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Une passionaria de la politique au perchoir

Chiara Simoneschi-Cortesi, une présidente qui vit entre Berne et Comano. Keystone

Luigi Generali était le dernier Tessinois à avoir été élu à la présidence de la Chambre basse en 1978. Désormais, une femme, la démocrate-chrétienne (PDC/centre droit) Chiara Simoneschi-Cortesi est devenue première citoyenne du pays accédant ainsi au perchoir. Interview.

Elue lundi présidente du Conseil national, Chiara Simoneschi sera la première citoyenne du pays durant un an. Elle a obtenu 134 voix sur 166 bulletins valables.

Déterminée, directe, ouverte, très compétente; tels sont quelques-uns des traits qui caractérisent Chiara Simoneschi-Cortesi. Depuis qu’elle est entrée en politique – une véritable passion – la Tessinoise a toujours défendu des thèmes essentiels, comme la politique familiale et sociale, la formation, les droits humains et l’égalité des chances pour tous. Figure marquante du parti démocrate chrétien, Chiara Simoneschi-Cortesi franchit un cap important en accédant à la présidence de la Chambre basse (Conseil national).

swissinfo: Quelles sont vos premières pensées?

Chiara Simoneschi-Cortesi: Je suis bien sûr très émue et heureuse, mais aussi consciente du devoir qui m’attend. Et j’entends l’assumer en restant fidèle au style qui est le mien, avec sérieux, conviction et passion.

Cette élection est le couronnement d’un parcours politique construit sur des valeurs en lesquelles je crois et pour lesquelles je me suis battue, comme le respect des droits de la personne, de chaque personne, la solidarité, la justice sociale et l’ouverture au dialogue.

Et j’ai une pensée pour ma famille, empreinte d’un profond sentiment de reconnaissance, ainsi que pour mes amis et amies. Je pense également à mon canton, le Tessin. Un territoire extraordinaire, qui a réalisé d’importants efforts au cours des dernières décennies pour améliorer sa situation.

swissinfo: Que représente la politique à vos yeux?

C.S.-C. : J’ai toujours envisagé la politique comme un moyen d’être au service de la collectivité, comme un instrument pour développer le bien commun et influencer la redistribution des ressources matérielles et immatérielles, avec une attention particulière pour les sujets les plus vulnérables de la société.

La politique a le devoir institutionnel de chercher et de trouver, dans un effort conjugué avec toutes les forces politiques en présence, des solutions équilibrées, qui tiennent compte de tous les intérêts en jeu.

J’ai toujours cherché – conformément aux principes de mon parti et à la doctrine de l’Eglise – à promouvoir, avec cohérence, une vision de la politique basée sur les principes éthiques et les valeurs morales, qui touche la vie sociale, la justice, la liberté, le respect de la vie et des autres droits de la personne.

swissinfo: Un thème qui vous tient particulièrement à cœur est celui de l’égalité des chances…

C.S.-C. : Je me suis toujours engagée, afin que toutes les personnes – indépendamment de leur origine sociale, culturelle, de leur âge, de leur sexe ou de la couleur de leur peau – puissent développer leur potentiel et réaliser leurs rêves, au niveau privé, professionnel et social.

C’est à ces paramètres – et pas uniquement à l’aune du facteur économique – que se mesure le bien-être d’une société. C’est le devoir de l’Etat de faire en sorte que l’accès à la formation (de base et continue), au travail et aux activités sociales, soient véritablement accessibles à tous. Mais l’individu, la famille et les associations aussi doivent remplir leur devoir.

swissinfo: Quel regard posez-vous sur la Suisse d’aujourd’hui?

C.S.-C. : Nous vivons dans un monde traversé par un flot de changements continus et toujours plus rapides, qui influencent notre mode de vie, de travailler, d’habiter la planète. Et nous devons faire face à la montée du sentiment d’insécurité, et de craintes, auquel la politique doit donner des réponses concrètes.

Ces grandes transformations ont généré des incertitudes, elles sont aussi à l’origine de la nouvelle pauvreté – dont les causes sont multiples – et des nouvelles formes d’exclusion sociale (working poor, étrangers).

swissinfo: Comment répondre à ces nouveaux défis?

C.S.-C. : Avec des politiques globales et coordonnées. Garantir la formation de base, soutenir la recherche, créer de nouveaux emplois, favoriser la présence féminine sur le marché du travail, promouvoir les moyens de concilier famille et travail, sont autant de pièces d’une même mosaïque.

Ces mesures doivent aussi être accompagnées d’un soutien ciblé, comme par exemple, celui des allocations tessinoises pour les familles, qui fait figure de modèle en Suisse comme instrument de lutte contre la pauvreté. Les politiques d’intégration des étrangers sont indispensables, afin de favoriser la cohabitation. L’intégration n’est pas un mouvement unilatéral, c’est un processus de reconnaissance réciproque dans lequel toutes les parties doivent faire un effort.

swissinfo: Allez-vous profiter de votre année de présidence pour relancer l’idée d’une Suisse comme «Willensnation»?

C.S.-C. : La Constitution de 1848 a doté notre pays d’un ensemble de normes démocratiques qui ont rendu un miracle possible. La Suisse a su développer un système politique et institutionnel qui, lorsqu’il est appliqué, nous fournit les instruments nécessaires pour affronter toutes les difficultés.

Fédéralisme, droits populaires, respect des minorités, concordance, plurilinguisme, cohésion nationale, sont autant de valeurs précieuses, réunies dans un équilibre fragile, auquel nous devons veiller avec le plus grand soin.

J’ai l’intention d’être l’ambassadrice des ces valeurs au cours de mon année de présidence. La stabilité économique, sociale et culturelle a été la richesse de notre pays jusqu’ici. Il s’agit de préserver cet équilibre et d’éviter les écueils qui nous conduiraient à nous replier sur nous même. Je tiens aussi à souligner l’importance d’un dialogue constructif, qui remette la concertation, c’est-à-dire, la force et le moteur de la culture politique, au centre du débat.

swissinfo: Comment envisagez-vous de représenter une minorité, en assumant la charge de première citoyenne du pays?

C.S.-C. : En tant que première femme de langue italienne à la présidence de la Chambre basse, d’origine bernoise et tessinoise, j’essaierai de privilégier et de rendre visibles des projets qui renforcent la cohésion nationale et l’égalité des chances pour tous.

Je rendrai visite aux communes et aux cantons qui m’inviteront et je ne cesserai jamais de répéter que le multiculturalisme et le plurilinguisme ne sont pas des éléments folkloriques mais bien des valeurs indispensables à la cohésion nationale. Et je fais partie intégrante de cette identité suisse.

Interview swissinfo, Françoise Gehring
(Traduction de l’italien: Nicole Della Pietra)

Originaire de Lugano, Chiara Simoneschi-Cortesi est née à Zurich en 1946. Elle est mère de trois enfants. La Tessinoise partage sa vie entre Berne et sa maison de Comano, près de Lugano.

Férue de politique depuis ses études en sciences politiques à l’Université de Berne, elle a gravi tous les échelons de la politique, communal (16 ans) et cantonal (députée au parlement tessinois pendant 12 ans). Elle a aussi présidé le Parlement tessinois de 1998 à 1999.

Le 24 octobre 1999, elle est élue au Conseil national et depuis décembre 2006, elle en est la vice-présidente. Chiara Simoneschi-Cortesi est membre de la Commission des Transports et Télécommunications ainsi que de la Commission de la Science, de l’Education et de la Culture.

La démocrate-chrétienne a également présidé durant plusieurs années de la Commission fédérale pour les questions féminines. Actuellement, elle préside la Fédération suisse pour la formation continue.

Enfin, l’édile est membre de la fondation «Action de Carême», de la Commission «Bioéthique» de la Conférence des évêques suisses ainsi que de la Commission d’admission au service diplomatique.

Tout au long de son parcours politique, Chiara Simoneschi-Cortesi a toujours été fidèle à ce principe, cher à John Fitzgerald Kennedy: «Ne demande jamais ce que ton pays peut faire pour toi; demande-toi ce que tu peux faire pour ton pays».

Le ou la représentant/e des Chambres fédérales dirige les délibérations de la Chambre à la présidence de laquelle il ou elle a été élu/e, soit la Chambre des Cantons (Conseil des Etats) ou la Chambre du peuple (Conseil national).

L’élu/e fixe l’ordre du jour des séances, sur la base des programmes des sessions; il/elle dirige l’Office du Conseil et assume la représentation du Conseil.

Les deux Chambres désignent un/e président/e de même qu’un/e premier/ière et un/e second/e vice-président/e pour une année. Une réélection pour l’année suivante est exclue.

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