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Plus divisée que jamais, l’Amérique retient son souffle

Keystone / Ringo H.w. Chiu

L’issue de l’élection présidentielle américaine reste incertaine. Le démocrate Joe Biden semble en mesure de faire la différence, mais le président républicain Donald Trump a créé la surprise par sa capacité à résister. Les écarts entre les deux candidats sont parfois si faibles que je justice pourrait être appelée à trancher. Face à cette incertitude, les médias suisses retiennent leur souffre et commentent la situation.

Ce contenu a été publié le 05 novembre 2020 - 14:30

La télévision publique suisse alémanique résume très bien la situation en écrivant sur son site que «la lutte pour la présidence américaine a tourné à un véritable thriller électoral».

Pour siéger à la Maison Blanche au cours des quatre prochaines années, il faut réunir un minimum de 270 grands électeurs. Pour l’instant, aucun des deux candidats n’a encore atteint cette barre fatidique, mais Joe Biden est très proche du but avec 264 grands électeurs contre 214 pour Donald Trump. Le décompte encore pendant dans certains États – en particulier la Pennsylvanie avec ses 20 grands électeurs – sera donc déterminant.

Le problème, c’est que les écarts sont parfois extrêmement faibles. Ainsi, en Arizona, État qui compte 11 grands électeurs, les deux candidats sont séparés par moins de 1% d’écart. L’Arizona est certes un cas extrême, mais ce n’est pas le seul État où les écarts sont faibles.

Dans un tel contexte serré, Donald Trump a d’ores et déjà clamé sa victoire et dénoncé des «fraudes». Le président a annoncé vouloir saisir la justice pour procéder à un recomptage des voix dans certains États, ce qui pourrait ralentir l’annonce du résultat de plusieurs jours, voire semaines.

>> Témoignages de Laure et Nick, deux citoyens suisses vivant aux Etats-Unis qui attendent avec impatience les résultats:

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Jugement sévère

La plupart des commentateurs suisses jugent assez sévèrement la réaction de Donald Trump. Ainsi, le grand quotidien alémanique Neue Zürcher Zeitung estime que les déclarations du président sont «irresponsables et dangereuses».

C’est le même constat pour Josef Dittli, seul membre suisse de la mission d’observation des élections de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Dans une interview accordée au quotidien alémanique Tages-Anzeiger, celui-ci a souligné qu’avec ses déclarations, le Président joue avec le feu et que la situation pourrait dégénérer et mener à des émeutes.

«En tentant une OPA sur la victoire finale, l’homme qui tweete plus vite que son ombre cherche à imposer son narratif sur l’issue du scrutin. Il installe dans le même temps un climat potentiellement explosif», écrit pour sa part le quotidien fribourgeois La Liberté.

Une résistance surprenante

Prenant peut-être leurs désirs pour des réalités, beaucoup de médias s’attendaient à une vague démocrate et à un plus net rejet de Donald Trump de la part des électeurs américains. Les résultats des élections constituent donc une certaine surprise.

Force est donc de constater que Donald Trump a résisté au-delà des attentes. «Le président a eu un grand succès pour mobiliser les gens», constate par exemple Peter Düggeli, correspondant de télévision publique alémanique aux États-Unis.

Mais une bonne campagne électorale n’explique pas forcément tout. Certains commentateurs admettent aussi que le soutien des Américains à Donald Trump est peut-être plus important que prévu.

«Même si ses adversaires peinent à l’admettre, Donald Trump reste le porte-voix de la moitié du pays. Pas seulement pour ses outrances et ses talents de bateleur, mais aussi parce que près d’un Américain sur deux est convaincu de vivre mieux depuis quatre ans. Et persuadé que l’énergie et l’optimisme du Président sont plus utiles au pays que le retour à la décence et à l’apaisement promis par Joe Biden», commente 24 heures.

Un pays divisé

Et le quotidien vaudois d’ajouter: «Qu’ils soient vainqueurs ou vaincus dans les urnes et les tribunaux, les démocrates devront s’interroger sur leur incapacité à écouter cette Amérique qu’ils ignorent ou méprisent.»

Ce constat d’une Amérique divisée, où les deux camps adverses s’ignorent ou s’invectivent, est certainement le point qui fait le plus l’unanimité parmi les commentateurs. Ce fossé, déjà visible avant l’élection, ne s’est en rien comblé à l’issue d’élections aussi serrées et disputées.

«Profondément divisés en deux pays qui ne se parlent presque plus et qui sont devenus étrangers l’un à l’autre, les États-Unis attendent toujours leur vainqueur. Le perdant, lui, est déjà connu: ce sera eux», conclut, un brin pessimiste, La Liberté


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