La semaine en Suisse
Chères lectrices, chers lecteurs,
La semaine écoulée a été marquée par des débats vifs, parfois houleux, autour de la levée de l’interdiction de construire des centrales nucléaires. Comment expliquer ce revirement?
Par ailleurs, la Suisse a perdu mercredi une figure majeure de sa vie politique: le sociologue de renommée mondiale Jean Ziegler, décédé à l’âge de 92 ans.
Bonne lecture!
Quelqu’un se souvient-il encore de la sortie du nucléaire décidée en 2017? À Berne, cette certitude semble vaciller. Le désir d’autonomie énergétique paraît désormais primer. Au Parlement, cela s’est concrétisé par une semaine de débats particulièrement animés.
Le nucléaire connaît un net regain d’intérêt: selon un sondage, 55% des personnes interrogées soutiennent actuellement l’initiative «Stop au blackout», dont l’objectif est notamment de lever l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse. Au Conseil national, un tournant historique se dessine, susceptible de faire tomber cette interdiction.
Le site Watson met toutefois en garde contre un piège des coûts: de nouvelles centrales pourraient fortement compromettre la rentabilité de l’hydroélectricité suisse. Le groupe du Centre exige donc des éléments financiers concrets plutôt qu’un «saut dans l’inconnu». Pour lui, avant toute autorisation, le Conseil fédéral doit clarifier qui assumerait réellement les risques de plusieurs milliards.
Sur un autre dossier, celui de l’ouverture des commerces le dimanche, le Conseil des États s’est montré étonnamment conservateur. Une alliance entre le PS, les Verts et une partie de l’UDC a bloqué l’extension à douze dimanches d’ouverture. Malgré la pression du commerce en ligne, le dimanche doit rester, selon la centriste Andrea Gmür-Schönenberger, une «pause protégée pour la société».
Un événement suisse a suscité une forte émotion à l’étranger cette semaine: la mort de Jean Ziegler. L’ancien conseiller national s’est éteint mercredi à l’âge de 92 ans. De nombreux hommages ont salué cette figure de la politique, professeur de sociologie et ancien rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, passé du statut de fils de fonctionnaire à celui de révolutionnaire.
Jean Ziegler, figure controversée et poids lourd de la politique suisse, était devenu communiste en partie grâce au football. Il l’expliquait en 2017 dans un entretien avec 24 Heures, aujourd’hui disponible en ligne: alors junior au FC Thoune, il était fasciné par «l’intelligence collective» sur le terrain. À ses yeux, le jeu d’équipe incarnait une forme idéale d’anticapitalisme: la complémentarité et la solidarité y menaient au succès, plutôt que la concurrence individuelle.
Malgré des polémiques virulentes, il cultivait des «amitiés paradoxales». La Neue Zürcher Zeitung évoque ainsi la sympathie réciproque qui le liait au patriarche de l’UDC Christoph Blocher, lequel déclara pour les 80 ans de Ziegler: «Cet homme m’est malheureusement sympathique.»
Genève, où il fit l’essentiel de sa carrière, n’était pas un choix anodin pour celui qui était né Hans Ziegler. Il voulait suivre Che Guevara à Cuba, mais celui-ci refusa: Genève était, selon le révolutionnaire, le «cerveau du monstre» – c’est là qu’il devait mener le combat. La ville du Rhône devint ainsi la base de la lutte de Ziegler contre la place financière, qu’il dénonçait, selon la chaîne allemande ARD, comme un «repaire du mal» et pour son «capitalisme prédateur».
Ils ne sont plus que sept: sans la Russie, le G7 se réunit du 15 au 17 juin à Évian, en France. Pourquoi cela concerne-t-il la Suisse? En raison de l’événement, le canton de Genève a dû renforcer massivement les mesures de sécurité et prend désormais des allures de forteresse, des débordements étant redoutés.
Les commerces genevois se sont barricadés à un point tel que, selon Watson, les menuiseries viennent à manquer de bois. Les mesures de protection coûtent jusqu’à 100’000 francs. De nombreux magasins restent fermés, faute de pouvoir répondre à la forte demande en main-d’œuvre et en matériel.
Bien que toutes les délégations logent en France, la Suisse mobilise 4000 membres de l’armée. Celle-ci sécurise l’aéroport, considéré comme une «vitrine», tandis que la police se dote notamment de canons à eau étrangers pour faire face à d’éventuels débordements lors de manifestations.
Des tensions apparaissent aussi sur le plan diplomatique: aucun accord n’a été trouvé avec Paris sur la répartition des coûts. Pour mémoire, en 2003, un sommet du G8, également tenu à Évian, avait provoqué des débordements et d’importants dégâts à Genève et Lausanne.
Le groupe d’armement étatique Ruag a fait la une: après avoir versé une rançon à des hackers, contrairement aux directives de la Confédération, des coûts élevés menacent désormais aussi le projet phare des avions de combat F‑35. Que se passe-t-il au sein du principal pilier de la défense suisse?
De manière étonnamment transparente, le président du conseil d’administration Jürg Rötheli a reconnu que Ruag avait versé une rançon au groupe de hackers Akira afin de récupérer des données volées d’une filiale américaine. Selon la Neue Zürcher Zeitung, cela s’est fait à l’insu du Département de la défense et à l’encontre des mises en garde explicites de la Confédération, qui déconseille de financer des modèles d’affaires criminels.
Sur le plan industriel, le groupe montre aussi des signes de faiblesse. Selon des recherches de la SRF, Ruag n’assemble à Emmen que trois avions de combat F‑35 au lieu de quatre, tout simplement parce que l’entreprise suisse est trop chère. Le fabricant Lockheed Martin refuse de prendre en charge ces coûts élevés. D’après le reportage, cela compromet l’acquisition de savoir-faire dont Ruag a pourtant un besoin urgent pour s’imposer sur le marché international de la maintenance après la fin de l’ère des F/A‑18.
Selon le Tages-Anzeiger, le groupe est en outre miné par une profonde crise de gouvernance, marquée par de fréquents changements à la direction et par un scandale de fraude non résolu lié à des pièces de rechange de chars, qui a causé des dommages se chiffrant en millions. Et les interrogations ne se multiplient pas seulement au Parlement: selon des sondages, la confiance de l’armée envers son fournisseur a déjà fortement reculé.
La semaine à venir
Lundi, vous trouverez sur Swissinfo notre analyse du comportement de vote de la Cinquième Suisse lors des votations de dimanche. Deux objets sont en jeu: l’initiative populaire «Pas de Suisse à 10 millions!», qui vise à limiter la population résidente permanente, et une modification de la loi sur le service civil destinée à maintenir ce dernier comme exception au service militaire.
Mardi sera publiée l’enquête annuelle sur la santé en Suisse, le «Health Forecast», qui dresse un état des lieux de la santé de la population.
Vendredi, une conférence de presse inhabituelle aura lieu dans la commune fribourgeoise de Cheyres, sur les rives du lac de Neuchâtel. Dans la zone humide de la Grande Cariçaie, plusieurs tortues cistudes d’Europe seront relâchées dans le cadre d’une action visant à renforcer la seule espèce indigène de tortue en Suisse. L’espèce (Emys orbicularis) est menacée d’extinction.
Samedi, Morat accueillera la commémoration du 550e anniversaire de la bataille du même nom. Pour mémoire: le 22 juin 1476, les Confédérés y infligèrent une défaite aussi surprise que décisive à l’armée de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne.
Texte traduit de l’allemand/op
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