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Les États-Unis accélèrent les thérapies psychédéliques – quel impact pour la Suisse?

Trump a signé un décret en faveur de la recherche et de l'accès aux traitements psychédéliques pour la santé mentale dans le Bureau ovale de la Maison Blanche.
Le président Donald Trump signe un décret visant à étendre la recherche fédérale sur les substances psychédéliques afin de traiter les patients, et en particulier les anciens combattants. Keystone

La Suisse est l’un des rares pays d’Europe où les thérapies psychédéliques sont autorisées, mais leur accès reste extrêmement limité. Le coup d’accélérateur venu des États-Unis en faveur de nouvelles méthodes de traitement pourrait toutefois changer la donne.

Le 18 avril, les États-Unis ont annoncé sans prévenir qu’ils allaient accélérer la recherche et améliorer l’accès aux traitements psychédéliques dans le domaine psychiatrique. Une annonce tombée tout juste la veille de l’anniversaire de l’expérience déterminante menée en 1943 par le chercheur suisse Albert Hofmann sur l’acide lysergique diéthylamide, l’hallucinogène qu’on connaît sous le nom de LSD. Il s’agissait du premier trip à l’acide intentionnel de l’histoire.

Au lieu du délai minimum actuel de six mois, les psychédéliques éligibles seront évalués en un ou deux mois par le programme pilote de la Food and Drug Administration (FDA), utilisé jusqu’ici pour accélérer les procédures d’examen des thérapies géniques et des traitements contre les cancers.

Un décretLien externe de l’administration Trump exige désormais que les patients aient accès à des drogues qui sont encore à l’étude, telles que l’ibogaïne, une molécule psychoactive. Elle a également attribué 50 millions de dollars (39 millions de francs) à son programme de recherches consacré aux technologies de pointe, et a souligné l’importance de ces traitements pour les vétérans de guerre, dont les taux de suicide sont deux fois plus élevés que celui du reste de la population adulte.

De l’autre côté de l’Atlantique, la nouvelle a été bien accueillie. Les laboratoires pharmaceutiques réservent souvent le lancement de leurs traitements aux États-Unis — le marché médical le plus juteux au monde — avant de les soumettre à la validation d’autres pays. Ce qui signifie que les autorisations de la FDA sont des indicateurs de celles à venir en Europe.

Spravato, le spray nasal de Johnson & Johnson destiné à traiter la dépression, a reçu l’autorisation américaine en mars 2019, avant d’être homologué en Europe dix mois plus tard. Ce traitement à base de kétamine, un anesthésique aux effets psychoactifs, a été lancé sur le marché suisse un an après son autorisation sur le marché américain. Il est actuellement disponible dans plus de 70 pays.

Vers l’homologation d’un traitement à base de drogues?

Cette annonce s’écarte drastiquement de la doctrine traditionnelle des Républicains en matière de drogues, caractérisée par la criminalisation de substances telles que le LSD dans les années 70, sous la présidence Nixon. Une posture qui avait freiné la recherche médicale dans ce domaine. Tandis que de nouveaux traitements pharmaceutiques tels que les antidépresseurs prenaient leur essor à partir de la deuxième moitié du XXe siècle, la recherche sur l’utilisation de drogues psychédéliques dans le champ de la santé mentale était jugée trop risquée jusqu’à une période récente, et fortement encadrée.

Mais en Suisse, les recherches n’ont jamais cessé depuis la découverte de l’un des plus puissants psychédéliques au monde. Le pays a mené des expériences sur le LSD, le champignon hallucinogène psilocybine, et la MDMA, un stimulant également connu sous le nom d’ecstasy, afin de traiter les maladies mentales.

Bien que ces substances demeurent illégales en Suisse, depuis 2014, les médecins peuvent demander des autorisations exceptionnelles auprès de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) concernant chaque patient traité pour de la dépression, un trouble de stress post-traumatique ou de l’anxiété. Il s’agit actuellement du seul pays d’Europe où il est possible de suivre un traitement à base de ces trois psychédéliques, en dehors du cadre d’essais cliniques.

«Les autorisations américaines signifient que la Suisse finira aussi par homologuer ces traitements, et que les autorisations spéciales ne seront plus nécessaires», affirme Daniele Zullino, qui dirige la thérapie assistée par psychédéliques aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Une bonne nouvelle pour la Suisse.

Un traitement à base de psychédéliques

Ces traitements sont approuvés à des conditions strictes, notamment des sessions de psychothérapie avant et après l’usage de psychédéliques, ce qui les rend chronophages et coûteux.

Le personnel soignant garde les individus en observation lors de sessions qui peuvent durer jusqu’à huit heures, et des sessions de suivi psychothérapeutique sont prévues le jour suivant la prise. Ces opportunités de traitements se limitent à une poignée de cliniques privées et aux Hôpitaux universitaires de Berne, de Zurich, de Fribourg, ainsi qu’aux HUG, où en 2025 les patients ont dû attendre entre six mois et un an pour obtenir un rendez-vous.

Bien que certaines assurances couvrent la surveillance et la thérapie au sein du traitement, les stupéfiants en eux-mêmes sont entièrement à la charge du patient, car ils ne sont pas autorisés par l’autorité de santé suisse, Swissmedic. Aux HUG, une seule session de thérapie au LSD coûte 200 à 300 francs, tandis que le prix de la psilocybine commence à 400 francs, et peut atteindre 800 francs pour des doses plus élevées. Les sessions ont lieu à peu près trois fois par an.

Le potentiel pour la population

En 2021, près de 770’000 personnes, soit 9% de la population suisse, étaient sous antidépresseurs. La même année, seules 147 autorisations spéciales pour des traitements psychédéliques ont été délivrées. Au total, on en compte à peine 2000 au cours de la dernière décennie. Or, un patient sur trois ne répond pas aux antidépresseurs. Le nombre de personnes qui pourraient bénéficier des psychédéliques est donc potentiellement bien plus élevé.

Les autorisations délivrées par Swissmedic, qui s’inspirent de celles de la FDA, pourraient apporter une solution au coût élevé des psychédéliques, mais l’approche thérapeutique varie considérablement d’un pays à l’autre. Les essais cliniques américains resteront classiques (le but étant de prouver l’efficacité du traitement par rapport à un placebo) et n’incluront pas de suivi thérapeutique dans le traitement, auquel la Suisse tient beaucoup.

«L’approche américaine part du principe que les molécules contenues dans les psychédéliques suffiront à traiter les patients, alors que l’alliance thérapeutique autour du patient compte beaucoup», déclare Jonathan Crespo, un patient guéri par la thérapie assistée par psychédéliques, cofondateur de Psychédelos, un groupe de patients ayant bénéficié de ces thérapies.

Les institutions habilitées à accueillir ces thérapies étant peu nombreuses, cela signifie que le personnel compétent est limité, et que l’OFSP va devoir trouver une solution pour que ces traitements puissent être administrés dans les règles, une fois qu’ils seront homologués.

Le 24 avril, trois entreprises américaines ont reçu des bons d’accès prioritaires leur permettant d’évaluer les résultats de la psilocybine et de méthylone, un psychotrope souvent utilisé comme substitut à la MDMA, sur différents types de dépression. La Suisse a environ cinq ans devant elle avant la probable homologation par Swissmedic de nouveaux traitements par psychédéliques. D’ici là, le pays doit mettre au point un système pour former le personnel soignant, et pour le contrôle qualité de la production et de l’administration, selon Daniele Zullino.

«Nous avons encore beaucoup de travail, car les psychédéliques ne sont pas des substances hautement toxiques, mais elles peuvent avoir un impact psychique sur quelqu’un», dit-il.

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Relu et vérifié par Virginie Mangin / traduit de l’anglais par Pauline Grand d’Esnon /kro

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