Libye: la Suisse affiche sa solidarité à Bruxelles

Simonetta Sommaruga a tenu à envoyer un signal fort à ses voisins européens. Keystone

Alors que l'UE envisage une «intervention militaire à titre humanitaire» en Libye, la ministre suisse Simonetta Sommaruga a témoigné jeudi à Bruxelles de la «solidarité» de Berne à l’égard des pays qui redoutent une arrivée massive de migrants en provenance d’Afrique du Nord.

Ce contenu a été publié le 25 février 2011 - 12:45
Tanguy Verhoosel, Bruxelles, swissinfo.ch

Après la condamnation des actes de violence «intolérable» perpétrés par le régime de Mouammar Kadhafi et les menaces de sanctions qu’elle a proférées, l’Union européenne envisage de passer à l’action en Libye.

De hauts fonctionnaires du club communautaire ont confirmé que l’UE était en train d’élaborer un «plan d’urgence» afin de parer à toute dégradation de la situation en Libye.

«On prépare une éventuelle évacuation» massive des ressortissants des pays occidentaux qui sont bloqués dans le pays, ont-ils souligné. Dans ce contexte, la Hongrie, qui préside actuellement le club communautaire, a d’ailleurs annoncé l’activation du «mécanisme de protection civile» de l’UE, en vue de créer une flottille européenne.

Une intervention militaire?

Des moyens militaires seront certainement mobilisés dans ce contexte: «Une intervention militaire à titre humanitaire constitue un des scénarios que l’on examine.»

Cette opération, «difficile à mettre en œuvre», pourrait déborder le cadre des évacuations, pressentent d’aucuns. Pour peu que le Conseil de sécurité des Nations unies marque son accord, des moyens militaires pourraient être utilisés pour acheminer de l’aide humanitaire, faire respecter une interdiction de survol de certaines zones par l’aviation libyenne ou encore sécuriser les camps de réfugiés dans lesquels s’entassent des centaines de milliers de personnes, originaires pour la plupart d’Afrique subsaharienne et qui n’ont qu’un seul rêve: gagner les côtes européennes.

La situation de ces réfugiés, ainsi que celle des travailleurs africains présents en Libye (entre 550’000 et 1,5 million de personnes au total), inquiète l’Italie et Malte, qui sont en première ligne et redoutent un «exode biblique» de migrants – Rome a évoqué le chiffre de 300’000 personnes.

Le «signal fort» de la Suisse 

Les ministres de l’Intérieur des Vingt-Sept ont débattu hier du problème, en présence de la ministre suisse Simonetta Sommaruga, la cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP).

En tant que membre de l’espace Schengen, la Suisse participe actuellement à une mission (baptisée Hermès) que Frontex, l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures de l’Union, a déployée le 20 février dans la Méditerranée afin de lutter contre l’immigration clandestine. Deux experts helvétiques sont désormais à pied d’œuvre sur l’île de Lampedusa, où avaient débarqué quelque 5700 candidats réfugiés en provenance de Tunisie, après la chute de Ben Ali.

Un troisième est en partance et «une vingtaine» d’autres ont déjà été formés pour les suivre, si nécessaire. Pour Simonetta Sommaruga, la Suisse a ainsi envoyé un «signal fort» aux Européens: elle fait preuve de «solidarité» avec eux – et attend, bien sûr, qu’ils lui offrent la réciprocité si nécessaire.

Un fonds de solidarité

Pour Rome, toutefois, l’intervention de Frontex est insuffisante. L’Italie réclame la création d’un fonds européen de solidarité qui permettrait de l’aider à accueillir les réfugiés et «l’acceptation du principe du partage du fardeau» de l’immigration en Europe – chaque pays s’engagerait à accueillir un certain nombre de migrants sur son territoire.

«Aucune décision n’a été prise», a souligné la ministre suisse. «Il ne sert à rien de paniquer», alors que le pire ne s’est pas (encore) produit – la majorité des Etats membres de l’Union partage cet avis. «Pour le moment, il s’agit de se concentrer sur des instruments concrets comme Frontex.»

«L’envoi des trois garde-frontières s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large», a toutefois précisé l’ambassadeur de Suisse auprès de l’UE, Jacques de Watteville.

Ainsi, la Suisse «participera» au cas où des moyens financiers supplémentaires devraient être débloqués afin de faire face à un afflux de migrants. C’est qu’étant en «deuxième ligne», elle a intérêt à ce que tout se passe bien en Italie, avec laquelle elle s’est d’ailleurs engagée à «coopérer étroitement dans les mois à venir», a relevé Simonetta Sommaruga. La Suisse, en effet, veut «protéger» sa propre population contre un afflux éventuel de «criminels» dans le pays.

Afin de réduire le risque d’un afflux de migrants, la Suisse est par ailleurs déterminée à prendre ses «responsabilités humanitaires» en Afrique du Nord, où les structures étatiques sont souvent défaillantes, ce qui aggrave les problèmes «des gens qui ont besoin de protection» sur place. Elle apportera dans ce contexte son soutien à la Croix-Rouge.

Jeudi en Libye

Plus de 30’000 Tunisiens et Egyptiens ont fui la Libye depuis lundi et passé les frontières terrestres du pays pour rentrer chez eux, a indiqué l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui table sur des dizaines de milliers de personnes à assister.

L'Union européenne a commencé à mobiliser ses moyens navals militaires pour évacuer ses quelque 6000 ressortissants en Libye.

Dix personnes ont été tuées et des dizaines d'autres blessées dans l'assaut donné par les forces de sécurité libyennes contre la ville de Zawiyah au sud de Tripoli, selon un bilan provisoire publié par un journal libyen.

Les forces fidèles à Mouammar Kadhafi ont lancé une contre-offensive dans l'ouest de la Libye, où plusieurs villes, comme Misrata, échappent semble-t-il désormais au contrôle du régime.

Dans un message audio diffusé par la télévision libyenne, Mouammar Kadhafi a estimé que les manifestants les intérêts du chef d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden, affirmant par ailleurs que son pouvoir n'était que «moral».

Le président américain Barack Obama a rompu son silence sur la Libye, appelant le monde à s’unir contre une violence «scandaleuse».  

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