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Télévisions privées: la fin des illusions

Tele24 va cesser d'émettre. 80 personnes se retrouvent au chômage. Keystone

C'est un tournant dans le paysage médiatique suisse. Avec la vente de son groupe à Tamedia, Roger Schawinski jette l'éponge, trois ans après le lancement de Tele24, une télévision généraliste privée, destinée à toute la Suisse alémanique. Un retour aux réalités d'un marché trop étroit. Et un remodelage du paysage médiatique.

La nouvelle est tombée mercredi, après des mois de négociations. Le groupe zurichois Tamedia, éditeur du Tages-Anzeiger – et l’un des propriétaires de l’autre chaîne privée couvrant toute la Suisse alémanique, TV3 – rachète pour 92 millions de francs suisses Belcom, le petit empire médiatique de Roger Schawinski. Mettant ainsi la main sur Radio24 et TeleZüri. Mais laissant tomber Tele24, qui cessera d’émettre. Du coup, 80 employés se retrouvent sans travail.

L’échec est retentissant. A cause tout d’abord de la personnalité de Roger Schawinski, une figure unique en son genre en Suisse, tout à la fois journaliste, homme d’antenne et entrepreneur. A cause ensuite de son rôle de pionnier.

C’est en 1979 que Schawinski-le-pirate lance, depuis l’Italie, Radio24, qui deviendra la première radio locale de Suisse. Il s’attaque ensuite, dans les années 90, à la télévision, avec TeleZüri – la première TV locale de Suisse – puis le lancement, en 1998, de Tele24.

Une mission impossible?

Mais ce revers, c’est aussi celui d’une ambition: offrire aux téléspectateurs suisses – alémaniques en l’occurrence – un autre choix que les chaînes de SRG SSR idée suisse, le service public.

Mission impossible? Oui, répond Roger Schawinski, qui condamne les conditions cadres trop restrictives, notamment en matière de publicité, imposées aux diffuseurs privés. Dans un communiqué publié cette semaine, Belcom parle de «désavantage évident vis-à-vis de la SSR étatique et des diffuseurs étrangers.»

Un reproche que balaient les autorités fédérales, tout en admettant qu’une révision de ces règles est en cours. Mais Berne ajoute qu’elle avait prévenu les diffuseurs privés, au moment de l’octroi des concessions régionales, en leur signalant que le défi serait ardu à relever, à cause de l’étroitesse du marché et de l’importance des investissements à consentir.

«Nous avions demandé à l’institut Prognos de faire une étude, rappelle Roberto Rivola, de l’Office fédéral de la communication. Mais les entrepreneurs, dont M. Schawinski, nous ont dit: nous voulons tout de même prendre le risque.»

Mégalomanie zurichoise

Et le risque s’est révélé trop grand. «Un peu de mégalomanie, un peu d’euphorie zurichoise ont permis le lancement de projets qui excèdent la taille réelle du pays, analyse le journaliste Jacques Pilet, attaché à la direction du groupe Ringier. Il faut se rendre à l’évidence: le marché publicitaire alémanique n’est pas sans limites.»

Werner Meier, spécialiste des médias à l’université de Zurich, souligne de son côté le rôle joué par la concurrence des télévisions allemandes. Une situation que la Suisse partage avec des pays comme l’Autriche ou l’Irlande.

«Dans le cas de petits Etats, qui ont un grand voisin où l’on parle la même langue et une télévision de service public forte, les diffuseurs commerciaux ont des difficultés extraordinaires à trouver une place.»

Tamedia en situation de quasi-monopole

La disparition des médias de Roger Schawinski permet en tout cas de redessiner le paysage médiatique alémanique. Et le gagnant de la semaine se nomme Tamedia, qui renforce ainsi son caractère de groupe multimédia, avec un fort potentiel de synergies.

Mais qui, en avalant l’un de ses concurrents se retrouve en position de force. Trop peut être. Jacques Pilet: «Dans le domaine de l’information locale, à Zurich, Tamedia se trouve dans une position de quasi-monopole. On peut espérer qu’il n’en abuse pas.»

La reprise de Radio24 et TeleZüri va d’ailleurs devoir être approuvée par le Conseil fédéral, et pour ce faire la Commission de la concurrence sera consultée.

Ce qui n’empêche pas Werner Meier de voir l’opération et le renforcement de Tamedia d’un oeil critique. A la fois en ce qui concerne le marché de médias, que pour des raisons rédactionnelles. «Cette reprise est extrêmement problématique, juge-t-il, tant du point de vue économique que de celui de la démocratie.»

Pierre Gobet, Zurich

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