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L'objectif inavoué de Christoph Blocher

Christoph Blocher une nouvelle fois candidat au Conseil fédérale.

(Keystone)

Le Zurichois prétend ne pas vouloir, d’un point de vue personnel, être élu au gouvernement.

Mais parmi ceux qui le suivent depuis longtemps, beaucoup sont convaincus que, persuadé de sa supériorité, il vise le Conseil fédéral depuis longtemps.

Elu au Conseil national en 1979 et doyen du Parlement pour la longévité de son mandat, (non pour son âge, 63 ans), Christoph Blocher nie toute ambition personnelle.

S’il se présente, c’est pour son parti et pour la Suisse, ne cesse-t-il d’affirmer. Dans une interview parue le 8 octobre dans l’Illustré, un hebdomadaire romand, il a même déclaré que «le Conseil fédéral serait une punition car je ne suis pas un homme d’administration.»

«Mais on ne peut pas toujours faire de l’opposition et dire non lorsqu’on vient vous chercher», précisait encore Christop Blocher.

Pour son collègue de parti et conseiller national zurichois Ulrich Schlüer, «c’est une question de crédibilité de présenter la plus forte personnalité du parti.»

«Il ne s’agit pas de carrière ou d’ambition, ajoute-t-il, des concepts que nous rejetons. Mais Christoph Blocher ne saurait se soustraire à cette responsabilité.»

Un protestant convaincu

Du dévouement pur, vraiment? Fredy Gsteiger en doute. Auteur d’une biographie non autorisée («Blocher – Ein unschweizerisches Phänomen», Editions Opinio Verlag, Bâle), le journaliste de la radio alémanique DRS pense que le Zurichois veut depuis longtemps devenir conseiller fédéral (ministre)

«Il est difficile d’imaginer que quelqu’un fasse de la politique si longtemps, avec tant d’ardeur, sans vouloir la récompense suprême. Il n’y a qu’à se souvenir du visage de Blocher il y a quatre ans: il avait l’air d’un homme brisé.»

Défaite en 1999

Le 15 décembre 1999, lors du dernier renouvellement du Conseil fédéral par le Parlement, Christoph Blocher avait tenté de se faire élire au détriment d’un des deux ministres socialistes. Résultat: 58 voix, les 50 du groupe UDC et 8 glânées ailleurs.

Pour Fredy Gsteiger, il est très vraisemblable que Christoph Blocher ne s’avoue même pas à lui-même qu’il ambitionne le Conseil fédéral.

«Il a cette mentalité de sauveur qui lui fait dire qu’il se présente parce que le pays va mal. Mais surtout, c’est un vrai protestant, fils de pasteur. Or le protestantisme ne voit pas les ambitions personnelles d’un bon oeil.»

Ancien président du Parti socialiste et conseiller national de 1963 à 1997, le Bâlois Helmut Hubacher voit les déclarations altruistes de Christoph Blocher comme une expression du «théâtre électoral habituel.»

Blocher «dicte» sa ligne

«Il est de bon ton de dire qu’après une longue réflexion, on se met à disposition de son parti, déclare le Bâlois. Moi, j’ai toujours eu l’impression que Christoph Blocher voulait devenir conseiller fédéral. Son engagement même le démontre: il aime le pouvoir.»

De toute façon, poursuit l’ancien président socialiste, c’est le Zurichois qui dicte la marche à suivr au parti.

«Le parti ne fait rien qui ne plaise à Christoph Blocher. Et il le fait à la manière de Christoph Blocher, c’est-à-dire assez brutalement. L’ultimatum posé dimanche - soit Blocher est élu, soit l’UDC sort du gouvernement - n’est pas très démocratique.»

Les réactions ont d’ailleurs afflué lundi matin dans les centrales cantonales du parti. Les Argoviens et les Bernois notamment se sont plaints de la méthode et de la menace pesant sur le conseiller fédéral UDC bernois Samuel Schmid.

Helmut Hubacher est néanmoins sûr que Christoph Blocher, «politicien exceptionnel, il serait bête de le nier», ne fait rien au hasard.

«L’ultimatum pourrait être une façon d’anticiper l’échec lors de l’élection du 10 décembre», avance le socialiste.

Une quête de reconnaissance

Pour Ruedi Noser, nouveau président du Parti radical zurichois et artisan de la réconciliation entre les deux partis, la candidature de Christoph Blocher est légitime.

«Christoph Blocher est en quête de reconnaissance, estime Ruedi Noser. Il ferait tout pour cela. Mais ce serait bien qu’il se plie à une procédure de nomination plus large au sein de son parti.»

S’il s’impose sans consulter, c’est que la conscience de sa supériorité s’est «aggravée ces dernières années», affirme Fredy Gsteiger.

«Il pense que ses interlocuteurs ne sont pas à sa hauteur et c’est en partie vraie, les Hubacher, Bodenmann, Bremi ou Eisenring ne sont plus là. Mais il exagère.»

Radicalisation progressive

Helmut Hubacher se souvient, en effet, d’un Christoph Blocher cherchant le dialogue avec les autres partis.

«Au début, au Parti socialiste, on était même heureux d’être enfin face à quelqu’un de droite qui revendiquait sa position de droite. On en avait marre de ces politiciens qui faisaient semblant, avant chaque votation, d’être progressiste!»

Après le rejet de l’Espace économique européen, victoire de Christoph Blocher, Helmut Hubacher a cependant vu le tribun zurichois se radicaliser.

«Pour moi, dit Helmut Hubacher, la rupture a été son assimilation du PS avec le nazisme et le stalinisme». Aux yeux du Bâlois, Chistoph Blocher avait alors perdu tout sens de la mesure, plus rien ne freine ses provocations.

Des vexations qui l’isolent

Un constat que dresse aussi Fredy Gsteiger: «Il a blessé tellement de monde, parfois devant les caméras, qu’il se retrouve isolé au Parlement».

«Beaucoup de parlementaires pourraient accepter un deuxième siège UDC, mais ils auraient énormément de peine à élire Christoph Blocher, dont ils se sentent sous-estimés», ajoute le journaliste.

Quant à savoir si son accession au Conseil fédéral «calmerait» l’esprit querelleur du Zurichois, beaucoup d’observateurs renvoient à son activité d’entrepreneur.

«Manifestement, à EMS Chimie, Christoph Blocher tient un discours factuel, il délègue les tâches, il sait diriger sans agresser les gens», dit Fredy Gsteiger.

Et s’il subit une nouvelle gifle, le 10 décembre? «Il fera semblant que ça ne le touche pas, prévoit le journaliste. Il dira qu’il n’est pas là pour son plaisir et s’engagera encore plus fort dans la politique.»

swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Zurich

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