Le mobile entre dans l’ère de la vidéo
Swisscom lance la première offre UMTS destinée au grand public en Suisse. Le consommateur va-t-il mordre à l’hameçon?
Vidéophonie, vidéo-clips, jeux vidéo, émissions TV, la nouvelle génération de téléphonie mobile mise sur les images.
«La killer application de l’UMTS sera l’image», prédisait fin mai lors du festival de Cannes Didier Quillot, le patron d’Orange France. Il est vrai que la vidéocommunication est la vraie grande différence entre l’actuel réseau GSM et la 3G.
Cette nouvelle technologie doit permettre de visionner en direct sur son mobile, avec une qualité acceptable, des programmes TV tels que retransmissions sportives ou journal télévisé.
Est-ce à dire que l’UMTS représente le début d’une nouvelle ère pour la téléphonie mobile?
Des jeux, du sport et des filles
La 3G marque clairement une rupture technologique importante. La vidéo et les jeux sont certes déjà présents sur nos mobiles, mais avec l’UMTS ils vont acquérir une nouvelle dimension.
Grâce à son haut débit, en théorie au minimum 40 fois plus élevé que l’actuelle norme GSM et 10 fois plus que le GPRS, l’UMTS va permettre aux éditeurs de proposer des services enrichis comme la vidéophonie, qui permet de voir sur l’écran du mobile son interlocuteur, ou le téléchargement de musique.
Pour le marché, la 3G c’est Games, Goals and Girls. Les acteurs considèrent que les jeux, les résultats sportifs et le sexe seront les services les plus demandés.
Mais, pour cela, il faudra que le terminal soit doté d’un grand écran couleur de qualité, que son prix soit attractif, que les batteries tiennent le coup et que les nouveaux contenus multimédias proposés accrochent réellement les utilisateurs.
Autre problème de taille: la vitesse d’accès. Dans une première phase, les opérateurs évoquent un débit réel compris entre 200 et 400 kbit/s. Exit pour l’instant les fantastiques 2 Mbit/s annoncés en 2000.
La vidéosurveillance de commerces ou de la villa, le ‘Push to Talk’ – une version moderne du talkie-walkie permettant la liaison permanente entre deux ou plusieurs correspondants – ou la création d’un abonnement ‘premium’, destiné aux clients exaspérés par les problèmes de coupure du réseau GSM, sont aussi des applications 3G envisagées.
L’inconnue de la rentabilité
Mais personne ne s’aventure à prédire leurs succès. Plus question de tirer de fabuleux plans sur la comète ou d’extrapoler une progression exponentielle de la demande.
«La diffusion de la télévision sur un mobile est très attractive. Mais à ce jour, vu le coût de ce service, son modèle économique est encore à inventer», admet un spécialiste employé chez l’un des trois opérateurs mobiles suisses.
Le scénario prévu en 2000 a été mis à la poubelle, il n’y aura pas de Big Bang. Le passage de l’actuel réseau mobile GSM à l’UMTS sera lent et progressif.
Il faudra tout d’abord équiper massivement les abonnés avec des terminaux 3G avant de vouloir développer les services et espérer en tirer de nouveaux revenus.
Reste aussi à savoir quelle sera la demande des utilisateurs. Quel prix les clients sont-ils disposés à payer et pour quels contenus?
Si on se base sur les tests réalisés par Orange en France, la préférence des clients se porte sur l’érotisme (28%), suivi des news (22%), de la musique (13%) et du sport (11%). Les informations concernant la région du domicile semblent aussi être un service porteur.
Succès énorme en Asie
Commercialisée en Asie au début du siècle, la 3G est entrée dans les mœurs des Japonais et des Coréens. Ces deux pays totalisent 35 millions d’abonnés UMTS.
Mais le démarrage a été lent et complexe. Il a fallu deux ans avant que ce nouveau mobile s’impose au grand public grâce à des services ludiques, mais surtout pratiques.
Les habitants de Tokyo ou de Séoul utilisent leur portable pour télécharger des chansons ou des clips vidéo, jouer ou regarder brièvement la télévision.
Mais le mobile est aussi devenu un porte-monnaie électronique et une carte de transport. L’opérateur japonais NTT DoCoMo propose des appareils équipés d’une puce qui stocke des données personnelles et de l’argent virtuel. Le mobile 3G permet ainsi de régler la facture dans des cafés, des hôtels, des supermarchés ou au McDonald’s.
Il semble donc qu’il faudra plusieurs années d’apprentissage avant que l’UMTS atteigne la maturité en Europe. L’évolution du multimédia mobile s’annonce complexe et quasi imprévisible.
Plutôt pessimiste, l’institut Forrester Research estime que seulement 21% des utilisateurs européens possèderont un terminal 3G en 2008 et que ces réseaux ne seront pas rentables avant 2014.
swissinfo, Luigino Canal
«UMTS»: Universal MobileTelecommunications System.
«3G» pour 3e génération, ou de façon imagée, «Games, Goals and Girls»!
Une étude d’Orange France démontre que le choix des clients se porte d’abord sur l’érotisme (28%), suivi des news (22%), de la musique (13%) et du sport (11%).
Le débit réel de l’UMTS devrait se situer entre 200 et 400 kbit/s.
Selon l’Institut Forrester Research, seul 21% des utilisateurs européens possèderont un terminal 3G en 2008. Et ces réseaux ne seront pas rentables avant 2014.
– Commercialisée en Asie au début du siècle, la 3G est entrée dans les mœurs des Japonais et des Coréens. Ces deux pays totalisent 35 millions d’abonnés UMTS.
– En Europe, les experts estiment qu’il faudra plusieurs années d’apprentissage avant que l’UMTS atteigne la maturité.
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