De Gaza, l'appel du président du CICR

Keystone

Plus important responsable humanitaire international à se rendre dans la bande de Gaza depuis le lancement des opérations israéliennes, Jakob Kellenberger lance un appel pour un accès sans entraves des équipes médicales.

Ce contenu a été publié le 13 janvier 2009 - 18:00

«Il est absolument nécessaire et non-négociable que les équipes médicales, dans ce conflit, soient protégées. Les blessés ne peuvent attendre plusieurs jours pour être évacués et protégés», a déclaré mardi le président du Comité international de la Croix-Rouge, après avoir visité l'hôpital Al-Shefa à Gaza, le plus grand établissement du territoire.

La situation à Gaza est «vraiment très triste. Voir ce que je viens de voir est très douloureux», a souligné Jakob Kellenberger.

Selon un bilan fourni mardi à midi par le chef des services d'urgences à Gaza, Mouawiya Hassanein, au moins 935 Palestiniens ont été tués depuis le début de l'offensive israélienne, dont 280 enfants, 97 femmes et 92 personnes âgées, et plus de 4200 autres ont été blessés. Parmi les tués se trouveraient en outre au moins douze ambulanciers.

«Nos médecins à Al-Shefa voient arriver de nombreuses femmes et de nombreux enfants grièvement blessés, confirme à swissinfo Simon Schorno, porte-parole du CICR à Genève. Ce qui en dit long sur la violence des combats et la manière dont ils affectent les civils».

Privés d'électricité, la plupart des hôpitaux de la Bande de Gaza fonctionnent grâce à des génératrices. Mais comme les autres, Al-Shefa devrait tomber bientôt à court de carburant. Le CICR est très inquiet pour le sort de ses 470 patients, dont 60 se trouvent aux soins intensifs.

«Blessures horribles»

«Il faut un arrêt immédiat des combats», a imploré de son côté John Ging, directeur des opérations à Gaza de l'Agence des Nations Unies pour les Palestiniens (UNRWA), lors d'une conférence téléphonique avec les medias basés à Genève.

«C'est un test pour notre humanité», a dit le responsable de l'ONU, en exprimant la «frustration croissante» de son organisation devant cette «crise d'une ampleur sans précédent».

«La situation est de plus en plus désespérée, les combats font rage partout et la population n'est nulle part en sécurité. Les gens sont complètement isolés, piégés. Ils ne savent pas où aller, aucun endroit n'est sûr. Il n'y a aucune possibilité de s'enfuir», a encore dit John Ging.

Et d'ajouter que «la nature des blessures horribles constatée est très troublante». Des blessés qui doivent souvent être amputés. Le responsable onusien souhaite en conséquence des enquêtes complètes sur les armes utilisées par les forces israéliennes.

Une trêve pour rien

S'agissant de la trêve de trois heures que l'armée israélienne s'est engagée à respecter chaque jour, le CICR, comme les autres organisations humanitaires, la juge insuffisante. «Il faut pouvoir accéder à la population civile et aux blessés en tous temps», rappelle Simon Schorno.

Dans une déclaration conjointe, le CICR, la Fédération internationale et les sociétés nationales de Croix-Rouge et du Croissant-Rouge demandent par conséquent la mise en place d'un couloir humanitaire sécurisé afin d'assurer l'acheminement des secours et des soins médicaux.

«Nous engageons toutes les parties au conflit, en particulier Israël, à lever toute entrave à la circulation des équipes médicales de façon à leur permettre d'accomplir leur mission vitale», affirme le Mouvement.

«Nous souhaitons rappeler que le droit international humanitaire impose à toutes les parties concernées le devoir de recueillir, évacuer et soigner les blessés sans délai et sans discrimination», ajoute la Croix-Rouge.

Et de dénoncer le fait que de nombreux blessés sont «privés de soins et laissés à leur souffrance parce qu'ils sont dans l'incapacité d'atteindre les hôpitaux par leurs propres moyens, hors de portée des ambulances et des équipes médicales. Certains ont même succombé à leurs blessures, les ambulances n'ayant pas reçu les autorisations nécessaires pour les évacuer.»

Manque de tout

Par ailleurs, cette trêve de trois heures n'est pas suffisante pour que la population puisse se rendre aux centres de distribution ou dans les rares magasins encore ouverts. Selon l'URWA, il faut parfois faire six heures de queue pour trouver du pain.

Conséquence, «ceux qui osent encore sortir pour trouver de la nourriture n'ont parfois pas d'autre choix que de rentrer à la maison les mains vides à la fin de la trêve» explique Simon Schorno.

Pour John Ging, c'est uniquement un «filet d'aide» qui parvient à la population. Le responsable de l'UNRWA appelle la communauté internationale à en faire davantage.

Car Gaza manque de tout: médicaments, carburant, nourriture, mais également eau. Les dommages causés aux canalisations n'ont pas pu être réparés. Le Programme alimentaire mondial a pu faire passer 25 camions ces deux derniers jours, mais il en faudrait cent par jour pour répondre aux besoins, a déclaré sa porte-parole à Genève.

Trois jours sur place

La semaine dernière déjà, le CICR avait fait une entorse à sa traditionnelle discrétion et élevé la voix pour déplorer l'impact des combats sur les civils et le personnel de santé.

L'organisation avait même accusé Israël de manquer à ses obligations au regard du droit humanitaire international après que des secouristes ont découvert des cadavres et des blessés abandonnés à proximité d'une position de l'armée israélienne.

Mercredi, Jakob Kellenberger est attendu à Sdérot, dans le sud d'Israël, une localité ciblée par les roquettes palestiniennes. Il rencontrera ensuite à Jérusalem des responsables israéliens et palestiniens, avant de rentrer à Genève jeudi.

swissinfo.ch et les agences

Sur le terrain:
les armes ont la parole

Mardi 13 janvier, l'armée israélienne «renforce l'encerclement de la ville de Gaza» où de violents combats se poursuivent. Des blindés soutenus par l'aviation font des incursions dans plusieurs quartiers de Gaza-ville, se heurtant à des tirs d'obus de mortier et de roquettes

Tunnels. Violents combats également à Beit Lahiya et Jabaliya (nord) et près de Khan Younès (sud). Nouveaux raids contre des tunnels de contrebande à Rafah.

Israël. Trois roquettes et un obus de mortier tirés sur le sud d'Israël.

Jordanie. Selon un porte-parole militaire, une patrouille israélienne a essuyé des tirs à partir du territoire jordanien, mais Amman a démenti.

Anéantissement.
Israël cherche à «anéantir» le peuple palestinien, déclare le président palestinien Mahmoud Abbas.

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Le CICR

Le Comité international de la Croix Rouge (CICR) dispose à Gaza d'une équipe de 14 expatriés et de 60 Palestiniens, qui travaille en étroite collaboration avec le Croissant-Rouge palestinien.

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