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Le tribunal de l'Histoire

Quand la Guadeloupe se rebellait contre Bonaparte l'esclavagiste. Détail de l'affiche de «Sucre amer»

Paru en 1998, le film «Sucre amer», de Christian Lara, évoque la rébellion d'une autre île des Caraïbes, la Guadeloupe.

Ce contenu a été publié le 24 mars 2003 - 16:17

Quand un tribunal du présent juge les acteurs du passé...

Une plage de Guadeloupe, si exotique. Un peu plus loin, quelques indigènes, et leur parler créole, si exotique également. Hôtel chic et ti-punch à gogo. Soleil, farniente. Pour le touriste, «Matouba» n'est plus que le nom de l'eau minérale qui accompagne ses repas, à l'ombre des flamboyants...

Pourtant, «Matouba», c'est aussi la colline où, le 28 mai 1802, le colonel antillais Louis Delgrès se suicida, avec quelque 400 compagnons, face aux troupes bonapartistes.

Bonaparte, alors Premier Consul, avait décidé de supprimer le statut départemental des Antilles, de réintroduire le «code noir», et donc de priver les afro-antillais des droits que la Révolution leur avait accordés. Retour à la case «esclave». Liberté, égalité, fraternité? Un épisode que les manuels d'histoire ne soulignent guère.

Sucre amer

Dans «Sucre amer», un téléfilm de Christian Lara, un tribunal contemporain juge le cas du Commandant Ignace (interprété par Jean-Michel Martial), officier antillais de l'armée française qui, après avoir connu le statut d'homme libre et combattu les Anglais sous le drapeau français, se rebella - comme Louis Delgrès - contre le diktat de Bonaparte.

Ignace fut abattu à Baimbridge - même si c'est sur les pentes de la Soufrière que Christian Lara a reconstitué son dernier combat. Mais c'est dans une salle d'audience parfaitement moderne que l'essentiel du film se déroule.

Un tribunal contemporain est chargé de juger son cas. Avec l'aide de jurés et de témoins dont la plupart appartiennent à l'Histoire: l'écrivain antillais Privat D'Anglemont, le très borné Général Richepance, Louis Delgrès, Victor Schoelcher (l'homme qui, en 1848, parvint à obtenir l'abolition de l'esclavage en France), et même la Martiniquaise Marie Rose Josèphe Tascher de la Pagerie, plus connue sous le nom de Joséphine de Beauharnais.

Face à l'Histoire, et surtout, à l'aulne des Droits de l'Homme, Ignace sera-t-il réhabilite? Les manuels ont manipulé la vraie Histoire, et en ont occulté une lourde partie, c'est ce que nous rappelle «Sucre amer».

La prochaine fois que vous passerez des vacances en Guadeloupe (mais aussi en Martinique, en République dominicaine, en Caroline du Sud ou au Brésil), peut-être le regard que vous porterez sur ce et ceux qui vous entourent ne sera-t-il plus tout à fait le même.

swissinfo, Bernard Léchot

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