La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Le «héros de Lima» en première ligne

Une fois de plus, le CICR aura été au cœur de l'événement. En l'occurrence, la prise d'otages qui a pris fin samedi à Moscou.

Et, ces jours derniers au théâtre Mielnikova, comme en 1996 à Lima , le délégué Michel Minnig aura été en première ligne.

La cinquantaine grisonnante, la silhouette plutôt gracile et l’expression enjouée: Michel Minnig n’a pas, mais alors pas du tout le profil d’un va-t-en guerre.

Et pourtant, en plus de quinze ans au service du Comité international de la Croix rouge (CICR), ce valaisan, politologue et licencié en Hautes études internationales s’est souvent trouvé dans l’œil du cyclone.

La liste de ses affectations suffit à s’en convaincre. Mis à part le Canada et le Kenya, on n’y trouve que des points chauds: l’Irak, le Nicaragua, le Liban, le Rwanda ou la Bosnie.

Un commando à l’ambassade

En août 1996, il est nommé chef de la délégation CICR au Pérou. Le soir du 17 décembre, il figure au nombre des invités d’une grande réception donnée à l’ambassade du Japon à Lima pour l’anniversaire de l’Empereur.

Fraîchement débarqué dans la capitale, Steven Anderson, jeune attaché de presse du CICR, se dit alors frappé par l’élégance de son patron. Il ne sait pas encore que Michel Minnig est à quelques heures de tomber le smoking pour se vêtir de l’étoffe des héros.

En pleine réception, l’ambassade est envahie par un commando du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA). Une des prises d’otages les plus longues de l’histoire moderne vient de commencer.

Porteurs d’eau et de messages

Aussitôt, Michel Minnig s’annonce aux guérilleros comme travailleur humanitaire. Il obtient la libération sans conditions de près de 300 otages, essentiellement des femmes, des enfants et des personnes âgées.

Le gouvernement péruvien et le MRTA confient alors au CICR le rôle d’intermédiaire neutre dans cette affaire. Michel Minnig et les siens vont jouer les porteurs de messages, de médicaments, d’eau et de nourriture durant les 126 jours du siège de l’ambassade.

Le 22 avril 1997, alors que les hommes du CICR viennent de quitter les lieux, l’armée péruvienne donne l’assaut. Bilan: 17 morts, soit les 14 membres du commando, deux soldats et un otage.

«Ce fut une énorme surprise pour nous. Personnellement, nous étions très concernés par la sécurité des personnes restées à l’intérieur de l’ambassade», déclare alors sobrement Michel Minnig à la chaîne américaine CNN.

Le courage de rester neutre

Telle est la règle du CICR. Un délégué doit toujours rester strictement neutre. Quelques années après l’affaire de Lima, Michel Minnig rédige pour le Revue internationale de la Croix-Rouge un long article sur le sujet.

On y lit notamment que la position des délégués ne doit pas être interprétée comme «un manque de discernement, ou pire encore, comme de la lâcheté».

Pour Michel Minnig, ces actions de bons offices sont simplement «le dernier geste que l’on peut faire à l’égard des victimes».

Un geste qui demande tout de même pas mal de courage physique. «Michel n’en manque pas, constate Giuseppe Renda, qui fut son collègue à Lima et à Bagdad. Mais c’est aussi quelqu’un de très réfléchi, qui ne prend jamais une décision sans penser d’abord à la sécurité des personnes.»

«Minnig for president»

Ultra-médiatisée, la prise d’otages de Lima fait de Michel Minnig un héros malgré lui. «Pour peu que nous portions les insignes du CICR, tout le monde dans la rue nous appelait «Michel», se souvient Giuseppe Renda.

A l’époque, un sondage d’opinion donne même le délégué suisse comme gagnant des élections présidentielles péruviennes, au cas où il aurait l’idée de s’y présenter.

Cette gloire subite est-elle montée à la tête de Michel Minnig? Apparemment pas. Mais son ancien compagnon comprend parfaitement les raisons de cette popularité.

«Michel est quelqu’un d’assez réservé, tranquille et discret, même s’il reste très ferme dans la négociation, explique Giuseppe Renda. Il sait expliquer les choses de façon très simple, avec une voix calme et ce regard bleu, plutôt rassurant. De plus, il passe très bien à la télévision.»

Retour en première ligne

Depuis cet épisode péruvien, Michel Minnig a été en poste au Canada, puis en Irak. A Moscou, il pensait trouver un peu de calme en compagnie de son épouse et de leur petite fille de trois ans.

«Dans le privé, les Minnig sont des gens très tranquilles. Ils aiment écouter de la musique, écrire, lire, discuter et approfondir des sujets», raconte Giuseppe Renda.

Mais pour l’heure, le destin semble avoir d’autres plans pour Michel Minnig.

swissinfo/Marc-André Miserez

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision