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Experts ignorés avant le procès d'activistes du climat à Fribourg

Les membres de l’association Extinction Rebellion et de la Grève du climat ont voulu dénoncer en bloquant Fribourg-Centre en novembre 2019 les excès, selon eux, du Black Friday (archives). KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT sda-ats
Ce contenu a été publié le 04 mai 2021 - 14:15
(Keystone-ATS)

Les avocats des 32 activistes du climat ayant bloqué Fribourg-Centre en novembre 2019 lors du Black Friday dénoncent le refus du Tribunal d'arrondissement de la Sarine d'entendre des experts. Ils veulent contrer ce qu'ils assimilent à un succès de la "désinformation".

La défense envisage plusieurs pistes pour pallier ce qu'Irène Wettstein a appelé "la faible connaissance des juges en matière climatique et l'ignorance de leur propre désinformation". S'exprimant mardi à Fribourg, l'avocate vaudoise est considérée comme la cheville ouvrière du procès dit des joueurs de tennis au Credit Suisse à Lausanne.

Si le Tribunal d'arrondissement de la Sarine ne reconsidère pas sa position d'ici à l'ouverture du procès le 25 mai, la défense prévoit déjà ce jour-là de "plaider l'importance d'entendre les experts", a expliqué Arnaud Nussbaumer, avocat à Genève. Toujours dans l'idée de se "montrer inventive", elle demandera aussi la diffusion d'interviews durant l'audience.

"Jugement biaisé"

Ou alors les 12 avocats de la défense essaieront de remplacer une partie des plaidoiries par la production des interviews d'experts. Quoi qu'il arrive, une partie des 12 experts cités comme témoins, dont le prix Nobel de chimie vaudois Jacques Dubochet, se déplacera le premier pour voir si le juge ne revoit pas sa position à la dernière minute.

"Le but de la défense n'est toutefois pas de transformer l'audience en cours sur le réchauffement climatique", a précisé Arnaud Nussbaumer. Au-delà, la conférence de presse de mardi voulait sensibiliser sur l'importance des avis d'experts, largement utilisés par le pouvoir législatif, mais avis que la justice fribourgeoise refuse jusqu'à présent.

"La justice ne doit pas faire exception", a déploré Irène Wettstein. Les rapports servent à "comprendre des points que les juges ne maîtrisent pas, avec le risque de rendre un jugement biaisé". "En matière de désobéissance civile, le juge doit intégrer le contexte, le mobile ainsi que les enjeux climatiques et de surconsommation", a-t-elle ajouté.

Précédent du tabac

Les intervenants, via Pascal Diethelm, ancien fonctionnaire à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), et la climatologue Martine Rebetez, professeur à l'Université de Neuchâtel, ont encore insisté sur la puissance de la désinformation. Le premier a rappelé l'action des décennies durant de l'industrie du tabac pour discréditer ceux qui en dénonçaient les dangers pour la santé.

Martine Rebetez a tiré un "parallèle très frappant" avec le soutien apporté par les industries fossiles à ceux qui nient le réchauffement climatique. "Il faut du temps, mais l'évolution est réelle", a-t-elle précisé. "Dire le contraire des faits n'est plus possible, si ce n'est de la part de gens payés", a relevé la climatologue.

Contestant les ordonnances pénales prononcées à leur encontre, les 32 prévenus, âgés de 19 à 62 ans, sont convoqués par la justice entre le 25 mai et le 1er juin. Ayant bloqué l'accès au centre commercial Fribourg-Centre le 29 novembre 2019, ils risquent une condamnation pour contrainte et avoir manifesté sans autorisation, a indiqué Arnaud Nussbaumer.

Action européenne

L'action, à laquelle une cinquantaine de membres de l’association Extinction Rebellion et de la Grève du climat ont participé, constituait une première depuis l'introduction en Europe du Black Friday. Organisées par "Block Friday", elle s'inscrivant dans une perspective continentale pour dénoncer une "incitation à la surconsommation et ses conséquences climatiques".

Les prévenus ont tous été condamnés, via les ordonnances pénales rendues par le procureur général fribourgeois Fabien Gasser, à des peines pécuniaires avec sursis et à des amendes fermes de 200 à 500 francs pour avoir pris part à une manifestation non autorisée, troublé l’ordre public et s’être opposés à la police. Certains ont été reconnus coupables de contrainte.

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