Les conséquences imprévisibles d’un retrait prévisible
Tous les journaux suisses commentent ce matin la démission du ministre de la défense Samuel Schmid, que personne ne semble vraiment regretter. Reste à savoir comment son ex-parti, l'UDC (droite nationaliste) va gérer son retour annoncé au pouvoir.
«La fin amère de Schmid», titre le Bund, qui rappelle «les critiques douloureuses et frustrantes» endurées depuis des mois par un ministre qui ne pouvait plus compter sur un groupe parlementaire et se trouvait «sans poids ni soutien politique». Un ministre dont le quotidien bernois qualifie toutefois le bilan politique de «meilleur que ce que l’on dit».
A l’opposé, La Regione parle d’une «sortie honorable», qui évite à Samuel Schmid de se voir poussé dehors, mais juge son bilan «loin d’être satisfaisant». Sous l’ère Schmid écrit le quotidien tessinois, les problèmes de l’armée n’ont rien fait d’autre que de «se traîner», jusqu’à culminer avec la «ruineuse» chute de Roland Nef.
Le Corriere del Ticino estime quant à lui que ce départ «convient à tout le monde, particulièrement au ministère de la Défense, qui manquait d’un guide fiable et capable de voir loin».
Tranquille avec son chien
«Personne ne regrettera Samuel Schmid, écrit le Blick. Il a joué son rôle et maintenant, il peut tranquillement aller promener son chien au coucher du soleil».
«Il n’était pourtant ni meilleur ni pire qu’un autre conseiller fédéral. Le Parlement l’a élu parce qu’il n’était ni Blocher ni un clone du tribun zurichois, poursuit le tabloïd alémanique. Elu non par ses amis, mais par ses ennemis, à la tête d’un ministère qui n’a rien de sexy, le Bernois ne pouvait pas gagner. Et il ne l’a pas fait».
Pour la Berner Zeitung, «l’important débat sur la politique de sécurité de la Suisse peut désormais redevenir un débat sur les faits et non plus une querelle de personnes ».
La Basler Zeitung rappelle que Samuel Schmid n’était pas en délicatesse avec l’UDC uniquement depuis l’été dernier, mais qu’il l’a été durant ses huit ans au gouvernement.
«Ce retrait ouvre la porte à un retour de l’UDC au gouvernement et à une restauration de la concordance, note le journal bâlois. Ne reste plus au parti qu’à expliquer à Christoph Blocher le sens de ce mot»
Blocher n’est plus une option
La Neue Zürcher Zeitung rappelle l’UDC à sa responsabilité. Le parti qui réclame la place au gouvernement à laquelle sa force électorale lui donne droit s’est enfermé depuis une année dans «une politique stérile d’opposition».
Maintenant que «Blocher n’est plus une option», le parti doit se rappeler que la concordance «n’est pas seulement une affaire d’arithmétique», mais qu’il faut être prêt à «s’intégrer dans un collectif gouvernemental de manière constructive et loyale», avertit le quotidien zurichois.
Le Temps tire un parallèle entre Samuel Schmid et Christoph Blocher, deux hommes que tout oppose mais qui ont en commun d’avoir été «dépassés par l’histoire». «Le premier par fidélité à un code périmé de comportement et d’interprétation du combat politique et le second en raison d’un blocage obsessionnel et indépassable sur des concepts d’avant-guerre», soit essentiellement l’opposition à tout rapprochement avec l’UE.
«Le Zurichois aura fini par avoir la peau du Bernois, mais comme cela arrive souvent, les deux ennemis périssent dans le combat final», note le quotidien romand. Et Blocher «ne bénéficie sans doute plus que d’un sursis avant de tomber dans le néant politique qui est le lot de tous les anciens conseillers fédéraux».
La bonne carte
Pour 24 heures et La Tribune de Genève, ce départ pourrait marquer «la fin d’une époque», et même «le début d’une nouvelle». Mais pour cela, il faudra que l’UDC, qui a droit au siège désormais vacant accepte de «sortir de l’opposition à laquelle elle s’est elle-même condamnée» et d’«adoucir enfin ses mœurs agressives». Dès lors, les nationalistes «se fourvoieraient à représenter Christoph Blocher».
Bien au contraire, l’UDC doit «apporter la preuve de ses bonnes intentions gouvernementales», jugent les deux quotidiens lémaniques. Et le meilleur moyen de le faire serait «de renoncer à combattre l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne».
«L’UDC devra jouer la bonne carte», avertit lui aussi L’Express. Car «après avoir bouté Blocher hors du Conseil fédéral le 12 décembre dernier, socialistes et PDC ne sont pas prêts à accepter n’importe quel candidat. Même les radicaux les suivent».
Pas question donc, pour le journal neuchâtelois, de présenter un tenant de la ligne blochérienne. Mais «il semble bien qu’une majorité du parti s’est désormais rendue compte que la voie de l’opposition est un vrai cul-de-sac».
Pas de plan de bataille
«Abruptement privée de son ex-‘demi conseiller fédéral’ et souffre-douleur privilégié, l’UDC n’a pas de plan de bataille pour réintégrer le poste de commandement», écrit La Liberté de Fribourg. L’UDC qui doit maintenant «abandonner l’opposition» et «assumer son envie de pouvoir partagé». Soit en d’autres termes «tourner la page Blocher».
Le Tages Anzeiger voit dans ce retrait «une chance pour la Suisse».
Un retrait «bon pour la santé de Schmid, bon pour sa famille, puisque sa femme Verena le pousse depuis longtemps à démissionner, bon pour l’armée dont Schmid ne résout pas les problèmes , bon pour le pays, puisque ce retrait permettra de résoudre du moins partiellement le problème de la composition du Conseil fédéral, où le premier parti du pays n’est plus représenté», note le quotidne zurichois.
Pour la Neue Luzerner Zeitung également, ce départ devrait marquer un «retour à la stabilité et à la concordance, principaux atouts de la Suisse, particulièrement en ces temps de crise».
Suspense
Le Matin enfin fait remarquer que les temps ont changé depuis l’époque où «être élu au Conseil fédéral, c’était la planque».
Aujourd’hui, «on n’est plus ministre seulement parce qu’on vient du bon parti au bon moment». Une évolution due principalement à la montée de l’UDC, qui a «entraîné des dérives inquiétantes», mais également, estime le tabloïd romand, «rétabli le suspense sur la scène fédérale. Le sens de l’enjeu».
swissinfo, Marc-André Miserez
Né en 1947, il est marié et père de trois enfants.
Après ses études de droit à l’Université de Berne, il pratique le métier d’avocat et de notaire.
Il gravit les échelons politiques en commençant dans sa commune de Rüti bei Büren, d’abord comme membre du législatif puis de l’exécutif.
Il est ensuite actif au niveau cantonal. Il membre du parlement cantonal bernois de 1982 à 1993.
Dès 1994, il est présent sur la scène nationale, d’abord comme député (1994-1999) puis comme sénateur (1999-2000). En 1998-1999, il est à la tête du groupe parlementaire UDC.
Elu au gouvernement le 6 décembre 2000, il entre en fonction le 1er janvier suivant. Il a assumé le rôle de président de la Confédération en 2005.
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