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Le scandale des abus sexuels secoue l’Eglise catholique



Le convent des capucins de Moncroix à Delémont (Jura) où a séjourné un prêtre pédophile.

Le convent des capucins de Moncroix à Delémont (Jura) où a séjourné un prêtre pédophile.

(Keystone)

La Suisse est a son tour frappée par le scandale des abus sexuels commis au sein de l’Eglise. Mis sous pression, le pape réagit dans une lettre adressée aux catholiques d’Irlande. Mais selon plusieurs observateurs, cette prise de position ne va pas assez loin.

La Suisse n’est pas épargnée par le scandale des abus sexuels. Après l’Irlande, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche et la Pologne, soixante cas ont été dévoilés le week-end dernier en Suisse. Cette semaine, un prêtre de l’évêché de Coire a démissionné après avoir confessé des abus sexuels sur des enfants dans le courant des années 1970.

Le pape Benoît XVI, «profondément préoccupé» par ces scandales en chaîne, a adressé une lettre pastorale aux fidèles irlandais. Il espère qu’elle «aidera le processus de repentance, de guérison et de recommencement». La publication d’un rapport fin novembre avait révélé comment la hiérarchie irlandaise avait couvert des milliers d’abus sexuels pendant des décennies.

Certains observateurs du Vatican estiment que la lettre du pape va marquer un tournant et briser le silence entourant des cas de pédophilie et d’abus impliquant le clergé et le personnel de l’Eglise. Edmund Arens, professeur de théologie à l’université de Lucerne, estime pour sa part que cette prise de position ne va pas assez loin.

«Je pense que le pape devrait publier un mea culpa au nom de l’Eglise. Il est grand temps que l’Eglise admette sa culpabilité pour ces crimes, en les dissimulant et en empêchant les victimes d’aller devant les tribunaux», affirme Edmund Arens. Et d’ajouter: «L’Eglise est en train de perdre sa crédibilité. Il y a une contradiction flagrante entre ce qu’elle enseigne – amour, solidarité et compassion – et sa pratique».

Crise allemande

Les critiques d’Edmund Arens font écho à une attaque du leadership de l’Eglise par le théologien suisse Hans Küng. Dans une interview parue mercredi dans la Süddeutsche Zeitung, Hans Küng affirme que le pape devrait s’excuser personnellement, car «aucune autre personne dans l’Eglise n’a vu passer autant de cas d’abus sexuels sur son bureau».

Avant de devenir pape, Joseph Ratzinger a été pendant 24 ans préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, une institution qui fait autorité en matière de doctrine et de juridiction pour diverses questions, y compris les mauvais comportements sexuels du clergé.

«La protection de leurs prêtres semble avoir compté davantage pour les évêques que la protection des enfants», a ainsi affirmé Hans Küng. Après le scandale qui a éclaté en Irlande, d’autres affaires sont apparues sur le devant de la scène en Allemagne. En cause: des écoles gérées par l’Eglise ainsi que d’autres institutions, dont le chœur de Regensburg, dirigé de 1964 à 1994 par Georg Ratzinger, le frère du pape. Près de 300 victimes se sont manifestées depuis le mois de janvier.

Dans une lettre adressée jeudi au journal allemand Die Welt, le responsable de l’Eglise catholique allemande, Robert Zollitsch, a affirmé que le pape avait été profondément épouvanté par ces scandales d’abus sexuels.

Et le week-end dernier, le Vatican a également défendu vigoureusement le souverain pontife. Un porte-parole du Saint-Siège a dénoncé les efforts «agressifs» des médias visant à impliquer personnellement le pape dans la crise qui se déroule dans son pays natal.

La Suisse touchée

La Suisse se trouve également impliquée dans ce scandale grandissant. Mercredi, un prêtre du diocèse de Coire a annoncé sa démission après avoir confessé des abus sexuels sur des enfants en Autriche et en Allemagne. L’évêché de Bâle a reconnu vendredi que lors de son engagement en 1971, les responsables connaissaient les antécédents de l’homme. «Les circonstances de son engagement doivent être considérés comme une erreur d’appréciation indéfendable», affirme l’évêché dans un communiqué.

Le week-end dernier, un responsable de l’Eglise catholique suisse a révélé que 60 cas d’abus sexuels commis par des prêtres étaient actuellement sous investigation de la Conférence suisse des Evêques. L’Eglise n’engagera pas de poursuites mais conseille aux victimes de porter plainte. Vendredi, l’évêché de Coire a annoncé qu’il examinait dix autres cas d’abus sexuels commis par des prêtres suite à des dénonciations de victimes et de témoins.

Andrea Hauri, responsable de l’Association suisse pour la protection de l’enfant, estime que ces cas ne représentent que la pointe de l’iceberg: «Les chiffres réels sont probablement beaucoup plus élevés. Les abus commis sur les enfants sont fréquents, pas seulement dans les cercles religieux mais aussi au sein de l’environnement scolaire». Selon elle, le débat actuel dans les médias pourrait encourager d’autres victimes à sortir de l’ombre.

Pas suffisant

«Les Suisses sont des gens hésitants, modérés et calmes. Ils traitent les choses avec une grande discrétion», affirme Edmund Arens. Andrea Hauri est du même avis: «Nous n’avons pas connaissance de ce qui se passe à l’intérieur de l’Eglise».

Walter Müller, porte-parole de la Conférence des évêques suisses, défend quant à lui la stratégie de transparence de l’Eglise suisse et sa volonté d’aider les victimes. «Comme le récent incident de Coire l’a démontré, dès qu’une affaire survient, elle est immédiatement rendue publique. La victime est entendue, aidée et encouragée à porter plainte à la police», a-t-il affirmé sur l’antenne de la télévision publique suisse. Walter Müller a encore souligné que chaque diocèse disposait de points de contact pour les victimes et les témoins d’abus sexuels.

Natalie Rickli, députée de l’Union démocratique du centre (UDC, droite conservatrice), estime que c’est un pas dans la bonne direction, mais que l’Eglise ne va pas encore assez loin. «L’Eglise publie des annonces sur internet et met en place des groupes de consultation. Mais ensuite, elle laisse le soin aux victimes de décider si elles veulent ou non déposer plainte. Ce n’est pas suffisant», déplore-t-elle.

Simon Bradley, swissinfo.ch
(Traduction et adaptation de l’anglais: Samuel Jaberg)

UNE LONGUE LISTE DE SCANDALES

Etats-Unis. En 2004, une enquête criminelle a établi à 4400 le nombre de prêtres pédophiles aux Etats-Unis entre 1950 et 2002 et à 11’000 celui d'enfants victimes. L'Eglise a dû payer des dizaines de millions de dollars pour dédommager les victimes ou éviter des poursuites judiciaires.

Canada. L'Eglise catholique, d'autres Eglises ainsi que le gouvernement canadien ont dû payer un milliard de dollars canadiens (706 millions d'euros) de dédommagements en 2002.

Australie. Des agressions sexuelles sont survenues dans les années 70 et au début des années 80.

Irlande. Des responsables de l'archevêché de Dublin ont couvert les abus sexuels commis par des prêtres sur des centaines d'enfants pendant des décennies. Il y aurait 14'500 victimes.

Autriche - Pologne. L'archevêque de Vienne, le cardinal Hans Hermann Groër a démissionné en 1995, puis l'archevêque de Poznan (Pologne), Mgr Juliusz Paetz, a fait de même en 2002, après avoir été accusés de harcèlement sexuel.

Allemagne. L'Eglise catholique fait l'objet depuis janvier d'une série d'accusations, émanant notamment d'enfants dans des écoles et internats dans les années 1970 et 1980.

D’autres pays, comme l’Espagne, la France et des pays africains, notamment le Sénégal, sont également concernés.

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LES STATISTIQUES DU VATICAN

Le procureur du Saint-Siège, Monseigneur Charles Scicluna, a déclaré au journal des évêques italiens Avvenire que la commission disciplinaire du Vatican avait traité 3000 cas de mauvais comportements sexuels depuis 2001, couvrant des crimes commis durant les 50 dernières années.

Seuls 300 d’entre eux impliquent des «pédophiles dans le vrai sens du terme», soit des abus commis par attraction pour des enfants impubères. Près de 60 pour cent des cas totaux concernent des adolescents de même sexe et le 30% restant des relations hétérosexuelles.

20% des cas ont donné lieu à un procès et seulement 10% du personnel religieux impliqué a été contraint à la démission.

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