent pas en clair. Les suffrages devront donc pouvoir être codés sur le poste de travail des citoyens, puis décodés à l’ouverture de l’urne électronique.
Pour supprimer le risque d’abus, il faudra également installer un système qui permette à l’électeur de vérifier qu’il est bel et bien connecté au serveur de l’Etat et pas ailleurs.
Enfin, les experts soulignent que le votant n’a aucun moyen de vérifier si c’est son suffrage ou celui d’un autre qui est pris en considération lors du décompte des voix.
Nouveau test en juin 2002
Mais, pour sécuriser le système de vote par Internet, l’Etat pourrait tout aussi bien fournir aux citoyens un programme spécial sur CD-ROM. Sur le modèle de ceux que les clients de certaines banques utilisent déjà pour leurs transactions.
Quoi qu’il en soit, Genève mènera un nouveau test à l’occasion des votations du 2 juin. Pour l’occasion, il mobilisera quelque dix mille jeunes citoyens. Et plusieurs ‘hackers’ qui tenteront, par tous les moyens, de percer le secret de l’urne test.
Bernard Weissbrodt
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