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Votation: Que demande l’initiative pour une immigration modérée?

«Le système de santé ne peut pas tourner uniquement avec des professionnels suisses»

Salvatore Stagnitta a immigré en Suisse pour des raisons professionnelles et il s'est épanoui sur les rives du Léman. Juliette Delcayre

Grâce aux accords bilatéraux entre Berne et Bruxelles, Salvatore Stagnitta a pu facilement venir en Suisse où il a trouvé un emploi d’infirmier. Rencontre avec cet Italien parfaitement intégré dans le canton de Vaud, qui estime que l’acceptation par le peuple de l’initiative «pour une immigration modérée» le 27 septembre serait catastrophique pour le système suisse de santé.

Ce contenu a été publié le 05 août 2020 - 15:04

«Le canton de Vaud avec son lac et ses plages, cela me rappelle la mer», confie Salvatore Stagnitta, tout sourire, en sirotant une eau tonique au citron dans un petit café du centre de Vevey. Cet infirmier a grandi en Sicile et a suivi toute sa formation de base en Italie: un Bachelor en soins infirmiers suivi d’un Master en management de la santé. Mais au moment de chercher un emploi, Salvatore Stagnitta s’est heurté à un mur: «Il y a très peu de places disponibles, car certains hôpitaux de petite taille ont fermé et l’âge de la retraite a été repoussé. J’ai fait un concours au Nord de l’Italie où 15'000 infirmiers se sont présentés pour une quinzaine de postes.» Le jeune infirmier s’inscrit à des concours, fait quelques mois de travail non rémunéré, puis décide d’émigrer pour pouvoir enfin pratiquer son métier.

Grâce à l’accord de libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne (UE), Salvatore Stagnitta peut facilement rejoindre sa copine en Suisse et y séjourner durant trois mois, le temps de trouver un travail. À son arrivée en janvier 2015, il décide de commencer par des cours intensifs de français. «En tant qu’infirmier, il est important de pouvoir bien communiquer. Je voulais donc apprendre le vocabulaire spécifique des soins et aussi le langage quotidien», explique-t-il. Installé à l’est du canton de Vaud, il fait tous les jours les trajets à Lausanne pour ses cours de langue et envoie près de trois cents curriculum vitae. Il est invité à une dizaine d’entretiens et obtient finalement un poste d’infirmier en psychiatrie dans le canton de Neuchâtel, où il commence en avril.

Un investissement

«Le début est toujours un peu plus difficile parce qu’il faut une adresse en Suisse, il faut connaître quelqu’un, indique Salvatore Stagnitta. On a beaucoup moins de chances de trouver un emploi si on envoie un CV avec une adresse à l’étranger. Et puis il faut apprendre la langue, s’installer, changer ses habitudes, être loin de sa famille et de ses amis…» Et pouvoir faire face au coût de la vie beaucoup plus élevé en Suisse que dans les pays voisins. «C’est tout de même un investissement, ces mois passés en Suisse à chercher un emploi ont un coût non négligeable», relève le Sicilien.

Dès qu’il commence à travailler, il se sent bien accueilli et a le soutien de ses collègues. «J’ai aussi fait en sorte de bien m’intégrer en Suisse, car mon objectif était de rester ici, raconte Salvatore Stagnitta. Je me suis toujours beaucoup investi dans mon travail et les employeurs ont reconnu mon engagement ainsi que mes compétences.»

Faiblesses du système exacerbées par le coronavirus

La dépendance du système de santé suisse envers l’étranger a été particulièrement mise en lumière avec la pandémie de Covid-19. L’une des priorités du gouvernement a été de négocier avec les pays voisins un laissez-passer pour les frontaliers afin d’éviter une catastrophe sanitaire. Au Tessin par exemple, sur les presque 70'000 travailleurs qui passent chaque jour la frontière, plus de 4000 sont actifs dans le secteur des soins.

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Depuis son arrivée en Suisse, l’infirmier habite la plupart du temps dans le canton de Vaud, une région qui lui plaît tout particulièrement. En 2016, pour éviter les trajets, il cherche un emploi plus proche de son domicile et est engagé à la Fondation de Nant à Vevey, où il est aujourd’hui chef d’unité de soins. «J’ai pu accomplir mes objectifs professionnels, continuer à me former et avancer assez rapidement. J’ai aussi appris une langue. Honnêtement, je me sens bien, confie-t-il. Ici les employeurs se basent sur le CV pour faire des entretiens et décider d’engager du personnel. Il ne faut pas passer des concours et des tests durant plusieurs mois comme en Italie. Finalement, ce sont les compétences qui comptent pour accéder à un travail.»

Pénurie de personnel soignant

Salvatore Stagnitta est aussi membre du comité de la section vaudoise de l’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) et milite pour une meilleure valorisation de ce métier. Il constate que la Suisse fait face à une pénurie de personnel soignant, car les tâches et les horaires sont exigeants, les salaires peu élevés et le travail mal reconnu. Raisons pour lesquelles il s’engage avec les autres professionnels de la santé pour l’initiative populaire «pour des soins infirmiers forts».

Dans ce contexte de pénurie de personnel soignant, Salvatore Stagnitta observe que les institutions suisses de santé ont besoin d’engager beaucoup d’employés étrangers, chez les infirmiers mais aussi d’autres professionnels de la santé. «Si on ferme les portes, comme le demande l’initiative populaire «pour une immigration modérée», ce sera une catastrophe, car il y a énormément de personnel étranger, réagit l’infirmier. Il est actuellement inconcevable de faire tourner le système de santé uniquement avec des professionnels suisses formés en Suisse.»

Salvatore Stagnitta est en Suisse depuis bientôt six ans et va obtenir un permis C. Il ne pense pas qu’il sera directement touché si le peuple vote «oui» le 27 septembre à l’initiative «pour une immigration modérée». «Mais des gens qualifiés auront plus de difficultés à entrer en Suisse, relève-t-il. Cela empêchera d’autres personnes qui sont bien formées, qui peuvent apporter beaucoup à ce métier et à la Suisse en général, de venir et de suivre le même parcours que moi.»

D’après lui, si les conditions se durcissent pour entrer en Suisse, les individus qualifiés iront travailler ailleurs. «À connaissance, parmi mes collègues d’université, sur 160 personnes il n’y a que moi et ma copine qui sommes en Suisse. La plupart ont émigré en Angleterre, certains en Allemagne et les autres sont restés en Italie».

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