Du maïs transgénique pour l’Afrique australe
En 2002, la Suisse a débloqué 5 millions de francs pour l'achat de céréales, dont du maïs transgénique, pour l'Afrique australe.
Bien que moulu, pour éviter une dissémination dans l’environnement, ce maïs suscite la controverse.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) doit acheminer d’ici le mois de mars un million de tonnes de nourriture dans six pays d’Afrique australe touchés par la famine. Il s’agit de sauver quelque 15 millions de personnes menacées.
Selon Christiane Berthiaume, porte-parole du PAM, «les dons sont de nature volontaire et, avec 60%, les Etats-Unis sont le premier donateur devant l’Union européenne».
C’est ce qui explique qu’une partie des denrées acheminées est de nature transgénique, émanant de pays qui produisent et consomment des organismes génétiquement modifiés (OGM).
L’UE est par contre sous moratoire en ce domaine, et peu encline par conséquent à en encourager le don.
L’aide de la Suisse est financière
Et la Suisse? Ne crée-t-elle pas la contradiction en fournissant une aide alimentaire partiellement transgénique?
En fait, la Suisse n’envoie pas elle-même des vivres aux pays d’Afrique australe. Elle ne bénéficie pas de réserves ni de surplus pour cela. Son soutien au PAM est exclusivement financier, l’organisation se charge ensuite d’acheter elle-même les aliments dont elle a besoin.
C’est ce qu’explique Hansjürg Ambühl, responsable pour l’Afrique au sein de la division Aide humanitaire de la Direction du développement et de la coopération (DDC). Et d’ajouter qu’il n’est pas possible de forcer le PAM à acquérir des aliments non modifiés génétiquement.
Chacun est libre de choisir
Et puis Berne insiste pour que soit respecté le protocole de Carthagène – signée en 2000 -, qui laisse chaque pays libre d’accepter ou de refuser des organismes génétiquement modifiés (OGM), ajoute-t-il. «Il faut respecter la souveraineté des pays concernés», estime M. Ambühl.
Ainsi, la Zambie a catégoriquement refusé la distribution de maïs pouvant contenir des OGM, invoquant les risques supposés liés à cette nourriture.
Berne insiste en outre pour que le maïs OGM livré soit auparavant moulu, «afin qu’il ne soit pas réutilisé à des fins de production» et donc éviter tout risque de dissémination. Cela en réponse aux exigences du Zimbabwe, du Malawi, du Mozambique et du Lesotho.
C’est ainsi que, précise M. Ambühl, «nous contribuons également au surcoût causé par l’exigence de moudre le maïs en question».
Plus cher et plus long…
Le PAM s’est exécuté, tout en regrettant ces exigences. Moudre les grains «nous coûte beaucoup de temps et d’argent», soit environ 25% de plus, regrette sa porte-parole Christiane Berthiaume.
Ces restrictions sont d’autant plus regrettables qu’«il n’y a pas de preuves que les OGM sont mauvais», souligne Mme Berthiaume. Celle-ci se réfère aux rapports de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
«Des millions de personnes en mangent, aux Etats-Unis, mais aussi au Canada, en Argentine ou en Australie», souligne-t-elle.
Les Etats-Unis estiment eux aussi que les OGM sont inoffensifs. De nombreux tests ont été effectués pour démontrer l’innocuité de ces aliments pour la population américaine.
Il n’y a «aucune raison de penser que cette nourriture puisse être nocive pour les populations d’autres pays», souligne le Département d’Etat américain dans un document publié le 2 décembre.
Résistances européennes
L’envoi de cette aide se heurte toutefois à de vives résistances, notamment en Europe. Clément Tolusso, de Greenpeace, y voit une façon «malhonnête» de puiser dans les surplus d’une agriculture fortement subventionnée pour écouler à vil prix «les stocks qu’on n’arrive pas à vendre par ailleurs».
Ces envois de maïs transgénique ont également un «énorme enjeu symbolique» pour les Etats-Unis, souligne le médecin Bertrand Kiefer, rédacteur en chef de la revue «Médecine & Hygiène».
Selon cet expert, Washington, qui s’irrite des réticences de l’Union européenne (UE) face aux produits transgéniques, veut «mettre en scène les OGM comme quelque chose d’extrêmement positif» et montrer que «tout le monde accepte ses produits».
Cynisme contre hypocrisie
M. Kiefer dénonce par ailleurs le «cynisme» de l’administration américaine, qui «marche main dans la main» avec l’industrie alimentaire. Selon lui, Washington «essaie de faire passer l’idée que les OGM sont l’unique réponse à la faim dans le monde».
De son côté, le rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, va dans le même sens. Pour lui, il n’y a pas besoin de recourir aux OGM pour combattre la faim: la planète pourrait nourrir aujourd’hui 12 milliards de personnes, a-t-il affirmé à l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation, à la mi-octobre.
«Que ceux qui produisent des aliments non-OGM nous en donnent! Nous les distribuerons», s’exclame Christiane Berthiaume. Le PAM souhaiterait même dépendre «un peu moins» de Washington. Il y a cependant «une petite hypocrisie» à critiquer l’aide américaine sans «donner davantage», ajoute-t-elle.
swissinfo avec les agences
– La famine menace 15 millions de personnes en Zambie, Zimbabwe, Malawi, Mozambique et Lesotho.
– Le Programme alimentaire mondial (PAM) doit acheminer d’ici à mars un million de tonnes de nourriture dans 6 pays.
– Pour l’ONU et les Etats-Unis – qui fournissent 60% de l’aide alimentaire – les OGM permettent de combattre ce fléau sans risques. Ils se heurtent pourtant à de vives résistances en Europe.
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