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Le comptage des votes apprivoise même les démocraties sauvages

Les États-Unis sont une «démocratie sauvage». Getty / The Denver Post, Medianews Group.

Il a fallu aux États-Unis cinq longues semaines pour compter toutes les voix exprimées au cours de l’élection présidentielle. Ailleurs, le processus est plus rapide. En Suisse, par exemple, de nombreux votes sont pesés plutôt que comptés.

Ce contenu a été publié le 19 décembre 2020 - 00:00
Bruno Kaufmann

Les Américains ont finalement voté pour un changement clair à la Maison-Blanche, avec le taux de participation le plus élevé de l'histoire du pays. Ces dernières semaines ont cependant été compétitives et exigeantes pour la plus ancienne démocratie moderne du monde: «Cette année, j'étais si nerveuse avant l'élection que je me suis inscrite pour être scrutatrice», explique Denise LeGree.

Cette courtière en assurances d'Atlanta, âgée de 58 ans, fait partie du demi-million d'agents électoraux qui ont eu cette année la tâche de comptabiliser les votes individuels. En moyenne, chaque citoyen américain a pu voter ou élire une personne à 20 reprises en 2020.

Denise LeGree et ses collègues ont dû compter les cinq millions de voix exprimées dans l'État de Géorgie non pas une, mais quatre fois. Ceci après que les avocats du candidat perdant aient déposé à plusieurs reprises des recours contestant les résultats.

Mais il y a une autre solution. Aujourd'hui, la plupart des pays du mondeLien externe organisent régulièrement des élections et des référendums. Il existe des principes clairs pour que les votes soient «libres, équitables et démocratiques» - par exemple dans le Pacte relatif aux droits civilsLien externe des Nations unies (article 25, 1966) et la Convention européenneLien externe (article 3 prot, 1952). En outre, dans de nombreux endroits, les résultats peuvent être annoncés dans les heures qui suivent la fermeture des bureaux de vote, sans avoir à remettre en question la fiabilité du décompte. C'est notamment le cas au sein de démocraties dynamiques telles que Malte, Taïwan et la Suisse.

Malte: le jour des élections, une urgence pour les forces armées nationales

À Malte, les forces armées de l'État insulaire sont déployées lors de votations ou d’élections. À Taïwan, chaque vote est publiquement cité. Et en Suisse, certains bulletins de vote ne sont jamais comptés du tout - mais sont pesés à l'aide d'équipements de précision.

Par rapport aux États-Unis, les trois pays mentionnés ci-dessus sont beaucoup plus petits en termes de superficie et de population, mais il existe également des similitudes intéressantes. Comme aux États-Unis, les groupes violents ont longtemps dominé les événements politiques à Malte et à Taïwan. La Suisse, en revanche, est très semblable aux États-Unis dans sa structure d'État fédéraliste.

«Il y a encore quelques décennies, chaque élection à Malte s'accompagnait d'affrontements sanglants», se rappelle Arnold Cassola, un double citoyen italo-maltais qui a siégé dans deux parlements nationaux et a également représenté Malte au Parlement européen. «Aujourd'hui, tous les bulletins de vote sont emmenés par des escortes militaires vers un lieu central où ils sont comptés sous haute surveillance», ajoute-t-il. Le taux de participation aux dernières élections législatives a été de 92%.

Taïwan: rapide, précis et transparent

Taïwan dispose également d'un processus de contrôle public systématique du processus de comptage. Dans l'État insulaire, chaque vote reçu est brandi par un agent électoral, puis un représentant de la commission électorale nationale déclare haut et fort pour quel candidat ou quel objet ce vote doit être comptabilisé. À ce moment-là, les observateurs peuvent soulever des objections. Et finalement, le vote est attribué à un candidat, un parti ou un camp de vote.

Malgré ce comptage transparent et précis, les quelque 23 millions de Taïwanais n'ont pratiquement jamais besoin de faire preuve de patience. Et si les résultats - comme ce fut le cas lors de la récente super journée de vote avec dix projets de loi nationaux - ne peuvent être publiés le soir du vote, le directeur des élections doit démissionner.

Une agente électorale remplit une feuille de comptage lors du décompte des votes pour l'élection présidentielle à Taïwan, le 11 janvier 2020. Copyright 2020 The Associated Press. All Rights Reserved

Suisse: confiance dans les balances de précision

Alors qu'à Malte et à Taïwan, les autorités électorales centrales sont responsables de l'ensemble du processus de vote, en Suisse, comme aux États-Unis, celui-ci est en grande partie organisé par les juridictions locales. Néanmoins, le dimanche soir des dernières votations fédérales, le service d'information de la Chancellerie fédérale qui coordonne les opérations a déjà pu annoncer via son application: «Tous les votes ont été comptés.»

L'utilisation de balances de précision, autorisée dans tout le pays depuis 2003, explique en grande partie cette efficacité. En d'autres termes, en Suisse, de nombreux votes ne sont pas du tout comptés, mais pesés. «Ces appareils sont beaucoup plus précis que les compteurs de votes», déclare par exemple Roger Andermatt, le secrétaire municipal d'Arth. En tant que responsable des élections et de cette commune du canton de Schwyz, il est bien placé pour le savoir, surtout que les 10’000 habitants d'Arth votent souvent et avec diligence. Depuis 2015, ils se sont prononcés sur 88 sujets et élections différents.

En Suisse, les bulletins de vote sont pesés. Keystone / Peter Klaunzer

Selon la Chancellerie fédérale (autorité électorale fédérale de la Suisse), l'assurance qualité est garantie comme suit: «Les balances de précision utilisées pour le comptage des voix doivent être contrôlées et approuvées par l'Office fédéral de métrologie et d'accréditation conformément à la loi fédérale sur la métrologie et à l'ordonnance sur l'étalonnage. Les offices cantonaux des poids et mesures sont chargés de vérifier et d'étalonner les appareils de mesure.»

Et il y a autre chose qui contribue à l'annonce rapide des résultats d’un vote en Suisse: «Il y a trop de votes et trop de litiges de fond en Suisse pour être rancunier», a déclaré la ministre de la Justice du pays, Karin Keller-Sutter, le 29 novembre, après l'annonce du résultat extrêmement serré de l'initiative sur des entreprises responsables.

Les États-Unis sont une «démocratie sauvage»

En Amérique, la nervosité et l’agitation sont très présentes lorsque les électeurs sont appelés aux urnes. Des milliards sont versés dans des campagnes et des procédures juridiques.

Pour l'historienne Tracy Campbell, ce n'est pas un hasard: «L’achat de voix, la destruction d’urnes, la falsification de bulletins ou de bureaux de vote, tout comme l’intimidation d’électeurs font partie de notre histoire.»

De plus, le système électoral américain est composé de plus de dix mille entités juridiques largement indépendantes. Cette division complexe du pouvoir rend la fraude électorale organisée à l'échelle des États-Unis – comme Donald Trump l'a affirmé à plusieurs reprises - presque impossible. Toutefois, avec ce système, les déficiences locales du processus électoral sont difficiles à résoudre, comme la discrimination à l'encontre de certains groupes d'électeurs.

En outre, les Américains perçoivent eux-mêmes leur pays comme une «démocratie sauvage et désordonnée». C’est la formulation qu’avait utilisé le sociologue Charles Tilly après les élections controversées en Floride en 2000 (lorsque la Cour suprême a finalement accordé la présidence au républicain George W. Bush malgré la perte du vote populaire). Charles Tilly estime que les Américains préfèrent «la lutte pour le pouvoir menée par tous les moyens nécessaires» à une «tyrannie non violente».

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