Comment les agriculteurs s’adaptent au changement climatique
Tantôt insuffisante, tantôt excessive: la gestion de l’eau devient un défi croissant pour l’agriculture. Pour y faire face, les agricultrices et agriculteurs recourent à des approches anciennes et nouvelles pour retenir et distribuer l’eau.
En juin, une sécheresse extrême a frappé de larges parties de la Suisse. Cela a aussi été le cas dans l’exploitation d’Urs Burri, dans la région du Napf, dans le canton de Lucerne. Sur sa ferme d’Elbach, il cultive principalement des prairies pour ses vaches. Mais produire suffisamment de foin pour l’hiver devient de plus en plus difficile avec le changement climatique.
«Les pluies sont aujourd’hui bien moins régulières, explique Urs Burri. En peu de temps, on reçoit énormément d’eau, puis plus rien pendant longtemps.» Dès que le soleil revient, la chaleur est immédiate et intense. Combiné à un vent chaud, le sol se dessèche rapidement.
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En tant qu’agriculteur, il en ressent les effets directement. Son revenu dépend du déroulement de la saison, et notamment de la nécessité ou non d’acheter du fourrage supplémentaire.
C’est pourquoi Urs Burri a réagi il y a deux ans et demi, en creusant de premiers fossés d’infiltration. Ces tranchées, appelées aussi keylines, sont aménagées en hauteur sur les pentes. Quand il pleut, elles se remplissent rapidement d’eau, ce qui amortit les fortes précipitations et réduit l’érosion. L’eau s’infiltre ensuite lentement dans le sol à partir du fossé.
Retenir l’eau plutôt que la perdre
Ce printemps, Urs Burri a également aménagé un bassin de rétention, un réservoir et des conduites de drainage spéciales. Leur but: capter l’eau, la stocker et la redistribuer lors des périodes sèches. Le principe est le suivant: des tuyaux percés sont raccordés au réservoir et au bassin. En cas de besoin, Urs Burri peut les ouvrir pour irriguer les pentes situées en contrebas, afin que l’herbe ne brunisse pas.
La recherche en appui
Les mesures mises en place sur la ferme d’Urs Burri s’inscrivent dans le projet «Slow Water» de l’Office fédéral de l’agriculture. Au total, 110 exploitations des cantons de Lucerne, Bâle-Ville et Bâle-Campagne y participent. Toutes mettent en œuvre diverses mesures, allant des bassins d’infiltration aux cultures intermédiaires, en passant par la plantation d’arbres et de haies.
L’ensemble est suivi sur le plan scientifique par les deux hydrogéologues Oliver Schilling et Paul Southard de l’Université de Bâle. Leur mission est de déterminer l’impact de chaque mesure sur l’humidité du sol et les pics de ruissellement.
Il s’agit de zones présentant des roches karstiques dans le Jura ou du Nagelfluh dans la région du Napf, où l’eau s’infiltre rapidement. Des zones où les nappes phréatiques sont souvent absentes et où les sources tarissent vite en période de sécheresse.
Ce sont aussi des régions où les cours d’eau importants manquent. Les petits cours d’eau ne peuvent plus être sollicités en période de sécheresse. Il n’y a donc pas d’autre solution pour s’approvisionner en eau lorsque les précipitations estivales font défaut. C’est pourquoi il est particulièrement important, dans ces régions, de retenir l’eau et de la stocker dans le sol.
Les chercheurs ont installé des dizaines de capteurs mesurant les précipitations, l’humidité du sol, les niveaux d’eau et les débits. Ils utilisent également des modèles de calcul pour transposer les résultats à d’autres régions. «Notre objectif est d’établir une carte à l’échelle nationale pour les zones agricoles, afin d’évaluer l’importance potentielle de chaque mesure», explique Oliver Schilling. Car l’effet varie selon la nature de la roche, du sol, de l’hydrologie, de la pente et de l’exposition.
Un intérêt fort, une urgence réelle
«L’intérêt pour ces informations est grand», souligne l’hydrogéologue. De nombreuses exploitations et cantons souhaitent mettre en place des mesures face à la sécheresse croissante et aux épisodes de précipitations intenses plus fréquents. Certains sont déjà actifs. Oliver Schilling lui-même pilote un autre projet dans le Seeland, où il s’agit de mieux organiser l’utilisation des eaux souterraines pour sécuriser l’irrigation de la culture maraîchère intensive.
Avec le réchauffement climatique, les besoins en irrigation de l’agriculture augmentent. Mais il est difficile d’en estimer précisément l’ampleur, indique l’hydrologue Petra Schmocker-Fackel de l’Office fédéral de l’environnement. L’une des raisons est que l’on ne sait pas exactement quelle quantité d’eau est aujourd’hui utilisée pour l’irrigation. Il n’existe que des estimations, issues d’enquêtes et de modèles, sans données précises.
Jusqu’ici, cette question n’avait guère d’importance en Suisse, «château d’eau» de l’Europe. Aujourd’hui, la situation a changé. C’est pourquoi l’Office fédéral de l’environnement mène actuellement plusieurs projets et études pour combler ce manque de données – y compris pour l’industrie, où les chiffres précis font également défaut. Ces données sont essentielles pour anticiper d’éventuelles pénuries d’eau en été, souligne Petra Schmocker-Fackel: «Si je sais combien l’agriculture, l’industrie, les centrales électriques et l’approvisionnement en eau potable consomment, je peux décider ou établir des priorités quant à la quantité d’eau attribuée à chacun.»
De son côté, l’agriculteur Urs Burri pense déjà à la prochaine étape: collecter l’eau de pluie depuis le toit de ses bâtiments, pour mieux se préparer encore aux périodes de sécheresse prolongée.
Texte original en allemand, version française adaptée et vérifiée par Dorian Burkhalter
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