Un ministre d’Obama hanté par l’affaire Marc Rich
Barack Obama a nommé Eric Holder ministre de la Justice. Cet ancien ministre adjoint du temps de Bill Clinton a été impliqué dans la grâce controversée de Marc Rich en 2001. Une affaire qui pourrait desservir Eric Holder pendant le processus de confirmation au Sénat.
Pour conduire sa politique en matière de sécurité nationale, Barack Obama a aligné lundi une équipe chevronnée, emmenée par Hillary Clinton qui obtient le poste le plus prestigieux au sein du gouvernement américain, celui de ministre des Affaires Etrangères.
Apparaissant aux côtés de Barack Obama et d’Hillary Clinton lundi, figurait en particulier Eric Holder, que le futur locataire de la Maison Blanche a nommé à la Justice.
Eric Holder est l’ancien ministre adjoint de la Justice de Bill Clinton et le premier Noir à être appelé à diriger ce ministère. Il aura notamment pour mission de fermer la prison de Guantanamo et d’assurer une meilleure conformité des méthodes d’interrogatoire des suspects de terrorisme avec les Conventions de Genève.
«Eric Holder s’est distingué en tant que procureur, magistrat et haut responsable gouvernemental et il est profondément au fait des défis auxquels nous faisons face dans le domaine de la police et de la justice, du terrorisme au contre-espionnage, de la criminalité en col blanc à la corruption», a affirmé Barack Obama qui, avec son gouvernement, prendra ses fonctions le 20 janvier.
Pour sa part, Eric Holder a assuré qu’il pourchassera des foudres de la justice, non seulement les «terroristes», mais aussi «les criminels qui sont parmi nous, qu’ils agissent dans la rue ou dans les conseils d’administration des entreprises». Eric Holder a également exprimé sa «confiance» à l’idée de pouvoir jouir du soutien de «ceux issus des deux partis que je connais et respecte au Congrès».
Des soucis en perspective?
Mais, si Eric Holder a des amis tant du côté républicain que du côté démocrate, il est le nominé de Barack Obama qui pourrait rencontrer les plus grandes difficultés lors du processus par lequel le Sénat doit confirmer ou non les choix ministériels du successeur de George Bush.
Certains élus républicains et des commentateurs conservateurs tels que Sean Hannity de la chaîne de télévision Fox reprochent en effet à Eric Holder d’avoir joué un rôle crucial dans la grâce de Marc Rich, que Bill Clinton avait signée dans les dernières heures de son dernier jour à la Maison Blanche, le 20 janvier 2001.
A l’époque, le magnat du négoce international de matières premières, réfugié en Suisse depuis 1983, était sous le coup d’une condamnation pour fraude fiscale et pour commerce avec l’Iran malgré les sanctions imposées par les Etats-Unis contre ce pays. Grâce présidentielle aidant, il évitait plusieurs dizaines d’années de prison et le remboursement des 48 millions de dollars qu’il était accusé d’avoir soustrait au fisc.
Certains procureurs qui avaient poursuivi Marc Rich, mais aussi des élus du Congrès, démocrates aussi bien que républicains, avaient immédiatement accusé Eric Holder d’avoir conféré avec l’avocat de Marc Rich, Jack Quinn, un ancien de l’Administration Clinton, pour faire amnistier un homme dont l’ex-femme, Denise Rich, mère des trois enfants du magnat américain, était une donatrice du Parti Démocrate.
Une «question d’équité»
Lors d’une enquête parlementaire effectuée en février 2001, Eric Holder avait indiqué sous serment qu’il avait accueilli la demande de grâce de Marc Rich avec une attitude «neutre, avec un penchant favorable». Mais la commission d’enquête avait conclu que Eric Holder avait joué un rôle crucial dans la grâce de Marc Rich et n’avait pas respecté les procédures d’amnistie du ministère de la Justice.
Aujourd’hui, Arlen Specter, le républicain de plus haut rang à la commission judiciaire du Sénat devant laquelle se déroulera le processus de confirmation de Eric Holder en tant que ministre de la Justice, prévient que «la grâce de Marc Rich est un facteur qui figurera au centre des débats». De son côté, le député Dan Burton, le républicain qui présida la commission d’enquête en 2001, accuse Eric Holder d’avoir «tourné la vérité»en jurant sous serment qu’il s’était montré «neutre» face à la requête de Marc Rich.
Les républicains n’ont pas le nombre de voix nécessaire pour bloquer la nomination de Eric Holder, les démocrates ayant élargi leur majorité pendant les législatives qui ont eu lieu le même jour que les présidentielles. Mais les républicains pourraient se servir de l’affaire Rich pour ternir l’image de M. Holder et celle de Barack Obama.
En effet, quand il était encore sénateur, M. Obama avait déposé une proposition de loi qui prévoit de renforcer la lutte contre la fraude fiscale et qui vise la Suisse et une trentaine d’autres pays.
«C’est une question essentielle d’équité», déclarait M. Obama en présentant le texte en février 2007. «Nous devons sanctionner les individus et entreprises qui violent notre droit fiscal pour que ceux qui travaillent dur et respectent les règles du jeu ne soient pas désavantagés».
swissinfo, Marie-Christine Bonzom à Washington
Né le 21 janvier 1951 à New York de parents immigrés de la Barbade, Eric Holder est un ami de Barack Obama.
Barack Obama l’avait nommé membre du comité de sélection qui l’a aidé à choisir Joseph Biden pour vice-président.
Il partage l’avis de Barack Obama sur de nombreux points: opposé au Patriot Act et à l’usage de la torture dans la lutte contre le terrorisme, il est favorable à la fermeture de la prison de Guantanamo.
Contrairement à Barack Obama, il est catégoriquement opposé à la peine de mort.
Eric Holder fut le premier Noir à devenir ministre adjoint de la Justice (1997-2001).
Si sa nomination est confirmée par le Sénat, il sera le premier Noir à occuper le poste de ministre de la Justice aux Etats-Unis.
Né à Anvers le 18 décembre 1934 sous le nom de Marc Reich, il est ressortissant israélien, espagnol et américain, bien que, selon certaines sources, il aurait renoncé à la citoyenneté américaine pour obtenir l’espagnole.
En 1983, cet important négociant en matières premières se trouvait en Suisse quand il fut inculpé de fraude fiscale et de commerce illégal avec l’Iran et n’est jamais retourné aux Etats-Unis depuis.
Il fut gracié par Bill Clinton au dernier jour de sa présidence, le 20 janvier 2001, alors que Eric Holder était ministre adjoint de la Justice.
Bill Clinton a justifié l’amnistie de Marc Rich en indiquant notamment qu’il avait reçu des appels à la clémence de la part du premier ministre israélien Ehoud Barak et du Roi d’Espagne, Juan Carlos.
Marc Rich dirige un groupe de sociétés basé en Suisse; l’une d’entre elles, Glencore, a été accusée d’être impliquée dans le scandale entourant le programme «Pétrole contre Nourriture» en Irak géré par l’ONU. Mais en mars 2008, le Ministère public suisse a suspendu son enquête, n’ayant découvert aucun indice corroborant la thèse d’un comportement répréhensible.
Après avoir longtemps vécu à Zoug, Marc Rich s’est installé à Meggen, canton de Lucerne. Il a aussi une maison à St Moritz et une autre à Marbella, en Espagne.
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