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USA: Ruth Dreifuss salue la réforme de la santé

La réforme de la santé, un temps fort de la présidence Obama. Keystone

La Chambre des Représentants a adopté la réforme qui va assurer une couverture santé à 95% des Américains. Un vote «historique» pour Ruth Dreifuss, qui, en tant que ministre, a mené les réformes du système suisse de santé dans les années 90.

Violemment combattue par le parti républicain, cette réforme devrait coûter 940 milliards de dollars en dix ans. Elle a été adopté à une courte majorité de 219 voix contre 212.

Le nouveau système permettra d’étendre la couverture maladie à 32 millions d’Américains qui en sont actuellement dépourvus, mais également de développer les initiatives en faveur de la santé des pauvres, de ponctionner davantage les hauts revenus et d’interdire certaines pratiques des assurances, qui refusent par exemple de prendre en charge les gens souffrant déjà de problèmes médicaux.

En Suisse, l’assurance maladie a été rendue obligatoire en 1996, au terme d’un long débat politique, mené par celle qui était à l’époque ministre de l’Intérieur, en charge de la Santé, Ruth Dreifuss. Interview.

swissinfo.ch: Votre réaction au vote de la nuit dernière ?

Ruth Dreifuss: C’est un vote historique, comme le vote suisse avait aussi été un vote historique. Cela représente un pas tout à fait décisif dans une bataille qui a duré des décennies… on peut même presque dire un siècle entier, depuis les premières initiatives de Franklin Roosevelt, puis d’Harry Truman.

Cette loi est évidemment très complexe. Elle est le résultat de toute une série de «deals», et malheureusement, elle ne garantit pas une couverture universelle. Il y aura donc encore des personnes qui vont souffrir des conséquences économiques et qui ne pourront pas se payer les soins nécessaires.

Mais c’est néanmoins un grand pas en avant. Et n’oublions pas que toutes les lois sont perfectibles. On doit les améliorer lorsque leur mise en oeuvre génère des effets négatifs.

swissinfo.ch: Quels parallèles tireriez-vous entre ce vote et l’adoption de la Lamal en Suisse en 1996 ?

R.D.: Ils sont nombreux. Nous avons une mentalité assez proche, en Suisse et aux Etats-Unis. Nous partageons la crainte des interventions exagérées de l’Etat et l’admiration pour la responsabilité et la liberté individuelle.

Pour ces raisons-là, la Suisse elle aussi a cherché longtemps le moyen de surmonter les situations scandaleuses dans lesquelles se trouvaient les gens sans protection d’assurance maladie.

swissinfo.ch: Les adversaires du système Obama critiquent cette réforme à 940 milliards de dollars, jugée trop bureaucratique, qui va réduire les choix des patients et creuser les déficits publics. Qu’en pensez-vous ?

R.D.: Les gens qui trouvent que c’est trop cher me rappellent toujours cette phrase célèbre de Thomas Jefferson, que j’aime bien citer: «Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance». On peut dire la même chose ici: «Si vous trouvez que le plan Obama est cher, continuez tout simplement à condamner des gens à ne pas recevoir de soins, donc à ne pas pouvoir travailler, donc à être ruinés par la maladie, etc.

Ce qui va être le plus difficile maintenant – et c’est le cas aussi en Suisse -, c’est bien sûr de voir quelles sont les mesures de rationalisation qui peuvent réduire l’augmentation des coûts de la santé. Et sur ce plan-là, comme le disent d’ailleurs beaucoup de commentateurs, «c’est fini, mais ça ne fait que commencer». C’est maintenant que les choses devront être clarifiées dans le secteur médical et qu’il va falloir développer les instruments de maîtrise des coûts.

Mais ce problème est commun à tous les pays actuellement, pour toutes sortes de raisons qui sont liées entre autres à la démographie, à l’évolution des techniques médicales, mais aussi à cette permanente bataille des groupes d’intérêt dans le domaine de la santé.

swissinfo.ch: Est-ce que les Etats-Unis s’orientent vers un système de santé «à la Suisse» ?

R.D.: Il y a toujours de très grandes différences entre les deux systèmes. Mais comme l’a dit récemment Paul Krugman [Prix Nobel d’économie 2008], de tous les pays européens, c’est la Suisse qui a le système le plus proche de celui que les Américains ont adopté.

swissinfo.ch: Les Américains ont abandonné l’idée d’une caisse publique unique. Qu’en est-il de son éventuelle introduction en Suisse?

R.D.: Depuis le compromis multipartite qui a permis d’introduire la couverture universelle sous le régime de la Lamal, avec de nombreuses compagnies privées, la question d’une caisse unique s’est posée plusieurs fois… et elle va certainement revenir bientôt sur la table.

Il est clair que dans le système suisse, qui est légèrement différent du système américain, la concurrence entre les différentes caisses n’a pas apporté les résultats escomptés en matière de contrôle des coûts.

En Suisse, la compétition est beaucoup plus limitée qu’aux Etats-Unis. La concurrence réelle porte sur la qualité des services offerts à la personne assurée, alors que le catalogue des prestations et les tarifs sont unifiés par la loi ou par la négociation. Dans ces conditions, l’alternative possible n’est pas une compétition entre un régime public et un régime privé, mais bien un système d’assurance-maladie unique.

swissinfo.ch: Quelles seraient selon vous les faiblesses principales de ce nouveau système américain ?

R.D.: J’avoue ne pas avoir lu les 2000 pages de ces textes de loi, et je ne dois pas être la seule dans ce cas…

Je pense que sa faiblesse, c’est peut-être justement la rigidité du système, quand on règle tellement de choses, qui devraient au fond pouvoir tenir compte des progrès de la médecine, mais aussi peut être des changements de sensibilité de la population.

Mais encore une fois, c’est un immense pas en avant, et toute loi est perfectible. C’est un commencement; et l’achèvement d’une bataille politique qui a duré très longtemps aux Etats-Unis.

Simon Bradley, swissinfo.ch
(Transcription et traduction de l’anglais, Marc-André Miserez)

Les premières caisses maladie apparaissent à la fin du 19e siècle. La première loi fédérale est adoptée en 1911. Dès cette dates, les cantons ont la possibilité de rendre l’assurance maladie obligatoire.

Le système est réformé en 1958, puis en 1964, avec des augmentations des subventions fédérales. Dès les années 80, on cherche à endiguer la hausse des coûts de la santé.

Dans les années 90, la part de la population sans couverture de santé atteint 5%. La révision qui rend l’assurance maladie obligatoire est votée par le peuple en mars 1994 et entre en vigueur en 1996.

En Suisse, les caisses maladie sont totalement privées, mais reçoivent des subsides de l’Etat et doivent se conformer à une loi assez contraignante. Les assurés qui n’ont pas les moyens de payer leurs primes voient celles-ci prises en charge par les cantons.

La Suisse se place au troisième rang des pays industrialisés pour les dépenses de santé. Elle y consacre 10,8% de son PIB, contre 16% aux Etats-Unis et 11% à la France.

Si l’on considère les dépenses par habitant, la Suisse est également au-dessus de la moyenne de l’OCDE, avec 4760 francs en 2007. La même année, cette somme était de 7800 francs aux Etats-Unis et de 5050 francs en Norvège, pour une moyenne OCDE de 3140 francs.

La Suisse a également une densité médicale particulièrement élevée, avec 3,9 docteurs et 14,9 infirmières pour 1000 habitants.

L’espérance de vie moyenne en Suisse est de 81,7 ans, contre 78,1 ans aux Etats-Unis.

Née à St-Gall le 9 janvier 1940, licenciée en Sciences économiques, elle travaille de 1972 à 1980 à la DDC, l’agence publique suisse de coopération au développement. Dès 1981, elle est secrétaire centrale à l’Union syndicale suisse.

Membre du Parti socialiste, elle devient un peu par surprise la deuxième femme jamais élue au Gouvernement fédéral le 10 mars 1993. Elle y hérite de l’Intérieur, ministère-mammouth qui regroupe la santé, l’action sociale, l’éducation et la culture. Elle y reste jusqu’en 2002. En 1999, elle est la première femme a occuper la présidence tournante de la Confédération.

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