Prise d’otages à Moscou
117 otages au moins et 50 rebelles tchétchènes ont perdu la vie suite à l'assaut donné samedi par les forces spéciales russes pour libérer les quelque 700 otages retenus pendant 57 heures.
Parmi les otages, cinq personnes ont des liens avec la Suisse.
Sur les 117 otages décédés, deux seulement sont morts par balles, avant l’assaut, et tous les autres à cause d’un gaz spécial, a indiqué le chef des services de santé de Moscou. Il s’agit d’une «substance narcotique» qui est «utilisée pour l’anesthésie générale», a précisé l’anesthésiste en chef de Moscou.
Le bilan des victimes est toutefois provisoire. Lundi matin, 405 personnes étaient encore soignées dans les hôpitaux moscovites, dont 145 aux soins intensifs. Parmi ces victimes, 45 sont considérées comme étant dans un état grave.
Dès samedi soir, le président russe Vladimir Poutine avait présenté ses excuses à la nation pour n’avoir pas «pu sauver tout le monde».
Il y avait donc cinq personnes qui avaient des rapports avec la Suisse. Elles ont bénéficié de l’assistance de l’ambassade de Suisse à Moscou et en particulier de son numéro deux, Anne Bauty. Interview.
swissinfo: toutes les ambassades étaient associées à la cellule de crise pendant la prise d’otage. Avez-vous était mise au courant vendredi soir qu’il se préparait quelque chose?
Anne Bauty: Nous avions l’impression vendredi que la deuxième partie du drame était en train de se terminer. C’est-à-dire celle durant laquelle on cherchait à négocier des sorties d’otages ou la fin de cette occupation.
Quand on a vu que ces négociations ne menaient à rien, en qualité de simples observateurs, on s’est rendu compte que nous entrions dans une troisième étape.
A ce moment là on savait aussi que commençait avec le samedi matin à l’aube ce fameux quatrième jour à partir duquel on s’attendait à ce que les preneurs d’otages commencent à mettre leurs menaces à exécution… à savoir abattre les otages si les troupes russes ne se retiraient pas de Tchétchènie.
Personnellement, je m’attendais à des événements et donc je regardais la télévision au milieu de la nuit.
Selon la version officielle russe, des otages ont été exécutés avant l’assaut. De nombreuses sources sont sceptiques sur cette version des événements. Avez-vous des éléments pour la confirmer?
A. B.:Je n’ai d’éléments ni pour la croire ni pour ne pas la croire. J’attends la suite des événements parce que je crois que, dans la Russie d’aujourd’hui, la vérité sortira dans les journaux.
Depuis que l’assaut a été donné, quelles informations les ambassades reçoivent-elles sur l’état des victimes, des personnes hospitalisées, et sur la façon dont se sont déroulés ces événements.
A. B.: Nous avons été tenus au courant de façon assez efficace par les autorités russes, notamment par le ministère des Affaires étrangères.
Nous recevions des nouvelles si nous en demandions, nous en recevions aussi par des parents des otages et par l’entreprise qui employait deux des otages qui avaient des liens spéciaux avec la Suisse.
Et le samedi à 15 heures, nous avons eu une réunion avec le ministère des Affaires étrangères.
Vous a-t-on dit à ce moment-là qu’il n’y avait pas de morts parmi les étrangers?
A. B.: Oui, c’est ce qui nous a été dit.
Qu’en est-il des Suisses qui ont été pris en otage?
A. B.:Il y avait donc un citoyen double national, allemand-suisse avec des liens assez serrés avec l’Allemagne. Ce citoyen a été rapatrié samedi soir.
Deux femmes étaient des employées d’une entreprise suisse. Elles sont encore à l’hôpital en ce moment.
Il y avait encore une petite famille, une mère et sa fille. Cette dernière a été libérée vendredi avec un groupe d’enfants, notamment parce qu’elle était faible. Sa mère a été libérée avec tous les autres. Elle est encore hospitalisée.
Avez-vous pu rencontrer certaines de ces personnes hospitalisées?
A. B.: Nous avons rencontré cette petite fille de 10 ans au moment de sa libération. Elle avait été amenée dans la même maison dans laquelle se trouvaient les diplomates. Ce fut un moment assez impressionnant, on ne pensait pas pouvoir la trouver sans devoir faire de grandes recherches.
Nous avons pu nous approcher du citoyen double national. Le consul est allé à l’hôpital, mais cette personne dormait au moment de son passage, il n’a donc pas eu de discussion avec lui.
Vous n’avez pas eu de contact avec les autres personnes?
A. B.: Nous n’avons pas encore vu les trois dames. A l’hôpital, on nous a dit qu’elle étaient en train de dormir, nous n’avons pas voulu insister. Mais il est clair que nous ne fermerons pas ce dossier tant que ces personnes ne seront pas sorties et que nous ne serons pas absolument sûrs qu’elles vont bien.
Beaucoup de proches des personnes hospitalisées se plaignent de difficultés d’accès. Dans les milieux diplomatiques avez-vous aussi rencontré des difficultés?
A. B.: C’est tout le contraire. J’ai trouvé les autorités russes coopératives, efficaces et gentilles avec nous. Ça m’a frappé. Nous n’avons pas eu ce genre de problèmes.
Certains les ont peut-être rencontrés parce que les victimes n’avaient pas repris connaissance et que c’était difficile de les identifier.
swissinfo/Henri Roth et Gaetan Vannay à Moscou et les agences
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