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Les deux camps dans la rue, Maduro crie au coup d’Etat

Nicolas Maduro en grande discussion lundi avec son ministre de la défense Vladimir Padrino Lopez KEYSTONE/EPA EFE/MIGUEL GUTIERREZ sda-ats

(Keystone-ATS) A quelques heures des retrouvailles entre oppposants et partisans du président Nicolas Maduro dans les rues de Caracas, le chef de l’Etat vénézuélien a relancé ses accusations de putsch. Les Etats-Unis sont dans son viseur.

“Les Etats-Unis” et notamment “le département d’Etat ont donné leur feu vert et leur approbation à un processus putschiste effronté en vue d’une intervention au Venezuela”, a affirmé Nicolas Maduro mardi soir dans son palais de Miraflores, à Caracas, lors d’une réunion diffusée à la radio et la télévision.

Cette accusation suit la déclaration du porte-parole du département d’Etat américain, Mark Toner, qui avait adressé une sévère mise en garde aux autorités de Caracas en les appelant à cesser de réprimer les manifestations de l’opposition.

En moins de trois semaines, l’actuelle vague de manifestations a fait cinq morts et des dizaines de blessés. L’opposition dénonce la répression des forces de l’ordre qui ont arrêté plus de 200 personnes.

Dans le même registre, Nicolas Maduro a estimé mardi soir que Julio Borges, le chef du parlement, dominé depuis 2015 par l’opposition, devrait être poursuivi pour “appel au coup d’Etat”. “Ce que Borges a fait aujourd’hui constitue une violation de la constitution et, pour ce fait, il doit être poursuivi”, a insisté le chef de l’Etat.

“La mère de toutes les manifestations”

Le président du parlement vénézuélien a seulement en l’occurrence appelé mardi les forces armées à être “loyales” à la Constitution en laissant les opposants défiler pacifiquement mercredi. Une référence à la “loyauté inconditionnelle” à Nicolas Maduro proclamée lundi par le chef des armées et ministre de la défense, Vladimir Padrino Lopez.

Assurant ne pas leur réclamer une “rébellion” ni “un coup d’Etat”, M. Borges a demandé aux militaires de “cesser les abus”, “le harcèlement” et “la répression”.

Pour les antichavistes (du nom d’Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013), qui ont promis “la mère de toutes les manifestations” ce mercredi, il s’agira de la sixième mobilisation depuis début avril, en faveur d’élections anticipées et en défense du parlement, la seule institution qu’ils contrôlent.

Dans ce pays qui est l’un des plus violents au monde, la précédente série de protestations anti-Maduro en 2014 s’était soldée par un bilan officiel de 43 morts.

“Déborder les rues”

L’opposition a défini 26 points de départ de la manifestation, qui tentera de parvenir jusqu’aux bureaux du Défenseur du peuple, situés dans le centre de Caracas et considérés comme un bastion chaviste.

Les autorités ont déjà prévenu qu’elles ne laisseraient pas les manifestants aller jusqu’à cette zone où aura lieu l’autre défilé, celui des partisans de M. Maduro.

“Tout Caracas sera prise par les forces révolutionnaires (pro-Maduro, ndlr), ne nous chamboulez pas ça”, a lancé Diosdado Cabello, un des dirigeants les plus puissants du parti socialiste au pouvoir, en accusant l’opposition d’encourager la violence dans la rue pour mener un coup d’Etat.

Le vice-président du parlement Freddy Guevara a appelé les opposants à “faire déborder les rues pour dire à Maduro que nous ne permettrons pas une dictature”.

Lors des précédentes protestations, ce sont justement les tentatives des forces de l’ordre pour bloquer le passage des manifestants qui avaient dégénéré en violences.

Pays voisins inquiets

Inquiets, onze pays latino-américains avaient demandé lundi à Caracas de “garantir” le droit de protester pacifiquement, un appel qualifié par le gouvernement vénézuélien d'”ingérence grossière”.

Le président de la Colombie voisine, Juan Manuel Santos, avait lui aussi exprimé sa “sérieuse inquiétude”, appelant le Venezuela “à la sagesse”.

Mais M. Maduro ne semble pas prêt à calmer le jeu: après avoir annoncé le déploiement de militaires en prévision des mobilisations de mercredi, il a décrété le renforcement des milices civiles, qui compteront 500’000 membres avec “un fusil pour chacun” en vue d’une éventuelle “intervention étrangère”.

Cette vague de protestations avait démarré le 1er avril dernier après la décision de la Cour suprême, réputée proche de Nicolas Maduro, de s’arroger les pouvoirs du parlement, déclenchant un tollé qui l’a poussée à faire machine arrière 48 heures plus tard.

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