Ma ferme au Canada
Des milliers de paysans suisses ont émigré au Canada dans les années 70. Trente ans plus tard, les Cuénoud ne regrettent rien.
Jean-Paul et Pierrette Cuénoud font partie de ceux qui ont franchi l’Atlantique à cette époque (1976). Il est vrai qu’ils n’avaient guère le choix. A l’époque, en Suisse, ils étaient confrontés à un dilemme insurmontable.
Leur ferme de Corcelles-le-Jorat (VD) pouvait faire vivre une famille, mais pas trois. Or, comme leurs trois fils voulaient se lancer dans l’agriculture et qu’il ne fallait pas faire de jaloux, la décision d’émigrer s’est presque imposée.
Le Canada était tout indiqué. A l’époque, de nombreuses terres étaient en effet à vendre au Québec et en Ontario.
Bonne intégration
Aujourd’hui, Jean-Paul et Pierrette Cuénoud ont pris leur retraite. Mais leur ferme québécoise, située à Sainte-Brigide, entre Montréal et la frontière américaine, est l’une des plus prospères de la région.
Deux de leurs fils l’exploitent. Quant au 3e, il s’est finalement dirigé vers l’informatique dans le milieu scolaire montréalais.
Les Cuénoud ne sont pas les seuls agriculteurs suisses dans la région. Plus de 10 000 personnes ont fait comme eux dans les années 70.
Bien accueillis, ces Suisses se sont rapidement intégrés dans ce coin d’Amérique. A l’exemple de Jean-Paul et Pierrette Cuénoud qui sont aujourd’hui très fiers de leurs sept petits-enfants nés au Canada.
L’appartenance, une question d’accent
Député au Grand conseil vaudois avant d’émigrer, Jean-Paul Cuénoud n’a pas perdu ses idéaux et son flair politique. Il a joué – et joue toujours – un grand rôle dans la communauté des agriculteurs suisses, mais aussi dans des organismes agricoles et sociaux québécois.
Il estime que sur les 10 000 suisses qui sont arrivés en même temps que lui, les deux tiers sont aujourd’hui satisfaits. Il ajoute qu’ils font de bonnes affaires et ne regrettent pas leur choix.
Même s’il a quitté la Suisse il y a 26 ans avec femme et enfants, Paul Cuénoud, aujourd’hui âgé de 77 ans, reste un homme de Corcelles-le-Jorat. Il a d’ailleurs gardé l’accent du Plateau vaudois et il ne rate jamais une occasion de faire un saut dans ce coin qu’il appelle encore «chez nous».
Ses enfants sont par contre déjà beaucoup plus Canadiens que Suisses. Leur accent québécois ne laisse d’ailleurs planer aucun doute là-dessus. Finalement, le sentiment d’appartenance, c’est peut-être juste une question d’accent.
Alain Borgognon, Montréal
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