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Tibet: la Suisse appelle Pékin à la modération

Les exilés tibétains en Suisse ont pris part à la manifestation de Zurich.

(Keystone)

La Chine a resserré son étau samedi contre les manifestations pacifiques de Tibétains à Lhassa. Cette répression, qui aurait fait au moins dix morts, suscite l'émoi dans plusieurs pays occidentaux, dont la Suisse.

Près de 2000 personnes ont manifesté devant le consulat de Chine à Zurich. Quant à la Suisse officielle, elle condamne les violences et appelle Pékin à ne pas faire un usage «démesuré» de la force.

Samedi, les rues de Lhassa – soumise à un couvre-feu – étaient en grande partie désertes. D'après des témoins, des policiers patrouillaient et bouclaient les rues, théâtre la veille de saccages et de violences au cinquième jour de rassemblements pour la plupart pacifiques contre le pouvoir chinois.

L'agence officielle chinoise Chine Nouvelle, qui a fait état samedi d'un retour au calme, a rapporté, sans autres précisions, que dix personnes – dont deux employés d'hôtel et deux propriétaires de magasins – avaient été mortellement brûlées, mais qu'aucun ressortissant étranger n'avait été blessé.

Le gouvernement tibétain en exil en Inde a pour sa part annoncé qu'au moins 80 personnes avaient été tuées et 72 autres blessées. Les touristes à Lhassa ont reçu l'ordre de ne pas quitter leur hôtel.

Emotion internationale

Ces troubles – les plus violents depuis 1989 au Tibet – ont suscité une vive émotion. Plusieurs manifestations ont eu lieu dans différents pays.

En Inde, des dizaines de protestataires ont entamé une nouvelle marche vers le Tibet, quelques jours après l'arrestation de plus de 100 Tibétains vivant en exil au cours d'une action similaire. A New Delhi, quelque 200 Tibétains en exil ont entamé une grève de la faim, brandissant des pancartes dénonçant les JO de Pékin et le «génocide en Chine».

En Australie, la police a dispersé à coups de matraque et de gaz lacrymogènes une manifestation pro-Tibet devant le consulat de Chine à Sydney. Et à Katmandou, capitale du Népal, la police a procédé à une vingtaine d'interpellations lors d'un rassemblement auquel participaient des Tibétains.

La veille, une manifestation de solidarité avec les Tibétains avait eu lieu à New York devant le siège des Nations unies, sur fond d'appels à la retenue lancés par plusieurs pays à l'adresse de la Chine.

Manif à Zurich

En Suisse, près de 2000 personnes ont manifesté samedi après-midi devant le consulat de Chine à Zurich. Par cette action, elles ont voulu signaler leur opposition à la violence.

Des Tibétains de toute la Suisse mais aussi de nombreux Suisses ont pris part au rassemblement. Des pancartes mentionnaient des slogans tels que «Aidez le Tibet». Les manifestants ont aussi observé une minute de silence en mémoire aux victimes.

Certains participants ont lancé des pierres contre le bâtiment, mais ils ont été retenus par d'autres manifestants et la police. Celle-ci a fait usage de gaz lacrymogène. Le calme est revenu après une dizaine de minutes.

Différentes organisations avaient appelé à cette manifestation de solidarité. Certains orateurs ont demandé au gouvernement suisse d'envoyer une délégation au Tibet pour faire la lumière sur les événements et de s'engager pour la libération des prisonniers.

Pas de démesure

La répression au Tibet a fait réagir bon nombre de gouvernements. En Suisse, le ministère des Affaires étrangères (DFAE) a condamné samedi les actes de violence contre les manifestants. Rappelant «l'importance capitale du respect des droits humains», il a appelé Pékin à «renoncer à tout recours démesuré à la force».

La Suisse – qui avait déjà réagi vendredi aux évènements du Tibet – exhorte les autorités chinoises à respecter notamment le droit à l'intégrité corporelle et le droit à la libre expression.

Toutes les personnes détenues doivent être traitées en stricte conformité avec les normes internationales en matière de droits humains, ajoute le DFAE. Celles qui ont manifesté pacifiquement doivent être libérées sans délai.

Afin d'améliorer la situation des droits de l'homme au Tibet et d'ouvrir la possibilité d'un règlement durable et pacifique de la question tibétaine, le dialogue avec la communauté tibétaine est indispensable, estime le DFAE.

Appels au boycott

Ces troubles surviennent deux semaines avant le lancement des célébrations olympiques chinoises avec le début du relais de la flamme olympique, qui doit passer par l'Everest et le Tibet.

Sun Weide, un porte-parole du comité d'organisation des JO de Pékin, a cependant estimé que ces violences n'auraient pas d'impact négatif sur le déroulement des JO ou sur le relais de la flamme olympique.

Mais de nombreux appels ont été lancés dans le monde pour un boycott des JO 2008. Le plus médiatique a émané de l'acteur américain Richard Gere, défenseur depuis 25 ans de la cause tibétaine.

Le président du Comité international olympique (CIO) Jacques Rogge s'est élevé samedi contre les appels au boycott, estimant qu'une telle mesure ne ferait que pénaliser les athlètes. «Nous estimons que le boycottage ne résout rien. Au contraire. Cela pénalise des athlètes innocents et porte un coup d'arrêt à l'organisation d'un événement qui vaut la peine d'être organisé», a-t-il déclaré.

swissinfo et les agences

Suisse-Tibet

La République populaire de Chine a envahi le Tibet en 1950 et l'a annexé l'année suivante. Une révolte des Tibétains a été écrasée en 1959. C'est cette même année que le Dalaï-Lama, chef spirituel et temporel de la communauté tibétaine a pris le chemin de l'exil.

La Suisse a accueilli un grand nombre de réfugiés tibétains dans les années 1950. Ceux-ci et leurs descendants constituent aujourd'hui la deuxième plus grande communauté tibétaine hors d'Asie. Leur nombre est d'environ 3000.

Les relations entre la Chine et la Suisse sont excellentes. La Confédération avait été l'un des tout premier pays à reconnaître la République populaire de Chine, un an après son instauration en 1949.

Toutefois, l'intérêt porté par les autorités suisses au Tibet irrite parfois Pékin.

Le Tibet avait d'ailleurs provoqué un incident diplomatique sans précédent entre les deux pays en 1999. En visite officielle à Berne, le président chinois Jiang Zemin avait été pris à partie devant le Palais fédéral par quelques manifestants. Il avait alors fait part de sa profonde irritation, indiquant aux autorités suisses qu'elles «avaient perdu un ami». Les choses se sont depuis arrangées et les relations sino-suisses sont actuellement au beau fixe.

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