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A droite, la fusion du grand et du petit

Keystone

A Berne les «cousins» radicaux et libéraux ont entériné samedi leur fusion. A l'unanimité pour les premiers, avec quelques réticences pour les seconds. Pendant ce temps, socialistes, démocrates-chrétiens et Verts tenaient également leurs congrès, sur la crise financière pour les uns, sur le nucléaire pour les autres.

«Je ne veux pas que les idées libérales soient portées au niveau national par une espèce en voie de disparition». Le trait de l’ancien député Jacques-Simon Eggly résume bien l’inquiétude des libéraux.

Car aujourd’hui, le parti qui fut historiquement le premier à défendre l’idéal républicain dans l’ancienne Confédération, avant l’avènement en 1848 de l’Etat radical, n’a plus que quatre sièges au Parlement fédéral et n’est réellement une force politique qu’en Suisse romande et à Bâle – d’où sont venues les quelques voix opposées à la fusion.

Mais l’opinion générale est bien que les décisions politiques sont toujours plus prises au niveau national et que sans parti suisse fort, les partis cantonaux auront du mal à se maintenir.

«Nous sommes dans une famille de pensée et non dans des partis uniformes, a souligné Serge Beck, ancien député lui aussi. Nous avons besoin d’une nouvelle dynamique au sein des porteurs des idées libérales».

Devenir numéro deux

Le nouveau Parti libéral-radical vise la place du Parti socialiste comme 2e formation de Suisse. Dans un discours à deux voix, les présidents radical Fulvio Pelli et libéral Pierre Weiss ont fait un appel du pied aux électeurs, anciens et actuels, de l’UDC (nationaliste), pour qu’ils rejoignent le «pôle libéral» de la Suisse.

Pour les deux hommes, le pays a besoin aujourd’hui de valeurs comme la liberté, la responsabilité personnelle, le travail et l’humilité. Des règles qui sont toujours davantage bafouées, a déploré Fulvio Pelli.

«Blospel»

Et le président radical de pointer du doigt les «amis» Blocher (ancien ministre UDC) et Ospel (ancien patron de la banque UBS, pour laquelle le gouvernement a dû présenter un plan de sauvetage de 68 milliards de francs), «qui ont tant porté atteinte à ces valeurs».

«Blospel veut dire bafouer l’Etat, a lancé Fuvio Pelli. Le Blospel a poussé UBS dans les bras, hier honnis et aujourd’hui bénis, de la Confédération et de la Banque nationale suisse. Et cela par simple culture du profit immédiat».

Deux résolutions socialistes

La crise était aussi au menu du congrès du Parti socialiste à Aarau, qui a adopté à l’unanimité deux résolutions.

La première demande à la Confédération de garantir qu’il n’y aura pas d’argent du contribuable utilisé pour des bonus de managers. Une UBS alimentée par l’Etat ne devrait verser aucun salaire supérieur à celui d’un conseiller fédéral (ministre).

La direction du Parti proposait de fixer le salaire maximal à un million de francs, mais la base a préféré la variante fixant comme plafond un salaire de conseiller fédéral, soit un peu plus de 400’000 francs suisses.

La deuxième résolution exige un paquet de mesures conjoncturelles. Par ailleurs, la Banque nationale devrait baisser ses taux. Seuls des taux d’intérêt bas offriront des conditions supportables à la place économique, particulièrement aux PME, estime le PS.

«Populisme»

Les démocrates-chrétiens (PDC) soutiennent quant à eux le paquet de mesures en faveur de la place financière et dénoncent le «populisme» du PS qui le refuse.

Réunis en congrès samedi à Berne, les délégués ont entendu leur président Christophe Darbellay marteler qu’«il ne faut pas récompenser ceux qui réalisent des bénéfices à court terme tout en prenant des risques totalement déraisonnables à long terme».

Et rappeler que l’économie est au service des hommes et que quelques entreprises doivent «réapprendre ce qui devrait être une évidence».

Selon le PDC, les mesures gouvernementales ne doivent pas se limiter aux banques, mais surtout mieux protéger les épargnants et les détenteurs d’avoirs de vieillesse. Ainsi, la protection des épargnants doit être portée de 30’000 à 100’000 francs.

Les Verts en campagne contre le nucléaire

Dernière manifestation politique de ce samedi enfin, le Parti écologiste suisse a lancé à Baden sa campagne anti-nucléaire. Au coeur de la région qui abrite la plupart des réacteurs du pays, les délégués ont affiché leur résolution à combattre toute nouvelle centrale, que ce soit par référendum ou par des actions.

Les délégués ont également approuvé une résolution présentant dix mesures pour promouvoir l’électricité verte et l’efficacité énergétique. Ainsi, «nous montrons clairement que nous nous opposons tant au réchauffement climatique qu’aux risques nucléaires», clament les Verts.

Avant l’assemblée, une centaine de délégués s’étaient rassemblés devant le siège de la société Axpo, qui projette de construire de nouvelles centrales nucléaires. Ils y ont été accueillis par un apéritif servi par des employés d’Axpo vêtus de vert, auxquels ils ont ont remis à une lettre ouverte à la direction, la priant de renoncer à la construction de nouvelles centrales et d’investir dans les énergies renouvelables.

swissinfo et les agences

Les partis qui fusionnent aujourd’hui sont les deux plus anciens du pays.

Le libéralisme, tant politique qu’économique, s’est développé en Suisse dès le début du 19e siècle. Au niveau politique, c’est d’abord le mouvement libéral qui s’est imposé dans plusieurs cantons vers les années 1830.

Plus à gauche que les libéraux, les radicaux ont conduit à l’instauration de l’Etat fédéral moderne en 1848, un Etat sur lequel ils ont régné pratiquement sans partage jusqu’en 1918.

Le vote de samedi marquait l’approbation «politique» de la fusion entre les deux formations. Juridiquement, le nouveau parti sera créé en 2009. Un contrat de fusion devra être approuvé lors d’une assemblée commune le 28 février 2009, avec effet rétroactif au 1er janvier.

Ce jour-là, on élira également le président de la nouvelle formation «PLR. Les Radicaux-Libéraux». Fulvio Pelli , actuel président du Parti radical, est pour l’heure le seul candidat en lice.

Le nouveau parti représentera 17,7% de l’électorat et occupera ainsi la troisième place derrière l’UDC et le PS. De quoi revendiquer clairement un deuxième siège au gouvernement face aux intentions du Parti démocrate-chrétien, quatrième force politique du pays.

La ministre socialiste des Affaires étrangères Micheline Calmy- Rey soutient les doléances de son parti au sujet de la crise financière. Devant ses camarades à Aarau, elle a reconnu samedi que le paquet de mesures du Gouvernement «peut certainement être amélioré».

Elle a dit vouloir elle aussi des règles plus strictes sur les rémunérations dans les banques. Comme le PS, elle a exigé que «ceux qui ont mal conduit les affaires rétrocèdent leurs bonus et autres parachutes dorés».

Micheline Calmy-Rey souhaite en outre des contreparties sous forme d’actions à l’engagement de l’Etat pour UBS. Et elle aimerait que la société créée par la BNS soit localisée ailleurs qu’aux îles Caïman.

«Reste, camarades, que je suis convaincue que les opérations de sauvetage menées ces dernières semaines se justifiaient pour éviter le pire», a-t-elle conclu.

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