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La Suisse renvoie un ex-policier chinois vers l’Italie

Avec l’expulsion de Nijiati Abudureyimu c’est un témoin-clé sur le trafic d’organes humains qui s’en va.

Nijiati Abudureyimu, qui dénonce un trafic d’organes humains dans son pays, doit être renvoyé aujourd’hui en Italie. L’Office fédéral des Migrations et le canton de Neuchâtel, qui l’avait accueilli, en ont décidé ainsi, en vertu des Accords de Schengen. Plusieurs ONG s’inquiètent.

Partira, partira pas? Sauf intervention de dernière minute de la Cour européenne des droits de l’homme, sollicitée en urgence vendredi par l’avocat de l’ancien policier, Philippe Currat, ou un revirement des autorités neuchâteloises et de l’Office fédéral des Migrations (ODM), Nijiati Abudureyimu devrait quitter la Suisse à destination de l’Italie ce mardi.

Mais l’ancien policier chinois, qui était arrivé en Suisse en novembre 2009, pays dans lequel il avait déposé sa troisième demande d’asile depuis son arrivée en Europe en septembre 2008, ne veut plus quitter la Confédération.

Après avoir séjourné en Italie, son premier pays de transit et de demande d’asile, puis en Norvège, et à nouveau durant plusieurs mois dans la Péninsule, dans des camps d’enregistrement pour réfugiés, il reste convaincu de courir un grave danger dans la Botte.

En vertu des Accords de Schengen, c’est dans le premier Etat dans lequel le requérant dépose une demande d’asile qu’il peut être renvoyé. Comme la Suisse s’apprête à le faire.

Second refus?

C’est par un vol de ligne que Nijiati Abudureyimu devrait regagner l’Italie. Mais il n’est pas exclu que le demandeur d’asile refuse de monter volontairement dans l’appareil. «Potentiellement, il pourrait refuser entre deux et trois fois en tout, avant d’être renvoyé de force», explique Marie Avet, porte-parole de l’ODM.

En juillet dernier, l’ex-policier d’origine ouïgoure s’était opposé une première fois à son renvoi vers Rome, comme l’avait révélé le quotidien Le Temps. «Ce sont les autorités italiennes qui ont le choix de la ville d’accueil», a déclaré Marie Avet, porte-parole de l’ODM, sans indiquer quelle serait cette fois la destination du Chinois.

En cas de renvoi par avion spécialement affrété par l’ODM, «les coûts sont trop élevés pour accepter les refus. Mais c’est le pilote de l’appareil qui a le dernier mot, selon que les conditions de sécurité lui semblent ou non respectées», précise-t-elle encore.

Diaspora chinoise

En principe, l’importante communauté chinoise établie en Italie et active dans de nombreux secteurs économiques pourrait permettre à Nijiati Abudureyimu de faciliter son arrivée et son installation sur place. Pourtant, le musulman originaire de la province du Xinjiang redoute précisément cette situation.

Il est convaincu que parmi la diaspora chinoise de la Péninsule, se dissimulent des agents du gouvernement chinois, qui n’attendent que de se lancer à ses trousses.

Mais à l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), on relativise néanmoins: «Ce danger existe, mais en Suisse, il avait les mêmes raisons d’avoir peur de la police secrète chinoise, qui est aussi présente ici. Et il s’est beaucoup exposé dans les médias, ce qui, objectivement, n’a pas été très habile», fait remarquer le porte-parole de l’organisation, Adrian Hauser.

Accueil déficitaire

L’OSAR s’inquiète néanmoins pour le sort de cet homme, et promet d’en suivre le parcours. «En Italie, les requérants sont logés dans des baraquements en ruine, sous tente et parfois à même la rue. Là-bas, soins médicaux, soutiens financiers et aides à l’intégration sont quasiment inexistants», ajoute-il.

Se retrouver livré à lui-même constitue un véritable problème pour l’ancien policier persuadé d’être traqué par des compatriotes à la solde du pouvoir chinois. Depuis qu’il a fui son pays d’origine, la forte pression dont il est l’objet l'a poussé vers l’alcool et les antidépresseurs.

Affaibli physiquement et psychiquement, son transfert vers la Péninsule et des structures dépourvues du soutien minimum pourraient aggraver son état.

Pratiques italiennes

Depuis plusieurs années, l’Italie fait face à un afflux massif de requérants d’asile provenant pour l’essentiel d’Afrique et du Moyen- Orient. Les autorités sont débordées et ne parviennent plus à répondre aux demandes de réadmission.

Pour Adrian Hauser, c’est de là que vient le danger. Face à une telle marrée humaine, il est facile d’imaginer que les cas les plus urgents, comme celui de l’ex-policier chinois, se perdent dans la masse de dossiers à traiter et ne reçoivent finalement aucune aide», redoute le porte-parole de l’OSAR, qui estime que Nijiati Abudureyimu doit obtenir l’asile.

Le retour de la droite au pouvoir a aussi permis au gouvernement Berlusconi de resserrer la vis en matière de politique d’accueil. De fait, si le Ouïgour n’obtient pas l’asile, il devrait théoriquement être renvoyé vers son pays d’origine, dans lequel il risque d’être persécuté et où le père de Nijiati Abudureyimu serait décédé dans des circonstances mystérieuses.

Garanties de sécurité

Hasard du calendrier, en ce moment même, deux représentants de l’OSAR ainsi que des émissaires d’une organisation caritative norvégienne se trouvent précisément en visite en Italie. Ces spécialistes des droits de l’homme doivent analyser le système d’accueil des réfugiés en situation de réadmission dans ce pays.

De son côté, l’antenne helvétique d’Amnesty International indique avoir alerté la section italienne de l’organisation, de même que le Haut-Commissariat pour les réfugiés en Italie.

Denise Graf, la coordinatrice d‘Amnesty International pour les réfugiés, s’est engagée en faveur de l’ancien policier chinois: «Nous allons réitérer nos appels et recontacter les services juridiques de ces organisations, afin que la mise en œuvre d’une procédure d’asile complète soit garantie», espère-t-elle. En attendant, reste à voir quelle tournure prendront les événements ces prochaines heures sur le versant suisse.

Sur fond de trafic d’organes

Officiellement, la Chine applique les normes internationales en matière de don d’organe. Le régime de Pékin nie tout trafic organisé par certaines branches de ses autorités.

Condamnés à mort. Selon un article paru dans les colonnes du grand quotidien China Daily en août 2009, citant des experts, près de deux tiers des dons d’organes dans le pays n’auraient rien à voir avec des dons volontaires et proviendraient de condamnés à mort.

Un témoin-clé. Nijiati Abudureyimu est un cas particulier. Pour les spécialistes du trafic d’organes humain, il est un témoin-clé, dont le cas doit être reconnu comme tel, puisque rares sont les témoins à ce jour provenant de l’appareil sécuritaire chinois.

Relations au beau fixe.. Pendant ce temps, sur le plan international, les relations entre la Suisse et la Chine sont au beau fixe. La conseillère fédérale, Micheline Calmy-Rey, a rencontré lundi à New York une délégation chinoise en marge du sommet de l'Onu.

Micheline Calmy-Rey. Les interlocuteurs de la cheffe du Département des affaires étrangères ont souligné l'importance que la Chine accorde au dialogue sur les droits de l'homme entamé en 1981 déjà avec la Suisse

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NIJIATI ABUDUREYIMU

De 1993 à 1997, il accompagne les condamnés à mort d’Urumqi (chef-lieu du Xinjiang) au peloton d’exécution.

Selon lui, certains condamnés étaient fusillés mais pas tués, afin de pouvoir prélever des organes destinés à un trafic orchestré par les autorités locales.

Il démissionne puis fuit son pays en 2007. Il arrive dans un premier temps à Dubaï. Se sentant menacé dans sa sécurité, il quitte le Golfe pour rejoindre le Vieux Continent.

Il transite par l’Italie avant de rejoindre la Norvège. Oslo le renvoie dans la Péninsule. En 2009, il dépose une demande d’asile en Suisse, sa troisième depuis son arrivée en Europe.

Au début du mois de juillet, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a confirmé la non-entrée en matière (NEM) notifiée à Nijiati Abudureyimu par l’Office fédéral des migrations (ODM).

La décision de l’ODM avait été prise en vertu de l’Accord de Dublin, selon lequel les réfugiés doivent ont l’obligation de se tourner vers les autorités du premier pays, par lequel ils sont arrivés avant de gagner leur destination finale en Europe.

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swissinfo.ch


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