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Avec la pandémie, le vote par correspondance gagne en popularité

Danny Crawford, employé de E.E. Ward Trucking, remet des bulletins de vote par correspondance vierges au service postal américain, le lundi 5 octobre 2020, à Columbus, Ohio. Copyright 2020 The Associated Press. All Rights Reserved

En dépit des critiques, l’élection par correspondance du président des États-Unis est plus importante que jamais. La crise du coronavirus y joue un rôle: se rendre dans les bureaux électoraux représente un risque et le vote à distance offre une alternative. Notre survol montre que cette tendance touche le monde entier.

Ce contenu a été publié le 30 octobre 2020 - 15:07

Une chose est déjà claire aujourd’hui: l’an 2020 entrera dans l’histoire comme une année de grande activité démocratique. En raison, ou peut-être plutôt en dépit de la pandémie mondiale, les rapports de pouvoirs sont ébranlés dans de nombreux pays. On peut le constater dans la rue - où des mouvements de protestation ont éclaté dans de nombreux pays dirigés de manière autoritaire – et dans les urnes. Dans ce contexte, il est intéressant d’observer quelles implications les restrictions imposées par le Covid-19 ont sur le fonctionnement de la démocratie et quelles mesures permettent dans ce contexte d’encourager la participation des citoyennes et des citoyens au processus de formation de l’opinion et aux élections.

Il est également clair qu’en cette époque de «distanciation physique» et de «quarantaine à domicile», se rendre aux urnes de manière traditionnelle est devenu problématique. Souvent, les locaux de vote sont exigus et il est difficile d’y respecter les mesures de protection. Par conséquent, les groupes de population à risques préfèrent rester chez eux.

Comment les différents pays répondent-ils à ce défi? Nous avons jeté un regard sur les statistiques disponibles et relevé des exemples concrets.

La participation baisse, mais pas partout

L’infographie suivante présente un aperçu des variations de la participation pour les votations nationales qui ont eu lieu depuis la pandémie par rapport aux scrutins des années précédentes.

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La participation est plus basse que d’habitude dans la majorité des pays. Mais pas partout et certains d’entre eux ont même enregistré une augmentation sensible par rapport aux années précédentes. Pour quelles raisons?

Le ‘quand’, le ‘quoi’ et le ‘comment’ sont décisifs

L’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (International IDEA) – une organisation intergouvernementale d’encouragement de la démocratie établie à Stockholm – a identifié trois aspects qui favorisent également une forte participation dans les circonstances actuelles.

  • Le moment du scrutin. Il explique en partie la hausse de la participation en Slovaquie, au Togo et en Israël. Ces élections ont eu lieu au début de la pandémie alors qu’il n’y avait pas encore, ou presque pas, de cas connus de Covid-19 .
  • Le contexte politique du scrutin. Il a joué un rôle important lors des élections au Monténégro et en Pologne. Dans les deux cas, ces élections étaient très disputées et la population leur accordait une grande importance, ce qui a eu un impact positif sur la participation.
  • L’organisation pratique du scrutin. Durant la pandémie, il est très important de minimiser les risques de contamination au cours des opérations de vote. À cet égard, les élections législatives qui ont eu lieu en avril en Corée du Sud sont considérées comme exemplaires. Alors que d’autres pays les ont reportées dans cette phase de la pandémie, elle a enregistré un taux de participation record.

L’exemple de la Corée du Sud

Ce succès est le résultat d’un paquet de mesures concrètes.

Jusque-là en Corée du Sud, seule une partie très restreinte de l’électorat pouvait voter par correspondance, que ce soit pour des votations ou des élections. Et cela, à la condition que ces citoyens se soient inscrits au préalable auprès des autorités. Mais dans ce cas, la procédure a été fortement simplifiée et les critères ont été élargis, incluant notamment les malades dans les hôpitaux et les personnes confinées ou en quarantaine.

Les autorités ont en outre dégagé deux journées supplémentaires pour le vote anticipé et ont mis en place des mesures de protection rigoureuses dans les bureaux de vote. De plus, afin de ne pas déstabiliser les électeurs avec des changements, elles ont accordé une importance particulière à la transparence et aux échanges avec les citoyens.

Le résultat a été à la hauteur: la participation a atteint des taux records, dépassant de 13% la moyenne de la dernière décennie.

Participation très haute en Suisse également

Avec une participation de près de 60%, les électeurs suisses se sont également fortement mobilisés lors des votations populaires sur des sujets concrets qui ont eu lieu à fin septembre. Ce scrutin arrive ainsi à la cinquième place des meilleurs taux de participation enregistrés depuis l’introduction du suffrage universel pour les femmes et les hommes il y a une cinquantaine d’années.

Les trois facteurs identifiés par International IDEA y ont contribué:

Le moment: en septembre, le public avait l’impression que la pandémie était à peu près sous contrôle en Suisse et, malgré les mises en garde des experts, la population était plutôt détendue. Le contexte: les votations prévues au printemps ayant été reportées en raison de la pandémie, cinq objets étaient soumis en même temps au souverain, dont plusieurs étaient très controversés. Organisation pour voter sans risque de contamination: en Suisse, le vote par correspondance est largement répandu et accepté. Selon les estimations, plus de 90% des suffrages arrivent généralement par la poste et ce taux a même dépassé 95% dans de nombreux cantons en septembre. Également parce que certains d’entre eux avaient explicitement demandé aux citoyens de voter par voie postale.

Le vote par correspondance: une alternative bienvenue, mais pas une panacée

Peut-on alors formuler l’équation suivante: «large accès au vote par correspondance = forte participation»? Oui et non.

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La progression du vote par correspondance s’étend bien au-delà de la Suisse et touche par exemple aussi la Bavière, en Allemagne. Alors qu’au premier tour des élections communales, les électeurs de ce Land pouvaient encore choisir entre le bureau électoral et le vote par correspondance, les autorités n’ont plus autorisé que ce dernier pour le second tour. Résultat: la participation a légèrement augmenté, passant de 58,8 à 59.5%.

Le tableau est cependant différent dans le Land de Vienne, en Autriche. Bien que les possibilités de voter par correspondance aient été élargies, la participation aux élections du 11 octobre a été inférieure d’environ 10% à celle enregistrée cinq ans plus tôt. Toutefois la demande de matériel de vote par correspondance a doublé par rapport à 2015. En outre, des études suggèrent que des citoyennes et des citoyens qui n’ont pas voté se sont abstenus pour des motifs politiques et non en raison de la pandémie.


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