Au grand galop, le haras national saute les frontières

Des installations développées à partir de la fin du 19e siècle. HNS

Largement méconnu, le Haras national suisse, qui organise sa 4e journée de l'élevage ce 4 avril, est un cas d'école à l'échelle européenne. Une Europe qui devient son nouveau terrain de jeu dans le domaine de la recherche.

Ce contenu a été publié le 04 avril 2009 - 07:54

La Hongrie veut sauver son muir island. Un des derniers chevaux de trait léger à l'Est du continent, cette race compacte et trapue, souvent de robe foncée uniforme, ne compte plus guère qu'une cinquantaine d'individus, dont trois étalons reproducteurs.

Pour sauver de la disparition leur muir island, les Hongrois ont cherché une race proche pour des croisements. La toute récente Association des haras d'Etat européens (ESSA), dont fait partie le haras national suisse, a joué son rôle.

Presque naturellement, les Hongrois ont eu vent de l'existence du franches-montagnes (FM). En janvier dernier, une délégation de spécialistes s'est donc rendue à Avenches, où le Haras national suisse possède 60 étalons.

Les spécialistes y ont observés sous toutes leurs coutures plusieurs reproducteurs de l'unique race suisse ayant résisté - à force d'entêtement de ses défenseurs - à la disparition du cheval utilitaire.

Conclusion des experts hongrois: le franches-montagnes est une sorte de pendant occidental du muir island. Du matériel génétique suisse sera donc prochainement expédié pour redonner des couleurs à la race locale.

Forts de leurs expériences avec le FM, les Suisses devraient aussi être de bon conseil pour la définition d'un but d'élevage, des infrastructures nécessaires et autres.

Cent mille chevaux

Depuis une vingtaine d'année, la Suisse connaît un véritable boom du cheval. En deux décennies, le nombre d'équidés a augmenté de 50%. Le pays compte aujourd'hui quelque 100'000 chevaux. Et leurs amis sont aux trois quarts des amies.

Tendance lourde, le retour au vert et à la nature profite au franches-montagnes, un cheval rustique à usages multiples, comme à l'ensemble de ses cousins. Avec la disparition du cheval-outil ou militaire et cette renaissance comme animal de loisir, le haras national a fait sa révolution depuis 2000 (voir «Le haras»). En prenant garde à éviter de marcher sur les plates-bandes du secteur privé (manèges, etc).

Outre le soutien et la promotion du franches-montagnes et des tâches très larges de formation et d'information, le haras est aujourd'hui au cœur de la recherche autour du cheval.

Cette recherche dépasse le strict domaine vétérinaire (la spécialité des universités de Berne et Zurich) et adopte une approche interdisciplinaire, pour répondre et anticiper les besoins de la branche équine.

Tout à disposition

«L'éthologie et le comportement du cheval, l'alimentation, l'agronomie autour du cheval, la sociologie ont longtemps été les parents pauvres de la recherche», explique Anne Rizzoli.

Selon la porte-parole du site, «la force du haras national est de permettre une recherche appliquée, transdisciplinaire, sur la base d'une race homogène avec une soixantaine d'étalons Franches-Montagnes détenus sur place».

Le haras est devenu un cas d'école en Europe. Beaucoup de ses homologues restent très axés sur le dépôt et la mise à disposition d'étalons et cherchent à évoluer sur le même exemple.

«En tant que centre de compétence, nous avons un rôle de leader, dit Anne Rizzoli. Nous sommes très demandés. S'ajoute le fait que les Suisses ont l'avantage des langues, ce qui nous permet d'être au centre des discussions.»

De Vienne à la France

Déjà bien implantée en Suisse, cette approche interdisciplinaire de la recherche se met progressivement en place dans le cadre de l'Association européenne de production animale (EAAP).

Mais le haras y va aussi de nombreuses collaborations directes. Notamment avec l'Université de Hanovre, dans le domaine de la reproduction par exemple.

«A Vienne, nous sommes un partenaire important pour développer la stratégie de lutte contre les problèmes viraux et bactériens que rencontre la Hofreitschule», indique Dominik Burger, chef de l'unité de recherche du haras national.

La France est un autre partenaire privilégié de l'institution d'Avenches, à travers l'Institut national de recherche agronomique (INRA) et les Haras nationaux.

Le rôle du comportement

«Les rapports avec l'étranger prennent une importance croissante, assure Dominik Burger. Ces rapports nous apportent connaissances et expériences et amplifient l'impact de notre propre recherche et de nos formations.»

Le comportement du cheval est un autre domaine de prédilection à Avenches. «90% des cavaliers montent pour le loisir et le comportement du cheval est primordial», plaide Dominik Burger.

Depuis 2001, le haras a donc développé des tests qui permettent de prévoir le comportement des franches-montagnes. Un type de tests qui inspire aujourd'hui l'Allemagne ou la France.

«Ils permettent aux acheteurs d'acheter les bons chevaux et aux vendeurs de mieux vendre les meilleurs, note Dominik Burger. La couleur étant un autre facteur important dans la commercialisation, nous travaillons aussi sur la génétique des couleurs.» Car en Suisse comme ailleurs, l'amour du cheval a son prix.

swissinfo, Pierre-François Besson

Le Haras

Stratégique. Créé par l'Etat à la fin du 19e siècle pour soutenir et améliorer l'élevage chevalin (armée et agriculture), le haras national est aujourd'hui moins un dépôt d'étalons qu'un centre de compétences pour le cheval.

Fédéral. Sous l'égide de l'Office fédéral de l'agriculture, il travaille sur la base d'un mandat de prestation de la Confédération et dispose d'un budget annuel de 8 millions de francs.

Fonction. Sa triple mission consiste à soutenir et promouvoir la race Franches-Montagnes (unique race suisse existante), favoriser la rentabilité de l'élevage chevalin, et développer tout un éventail d'activités autour du bien-être du cheval (formation, recherche).

Chiffres. Le haras abrite une centaine de chevaux, emploie une petite cinquantaine de collaborateurs et quinze apprentis. 200'000 visiteurs s'y rendent chaque année. Un chiffre en constante hausse.

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IENA, le versant sport

Privé. L'Institut équestre national d'Avenches (IENA) contigu au haras national proprement dit est bâti sur l'ancien domaine agricole du haras, privatisé à la fin des années nonante.

Sport. Sur une centaine d'hectares – hippodrome, pistes d'entrainement, obstacles naturels, military garden, paddocks - huit milles chevaux participent chaque année à des courses et compétitions de saut, dressage, trot, galop, cross...

PMU. C'est sur sa piste de trot qu'est organisé le Prix du Président, la course la mieux dotée du PMU suisse, où se mesurent de nombreux attelages européens.

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Journée de l'élevage

Découvrir. Entre 1500 et 2000 visiteurs sont attendus ce 4 avril au haras national d'Avenches (Vaud). Cette 4e Journée d'élevage vise le grand public, qui vient découvrir la vingtaine de races élevées en Suisse.

Se renseigner. Avec cette journée, le haras veut aussi conseiller les amateurs/éleveurs et les informer sur ses activités de formation et de recherche.

Se former. Au programme aussi, des conférences sur des thèmes vétérinaires (maladies héréditaires, etc), sur la garde de chevaux (évacuation du fumier, nouvelle ordonnance sur la protection des animaux), sur certaines races (le Cheval d'Einsiedeln, que la région tente de relancer), etc.

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